Automne 2006 - page 3

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A
ctualités
Exposition de la
Casa de Velazquez 2006
L
a Casa de Velazquez avait toujours été pour moi
une institution entourée de mystère. Certes, je savais
que des pensionnaires avaient la chance d’y séjourner
dans des conditions extrêmement propices à leur créativité.
Aux yeux du grand public elle était moins connue que la
Villa Médicis, que j’avais eu l’occasion de visiter en 1951.Mais
mes connaissances à ce sujet s’arrêtaient là, pour la bonne et
simple raison qu’étant entré très jeune dans la vie active, cette
éventuelle opportunité avait été totalement exclue pour moi.
Aussi lorsque mon confrère Guy de Rougemont m’a
proposé de le remplacer aux commissions artistiques et admi-
nistratives de cet établissement, c’est avec curiosité et intérêt
que j’ai accepté cette charge qui prend beaucoup de temps
si on veut l’exercer avec conscience, honnêteté et efficacité.
Ma première découverte des pensionnaires et de leurs
travaux a eu lieu non pas à Madrid, mais dans le pays nantais
comme chaque année, à La Garenne-Lemot, où étaient expo-
sées leurs créations.
Nous y avions été délégués, Christian Langlois et moi et y
avions retrouvé sur place le directeur, Gérard Chastagnaret
et Claude Bussac, directrice artistique.
Mais évidemment, la vraie et grande révélation fut Madrid
et la Casa, où je me suis rendu, depuis, à plusieurs reprises
avec certains de mes confrères.
C’est dans ce lieu prestigieux que nous avons découvert
pendant quelques jours la vie des pensionnaires, leur admi-
rable cadre de vie, et apprécié leurs conditions de
travail, visité leurs ateliers, partagé repas, concerts,
expositions, discuté de leurs projets comme de leurs
problèmes. Et aussi remarqué les liens étroits qui unissent
artistes et scientifiques.
Alors, pourquoi “Casa de Velazquez : du vague à l’âme” ?
Le départ d’une promotion est toujours, pour moi du moins,
un petit déchirement, une rupture. Et cette année, parti-
culièrement, pour différentes raisons.
Ces pensionnaires qui nous quittent pour entrer dans la
vie professionnelle, je les ai connus depuis le début de leur
parcours, suivis de A à Z, c’est à dire : dépôt de candidature,
sélection, audition, pensionnaires de 1e et 2e année au Palais
de l’Institut, expositions salle Comtesse de Caen, à La
Garenne-Lemot, opérations portes ouvertes et expositions à
la Casa. Le cycle complet.
Certes, une sélection est toujours une injustice et cela
n’est pas fait pour apaiser mes nuits ni ma conscience, mais
c’est ainsi…
Ces jeunes, dont en toute logique je ne verrai pas le
plein épanouissement du parcours, je les salue et leur souhaite
bonne chance (par ordre alphabétique) :
Emmanuelle Duron-Moreels, dont l’extrême rigueur et
l’exigeante alchimie, tant dans la recherche de ses sujets, de
leur lumière que dans leurs cadrages, nous donnent d’admi-
rables photographies.
Sarah Fouquet, qui a une fâcheuse tendance à réussir tout
ce qu’elle entreprend dans divers domaines graphiques mais
dont le dessin reste le fil conducteur solide, puissant et cepen-
dant sensible.
David Israël, qui aime quitter la surface plane qu’il entaille,
incise avec sûreté et violence pour construire d’étonnants
ensembles tridimensionnels avec toutes sortes de matériaux.
Matthieu Lemarié, un attachant cheval fou, qui se cache
sous un calme de surface, imprévisible, à l’humour perpé-
tuellement latent ; il maîtrise parfaitement les multiples
supports et techniques, et s’interroge sans cesse avec beau-
coup de sincérité.
Christophe Prat, pour qui la géométrie n’est pas dénuée
de sensibilité, et dont la force profonde des lumineuses
compositions nous apporte une grande sérénité visuelle.
Yann Thoreau, peintre bien actuel, mais digne des
grands maîtres anciens par sa technique ; surprenant, éblouis-
sant par ses travaux réalistes transcrits avec tant de précision,
de perfection et d’émotion.
Esteban Benzecry et Florent Damestoy, sur les travaux
desquels je me garderai de porter un jugement, n’étant ni
compositeur ni architecte.
J’ai pris un grand intérêt à chacune de ces rencontres.
Je ne peux terminer ce bref écrit sans rendre hommage à
ceux qui nous quittent, momentanément je l’espère, en ce
qui concerne le directeur de la Casa, Gérard Chastagnaret,
qui a réalisé un admirable travail de gestion, de relations
auprès de nombreuses institutions espagnoles, entrepris d’im-
portantes réformes à la Casa, et engagé l’impérative rénova-
tion de la bibliothèque.
J’y associe son épouse Claude, pour la prévenance, la déli-
catesse et le dévouement qu’elle nous a toujours réservés lors
de nos passages à la Casa.
Et enfin, je veux aussi remercier la directrice artistique,
Claude Bussac, appelée à de nouvelles hautes fonctions à
Madrid. Elle a su par sa passion, son extrême gentillesse,
sa sensibilité, animer avec tact et efficacité la section artis-
tique de la Casa. Elle en était l’âme, le recours, mais aussi le
guide incontesté, sur lequel tous, pensionnaires et membres
de l’Académie, pouvaient compter.
C’est une page importante de la Casa qui se tourne, c’est
pourquoi j’ai du vague à l’âme. Mais cela ne m'empêche pas
d'être profondément optimiste. La relève, certes différente,
est là et saura se montrer digne de celles et ceux qui l'ont
précédée. Ainsi va la Casa, perpétuelle révélatrice de
nouveaux talents.
u
En cet automne 2006, la salle Comtesse de Caen de
l’Institut de France accueille à nouveau les œuvres
des jeunes artistes tout juste sortis de la Casa de
Velazquez. Notre confrère Yves Millecamps rend
compte de son expérience d’accompagnement de
ces pensionnaires qui volent à présent de leurs
propres ailes dans le ciel des arts.
Casa de Velazquez : du vague à l’âme, une page se tourne
Par
Yves Millecamps
, membre de la section de Peinture
Ci-dessus : Yann Thoreau,
Sans titre, travail en cours
,
détail, 2004-2006.
En haut, à droite : David Israel,
Saliendo en pareja
, 2006.
A droite : Emmanuelle Duron-Moreels,
Sans titre
, 2004
1,2 4,5,6,7,8,9,10,11,12,13,...15
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