TROIS QUESTIONS À :
Lucien Clergue et Yann Arthus-Bertrand 

 

Lucien Clergue, Yann Arthus-Bertrand, que signifie aujourd'hui pour vous votre élection à l’Académie des Beaux-Arts ? 

LC : 
Beaucoup de choses ! D’abord, bien sûr, la fierté d’être partie prenante d’un évènement attendu depuis 167 ans… Mais aussi le couronnement d’une aventure commencée pour moi il y a près de 50 ans avec les Rencontres Internationales de la photographie d’Arles, l’Ecole Nationale supérieure de la photographie, la collection du Musée Réattu : je n’ai pas le sentiment de rentrer seul à l’Académie : j’y entre environné de tout ce cortège de réalisations qui voient leur importance reconnue, enfin, à leur juste valeur.

YAB : Un très grand contentement d’accompagner l’entrée de la photographie au rang des arts majeurs, la satisfaction, également, de voir enfin dépassé le faux débat sur la photographie comme art ou témoignage. On peut être à la fois reporter et artiste, comme Pierre Schoendoerffer par exemple dont je me sens proche, la photographie est un mélange de témoignage et de création, et ses éléments descriptifs n’ôtent rien selon moi à sa dimension artistique. 
D’un point de vue plus personnel, je suis touché d’avoir été élu par beaucoup de gens que je ne connaissais pas ; je ressens à la fois de la fierté et un sentiment de responsabilité vis-à-vis d’eux et j’espère pouvoir répondre au mieux à leurs attentes. 

Qu'attendez-vous de cette institution eu égard à la situation de la photographie française contemporaine ?

LC : D’abord, que cette section puisse s’augmenter car elle aura du temps à rattraper, et donc beaucoup de travail ! Je pense évidemment, d’abord, aux jeunes vis-à-vis desquels j’espère que pourront être créées des bourses d’encouragement. Le projet de constitution d’une collection de photographie contemporaine par le secrétaire perpétuel, M. Arnaud d’Hauterives, peut également être à l’origine d’une dynamique intéressante.

YAB : J’ai un tempérament d’entrepreneur. J’aimerais utiliser le prestige de l’Académie pour lancer des actions concrètes de promotion de la photographie ; je pense notamment à l'organisation d'une journée nationale de la photographie dans les établissements scolaires permettant aux élèves de rencontrer des photographes, projet qui me tient particulièrement à cœur. Je pense évidemment aussi à la sensibilisation aux enjeux du développement durable, ma préoccupation d'aujourd'hui.

Quels sont vos principaux projets et orientations artistiques du moment ?

LC : Trois expositions en septembre, au Carré d’art de Nîmes, à Séoul, à Fribourg, une exposition à Vilnius en octobre, la réalisation d’un livre sur mon œuvre à paraître aux éditions La Martinière, une grande rétrospective que me consacre la ville d’Arles pendant la prochaine Feria à l’Espace Van Gogh, où sera exposé mon travail depuis 50 ans, ma participation à la prochaine édition d’Art Paris. 
Sinon, mes inspirations du moment me portent vers La Tentation de Saint-Antoine (un vaste programme…) et l’approfondissement de mes thèmes de prédilection, le nu féminin et la corrida.

YAB : Un important projet d’émission sur l’état du monde avec France 2 en « prime time », un projet d’interviews de personnes du monde entier qui s’intitulera « 6 milliards d’autres », et mon travail habituel de photographe, bien sûr : je m’apprête à partir en Guyane afin de photographier une des forêts les plus préservées au monde.