Automne 2008 - page 24-25

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D
ossier
De nombreux musées d’art ancien, tant en Europe
qu’aux Etats-Unis, invitent des artistes vivants à
exposer leur travail, voire à intervenir dans leurs collec-
tions. Certains artistes se transforment même parfois en
commissaires d’exposition. Ces regards croisés sont dans
l’air du temps… ». Pour tenter d’approcher la diversité des
relations entre héritage et création, suivons Marie-Laure
Bernadac et parcourons, sans pouvoir nous y attarder, ni
prétendre à l’exhaustivité, le grand nombre d’ex-
positions d’art contemporain, organisées récem-
ment à Paris, dans des musées qui n’en avaient
pas la vocation.
Au Musée des arts décoratifs, entre 1955 et
1960, François Mathey montrait Picasso, Léger,
Chagal et Dubuffet. Il y a aussi longtemps
Suzanne Pagée demandait à Daniel Buren de tracer un
nouveau parcours dans le Musée d’art moderne de la ville
de Paris, mais c’est surtout depuis 2004 que, grâce à Henri
Loyrette au Louvre et Serge Lemoine au Musée d’Orsay,
l’art contemporain s’est installé dans ces deux grandes ins-
titutions parisiennes.
Le Louvre n’a pas oublié l’exemple de Georges Salles
invitant en 1947 Picasso à présenter ses œuvres dans la
grande galerie, et commandant à Georges Braque un décor
pour le plafond de la salle Henri IV de 1954. Henri Loyrette
nomme, en 2003, Marie-Laure Bernadac, conservateur spé-
cialement chargé de la création contemporaine au Louvre,
c’est-à-dire de l’organisation des expositions
Contrepoints
et de l’invitation annuelle d’un photographe à l’occasion du
Mois de la photographie.
Cette opération semble avoir été précédée, dans les
années 1990, des expositions
Polyptiques, D’après l’anti-
que, Copier-créer, L’empire du temps
, et des initiatives du
Département des Arts graphiques (
Posséder-Détruire, la
Peinture comme crime, Cartes blanches
à Jacques Derrida,
Peter Greenaway, Julia Kristeva, Hubert Damish, James
Colerman face à Léonard de Vinci, François Rouan avec
Primatice, Miquel Barcelo à propos de la
Divine Comédie
,
Patrick Faingenbaum et l’Ecole des Beaux-Arts.
Se sont ensuite succédé, depuis l’automne 2004, trois
parcours différents de
Contrepoints
, que résumeront trois
numéros de
Connaissance des Arts
.
Y participaient d’abord Absalon, Jean-Michel Alberola,
Christian Boltanski, Marie-Ange Guillerminot, Susan
Hefuna, Gary Hill, Cameron Jamie, Ange Leccia, Jean-
Michel Othoniel, Frédéric Sanchez, José-Maria Sicilia, et
Xavier Veilhan.
Le deuxième volet, où s’associaient le Département des
objets d’art duMusée du Louvre et laManufacture nationale
de Sèvres, regroupait Louise Bourgeois, Johan Chrétien,
Jim Dine, Paul-Armand Gette, Huang Yong-Ping, Bertrand
Lavier, Anne et Patrick Poirier, Françoise Quardon, Elmar
Trenkwalder, Françoise Vergier et Jean-Luc Vilmouth.
Le troisième
Contrepoints
s’inscrivait au sein du
Département des sculptures, dans sept lieux d’exposition,
avec Elisabeth Ballet, Luciano Fabro, Jacques Vieille,
Richard Deacon, Gloria Friedman, Guiseppe Penone,
Claudio Parmiggiani, Robert Morris et Didier
Trenet. Anish Kapoor utilisait deux miroirs cour-
bes renvoyant l’image inversée du spectateur
et des bas-reliefs mésopotamiens. Ange Leccia
avait installé deux vidéos dans l’escalier Mollien
et Michel Verjux placé ses éclairages dans les
salles attenantes à la cour Marly.
Enfin, en 2007, Anselm Kiefer met en place une peinture
monumentale,
Athanor
, avec deux sculptures dans l’escalier
nord de la colonnade du Louvre. Les éditions du Regard
lui consacreront un livre. En 2008, Jan Fabre dispose ses
œuvres dans les salles des Ecoles du Nord.
Au Musée d’Orsay, sous le titre de
Correspondances
, vingt
artistes ont accepté de se montrer face à une des œuvres du
Musée : Pierre Soulages, qui avait choisi trois photographies
de marines prises en 1856, Tony Oursier, Joël Schapiro,
Christian Boltanski, Antony Caro, Braco Dimitrijevic, Brice
Marden, Alain Kirili, Robert Mangold, Annette Messager,
François Morellet, Jeff Wall, Anne Sauser-Hall, Pierre et
Gilles, John Chamberlain, Claude Rutault, Emmanuel
Saulnier, Jannis Kourellis, Charles Sandison, Bertrand
Lavier. Chacune de ces expositions s’est accompagnée d’un
catalogue.
Dès 2004, le Musée Bourdelle invitait Felice Varini, puis
Sarkis, Laurence Pariente, les sculptures mythologiques
d’Henry Moore, Claude Rutault, Alain Sechas, avec aussi
chaque fois un catalogue. Pierre Buraglio était montré au
Musée Zadkine, Sophie Calle à la Bibliothèque nationale et
au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, qui recevait aussi
Christian Boltanski et Pierrette Bloch.
Plus de quatre-vingt cinq expositions en quatre ans : cette
simple énumération traduit bien la naissance d’une vérita-
ble complicité qui s’est établie entre conservateurs et artis-
tes vivants, à l’origine d’une nouvelle muséographie où les
créateurs ne craignent pas de confronter leurs œuvres à cel-
les consacrées et héritées du passé.
Ci-contre : Jean Restout,
La Pentecôte
, 1792 et Jean-Michel Alberola,
L'Homme qui fait le gilles
, 1992, exposition « Contrepoint, l'art
contemporain au Louvre », 2004-2005. Photo DR.
Une nouvelle vague d’artistes contemporains
dans les musées parisiens
Par
Jacques-Louis Binet
, Secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine
Ces regards
croisés sont
dans l’air du
temps…
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