Automne 2007 - page 4

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Dossier
L
orsque le Professeur François-Bernard Michel a
proposé aux membres de notre Académie des
Beaux-Arts de plancher sur la “Recherche»,
certains d’entre nous ont objecté que les scientifiques en
détenaient l’apanage.
Aussi nous a-t-il semblé légitime, avant que d’entre-
prendre une analyse approfondie de cette question, de nous
pencher sur la nature en même temps que sur
le mécanisme de la Recherche Scientifique.
Si l’on en croit le dictionnaire, il s’agirait de
“l’ensemble des activités, des travaux scienti-
fiques auxquels se livrent les chercheurs”, ce
qui revient pratiquement à émettre une
superbe lapalissade !
Poussant l’analyse au-delà de cette terne
définition, il est bien plus intéressant de
découvrir que la plupart du temps, le cher-
cheur scientifique procède par la formulation d’une hypo-
thèse de travail. Hypothèse tendant à l’observation d’un
phénomène réel qui ne reçoit pas encore d’explication
scientifique crédible.
Hypothèse qui lancée dans l’inconnu, comme un ballon
sonde dans l’infini de l’espace, est de l’ordre du “pourquoi ?».
Il y a donc là développement d’une curiosité scienti-
fique toujours en éveil, qui s’exerce à l’encontre de toute
logique préalable.
L’hypothèse ne se situe plus dans un univers rationnel,
mais pénètre dans le champ de l’imaginaire, dans le
domaine du “pourquoi pas ?”.
Contredisant presque toujours, arbitrairement, scanda-
leusement même, la réalité scientifique en cours, elle exige
en retour une preuve scientifique, une confirmation expé-
rimentale de la vérité annoncée, puisqu’elle s’autorise à
frôler la folie de la déconnexion du réel.
Et c’est à ce titre, dans ce risque majeur de la décon-
nexion du réel, que l’on découvre une parenté évidente
entre la démarche scientifique et le dévelop-
pement de la pensée artistique.
Il s’agit là d’un “esprit de famille”.
Car bien au-delà de l’imagination, les
artistes se meuvent dans l’imaginaire et déve-
loppent une incessante curiosité dans leur
activité jusqu’à mettre en cause en perma-
nence la réalité du moment.
C’est dans cette quête, dans cet éveil, qu’ils
fabriquent des hypothèses de travail inédites,
prenant à contre-pied les amateurs d’art et les critiques
d’art établis, jusqu’à ce que leurs œuvres et leurs écrits
soient pris en considération. Ils déclenchent ainsi de véri-
tables révolutions artistiques qui proposent puis imposent
aux hommes des bouleversements, insupportables mais
bientôt convaincants, de leur rapport au monde.
L’objet de cette réflexion est de répertorier et d’analyser
les hypothèses jetées à la face du monde par l’art, dans la
violence et la fureur, le plus souvent pour faire basculer
l’humanité dans une autre époque, dans un autre mode de
pensée, dans une autre compréhension de l’univers.
On peut même se demander si l’hypothèse artistique,
celle de la remise en cause permanente, celle de la cassure
incessante de la pensée dominante n’a pas précédé
souvent la démarche scientifique et si l’Art, sous toutes
ses formes et expressions, n’a pas initié véritablement les
différentes fractures sur lesquelles s’est appuyée l’Histoire
de l’Humanité.
La chasse dans la préhistoire a été naturelle, nécessaire
et évidente. Mais c’est le dessin de la chasse sur les parois
des cavernes qui, lui donnant une dimension onirique et
sacrée, a contribué à instituer un art de vivre, dans une
relation écrite, avec la nature, relation nouée par l’observa-
tion des astres à un cosmos inconnu et terrible.
On peut être sûr que l’écriture plastique a donné aux
phénomènes naturels, d’une part une réalité et, d’autre
part, une vérité mythique avant que l’embryon d’un réflexe
critique ne se développe. Réflexe que l’on peut dire
pensée “scientifique” de l’homme étouffé par le sacré.
L’intérêt de notre réflexion commune serait de découvrir
dans les mouvements artistiques contemporains, dont les
médias brouillent à dessin la lecture, lesquels apportent
aux hommes une meilleures lecture du monde, une
compréhension plus intime des événements par une
approche plus symbolique ou plus métaphysique, quitte à
alerter en permanence l’exceptionnelle pensée critique de
la science.
Il ne s’agirait que d’une simple question de préséance.
Les artistes doivent reprendre la main, retrouver l’initia-
tive de la pensée globale du monde à un moment où la
science ne maîtrise plus son propre pouvoir et ne garantit
plus, malgré son extrême génie, la pérennité de l’humanité.
Il est peut être nécessaire de remettre à sa place la
recherche artistique pour réintroduire dans l’avenir
humain la prédominance de la pratique de la sensibilité
face à l’attitude d’un progrès, dévoyé par la recherche
univoque de la possession et de la conduite autoritaire de
la nature.
Quelques questions sur la Recherche
dans le domaine des Arts
Par
Claude Parent
, membre de la section d’Architecture
On découvre une
parenté évidente
entre la démarche
scientifique et le
développement de la
pensée artistique...”
Ci-dessus : peintures rupestres de la Grotte de Lascaux (24), salle des Taureaux.
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