Automne 2006 - page 13

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C
ertains propos formulés par Bernard Lortat-Jacob au sujet
d’un supposé manque de respect dumusée du quai Branly
envers l’ethnomusicologie, recueillis par Nadine Eghels
et publiés dans le numéro 45 de la
Lettre de l’Académie des beaux-
Arts,
ont étonné les équipes travaillant à la conservation des collec-
tions instrumentales et à la réalisation des projets d’exposition
de la musique de ce musée.
Tels qu’ils ont été conçus, les espaces du musée du quai Branly
dédiés à la musique représentent des réalisations architecturales
et muséographiques majeures.
La collection des 9500 instruments de musique s’est vue attri-
buer l’une des places centrales du musée. Cette collection ines-
timable est en effet conservée dans une réserve partielle-
ment visible - un lieu de conservation, donc, et non pas une
vitrine d’exposition - qui consiste en une tour de verre
haute de vingt-trois mètres et subdivisée en six niveaux
. Le plan de répartition des instruments de
musique dans cette réserve s’est fait selon le
double critère de l’origine géographique et des
caractéristiques organologiques des instruments.
Cette répartition systématique permet aux visi-
teurs de découvrir, d’un coup d’œil, d’importantes
séries d’instruments et d’appréhender, sans avoir
à recourir à de longues explications, certains traits
caractéristiques du développement de la facture
instrumentale sur les quatre continents repré-
sentés au musée. Par ailleurs, les différents types de
conditionnement des instruments de musique qui y
sont conservés ont été déterminés selon les normes et les
exigences de la conservation préventive. L’hygrométrie et la
température sont contrôlées par un système de climatisation
spécifique à cette réserve, et la lumière par des filtres installés
sur les parois de verre et les luminaires.
La création de ce nouveau musée disposant d’espaces d’expo-
sition non conventionnels a été l’occasion de mettre en place un
projet d’exposition de la musique visant à montrer ce que l’aspect,
la facture et l’histoire d’un instrument de musique a de spéci-
fique, à proposer au grand public l’expérience d’une immersion
dans un univers musical contextualisé, et à faire découvrir diffé-
rentes façons d’aborder l’écoute d’un répertoire musical.
Les principes muséographiques sous-jacents à ce projet d’expo-
sition sont de rendre sensibles des données abstraites, d’éviter
l’exhaustivité pour privilégier la représentativité, de proposer
un rapport personnel à la musique et aux musiciens, de susciter
l’émotion plutôt que l’étonnement. Ce projet de mise en valeur
des collections d’ethnomusicologie s’est construit à partir des
acquis du passé et est fondé, pour l’essentiel, sur une associa-
tion aussi étroite que rigoureuse entre des approches sensibles
et scientifiques.
Cette exposition prend la forme de trois installations multimédia
disposées autour de la réserve des instruments de musique, dans
deux espaces du plateau d’exposition permanente - les Boîtes à
musique - et sur la galerie multimédia. Les dispositifs audiovi-
suels répartis autour de quatre des six niveaux de la réserve
des instruments proposent des programmes relatifs aux tech-
niques et positions de jeu pour une vingtaine de types instru-
mentaux, et font entendre des extraits de pièces de répertoire.
Les deux Boîtes à musique sont le lieu d’une expérience collec-
tive de la musique et de la danse, mises en volume par le biais
de dispositifs de spatialisation du son et de projection d’images
immersives. Elles mettent l’accent sur le sens et les conditions
particulières d’émergence de neuf situations musicales diffé-
rentes. Ces espaces sont des lieux vivants de partage, de
contact direct avec la musique, des lieux de référence aptes
à déployer une thématique dans un espace tridimen-
sionnel. Enfin, l’objectif du programme
A l’écoute
des musiques du monde
qui sera prochainement
diffusé sur la galerie multimédia - ce projet est
en cours de réalisation - est de donner au public
des clés de compréhension d’une douzaine de
répertoires musicaux associés à des documents
se rapportant aux conditions de réalisation, aux
musiciens et aux instruments, et proposera des
expériences d’écoute inédites.
Ces installations sont autonomes mais complémen-
taires, tant du point de vue de l’articulation des
contenus présentés que des dispositifs de diffusion
mis en place. Leur réalisation résulte d’un travail de collabora-
tion mené par une équipe pluridisciplinaire associant des cher-
cheurs ethnomusicologues et les membres du groupement multi-
média NoDesign.
Pour l’ensemble de ces réalisations, le musée du quai Branly a
fait appel à une vingtaine de chercheurs ethnomusicologues, dont
bon nombre appartiennent au Laboratoire d’ethnomusicologie
duMusée de l’Homme auquel Bernard Lortat-Jacob est rattaché.
Que ces “ethnomusicologues de service” ayant accepté, selon
lui, de jouer un rôle strictement subalterne se rassurent : la recon-
naissance des publics ayant découvert récemment les lieux d’ex-
position de la musique et de la danse est évidente.
Il ne reste plus qu’à souhaiter que Bernard Lortat-Jacob prenne
le temps de visiter en toute confiance et objectivité les diffé-
rents espaces du musée, et qu’il porte un peu d’attention aux
efforts qui ont été faits pour que la musique et l’ethnomusico-
logie occupent une place importante dans le projet muséogra-
phique du musée.
Je ne doute pas que dans un avenir proche Bernard Lortat-Jacob
saura apporter sa propre contribution au musée par sa partici-
pation au Groupe de Recherche International (GDRI) du musée
du quai Branly qu’il vient d’intégrer.
u
Maurice Denis, peintures
Maurice Denis (1870-1943), le “nabi aux
belles icônes”, est célébré aux côtés de
Vuillard et de Bonnard comme l’un des
plus importants peintres nabis, l’un des
initiateurs du mouvement et son brillant
théoricien. Une poignée d’œuvres radi-
cales et spectaculaires, comme
Taches
de soleil sur la terrasse
, lui sont associées
au point d’avoir occulté la richesse
même de sa période nabie et symboliste
(1889-1898) ; un certain discrédit fut jeté
sur une œuvre conduite après 1914 en
marge des avant-gardes. Car Denis n’a
cessé de peindre jusqu’à sa mort.
Redonner à Denis toute sa place, l’une
des toutes premières, et renouveler
profondément le regard porté sur son
œuvre, en renouant les fils entre les
débuts de sa carrière et son développe-
ment, entre les petits formats nabis et
les grands cycles décoratifs : tel est
l’enjeu de cette exposition. A côté des
chefs-d’œuvre de l’artiste, de
nombreuses œuvres inédites révèlent
des aspects moins connus de sa produc-
tion, comme son travail de paysagiste,
ou la reconstitution à titre exceptionnel
de trois de ses plus importants ensem-
bles décoratifs.
Maurice Denis intime
A l’occasion de cette rétrospective, le
musée d’Orsay présente, dans la Galerie
permanente de photographie, et pour la
première fois, les images d’amateur que
le peintre a prises de sa famille et de ses
amis entre 1896 et 1913.
Ces images sont passionnantes par les
liens qu’elles entretiennent avec l’œuvre
peint et dessiné de l’artiste. Dans ses
photographies comme dans ses peintures,
la famille de Maurice Denis joue un rôle
central. Si l’on y retrouve le goût du
symbole, la simplification des formes et
l’harmonie de lignes propres au peintre,
en retour, il a attentivement regardé
ses photographies et leur a emprunté des
motifs qui, sous une forme épurée, sont
décelables dans sa peinture.
Sagesse et fioretti : dessins de
Maurice Denis
Le musée d’Orsay a acquis en 2003 un
ensemble de dessins destinés à l’illus-
tration de
Sagesse
de Paul Verlaine et
Fioretti
de Saint François d’Assise. Ils
sont ici présentés au public.
Musée d’Orsay
Jusqu’au au 21 janvier 2007
E
xposition
Maurice Denis,
des journées
entières sous
les arbres.
Par
Jean Cortot,
membre de
l’Académie des Beaux-Arts
Les saisons de l’Histoire de l’Art
se suivent et se ressemblent en
ceci qu’après une floraison vient
immanquablement une rupture.
A la fin des années quatre-vingt du
XIX
e
siècle, les Nabis furent sous des
aspects redoutablement paisibles les
artistes inspirés d’une véritable
révolution esthétique, mystique
et mentale.
Maurice Denis, jeune homme de vingt
ans, eut l’âge, l’intelligence et le talent
de saisir d’emblée le nouveau langage
de l’art que Gauguin et Sérusier
découvraient et de le faire sien.
Comme d’ailleurs ses amis Ranson,
Verkade, Bonnard, Roussel, Vallotton,
Vuillard et d’autres. De ce mouvement
neuf qui marquera leur époque avec
décision, il sera plus tard le théoricien,
attiré par le goût de la réflexion et de
l’écriture qui est sa marque. Cela sera
clairement montré dans les expositions
que Serge Lemoine, Jean-Paul
Bouillon, Sylvie Patry et Claire Denis
organisent au Musée d’Orsay
prochainement ainsi que dans celle
intitulée “L’œuvre dévoilée –
Maurice Denis dessinateur” au Musée
départemental Maurice Denis à Saint-
Germain-en-Laye dont le commissaire
est Madame Agnès Delannoy,
conservateur en chef du Musée.
J’en arrive à mon propos lorsque je
commençai à écrire ces lignes : parler
des arbres de Maurice Denis, de ces
arbres qu’il peignait sur des toiles de
petits et grands formats, répétitions-
variations déclinant le thème du Bois
sacré mystique autant que mythique
et moderne où des femmes se tiennent
aux pieds des colonnes du temple que
sont les fûts des arbres colorés – du plus
beau vert disait Gauguin – qui
soutient le toit du fanum, le toit du
ciel sur la terre, puissant discours de
nabi, c’est-à-dire de prophète.
Le bois d’amour de Sérusier, la forêt
de Brocéliande, les hautes futaies
anciennes, des bois sacrés gardent le
souvenir des dieux et des déesses, des
dryades, de l’unicorne immobile,
des faucilles d’or, de l’enchanteur,
des fées nervaliennes… Ces journées
que Maurice Denis passait sous les
arbres de sa jeunesse, à la lettre,
nous enchantent.”
Maurice Denis
au Musée d’Orsay
Maurice Denis bénéficie d’une importante exposition monographique au
musée d’Orsay, produite en collaboration avec la Réunion des musées
nationaux, le Musée des Beaux-Arts de Montréal et le museo di Arte
Moderna e Contemporanea di Trento Rovereto.
La musique au musée du quai Branly
Par
Madeleine Leclair
, responsable de l’Unité patrimoniale des collections
d’instruments de musique et de leur muséographie
A
ctualités
Bernadette,
Anne-Marie,
Pornic,
août 1903
Musée d'Orsay,
Don Claire Denis,
2006
© ADAGP, Paris 2006
Dans notre précédent numéro, Bernard Lortat-Jacob exprimait, à travers son article “Musique et arts
premiers : de l’ethnologie à l’esthétique”, son avis sur les collections musicales du musée du quai Branly.
S’estimant mise en cause, Madeleine Leclair, responsable de ce département, nous a demandé un droit de réponse
que nous lui accordons bien volontiers.
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