Automne_2002 - page 9

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ous déplorons la disparition soudaine de notre confrère
l’architecte Jean Balladur, décédé le 17 juin dernier, à
Paris, dans sa 79ème année. Élu le 16 juin 1999,
membre de la section d’Architecture, au fauteuil précédemment
occupé par André Remondet, Jean Balladur est né le 11 mai
1924 à Smyrne (aujourd’hui Izmir en Turquie).
Après son baccalauréat, attiré par les lettres et la philosophie,
il prépare l’entrée en khâgne au Lycée Condorcet où il est un
des élèves préférés de Jean-Paul Sartre. Par la suite, il collabore
aux
Temps Modernes
fondés par le philosophe après la guerre
jusqu’à ce que des divergences politiques les séparent.
En octobre 1945, il change de voie pour suivre une autre de
ses inclinations, l’architecture. Il entre alors dans l’atelier d’Henri
Expert, à l’Ecole des beaux-arts de Paris. Parallèlement, il fait
un bref passage dans l’atelier de Le Corbusier. En 1954, il
obtient son diplôme d’architecte.
Séduit dans un premier temps par l’esthétique des architectes
du Bauhaus et notamment par l’œuvre de Mies van der Rohe,
il réalise en 1956-1958, rue de la Victoire à Paris, un premier
immeuble en acier et verre émaillé, puis, en 1959-1962,
l’immeuble de l’Institut Curie, rue d’Ulm, et enfin une villa toute
de verre et d’acier en forêt de Chantilly.
Actualités
Jean
Balladur
En 1963, il revient à une architecture de béton quand il se
voit confier, par le Général de Gaulle et le gouvernement de
Georges Pompidou, les importantes opérations d’aménagement
de la Grande Motte et de Port Camargue sur le littoral du
Languedoc-Roussillon. La Grande Motte figure parmi les
plus importantes réalisations françaises de la seconde moitié du
XX e siècle en matière d’urbanisme balnéaire. Véritable ville
dotée de rues, de places, d’équipements et de commerces,
l’ensemble comprend aussi bien des logements collectifs que
des habitations individuelles. Dans ce grand chantier, l’archi-
tecte s’emploie alors à mettre en œuvre toute la souplesse du
béton moulé et préfabriqué.
Après avoir à l’époque déchaîné les polémiques les plus
violentes, ces opérations constituent aujourd’hui, par leur échelle
et l’engagement de leur auteur, une contribution remarquable
de l’architecture contemporaine sur la côte méditerranéenne.
Outre ces grandes réalisations, Jean Balladur a réalisé en
France et à l’étranger d’importantes opérations tant dans le
domaine des constructions universitaires, administratives, hospi-
talières, hôtelières que touristiques ou d’habitation.
Après avoir exercé les fonctions de Président du Syndicat des
Architectes de la Seine puis celles de Vice-Président de la
Confédération des Architectes Français, Jean Balladur est
pendant vingt ans titulaire de la Chaire d’Architecture à l’Ecole
nationale des Ponts et Chaussées. Membre du Conseil régional
de l’Ile-de-France de l’Ordre des Architectes de 1981 à 1985, il
est ensuite architecte conseil honoraire du Ministère de l’Équi-
pement et architecte du Ministère de l’Éducation nationale.
Jean Balladur était Officier de la Légion d’Honneur, Chevalier
dans l’Ordre national du Mérite, Chevalier des Arts et Lettres
et Commandeur dans l’Ordre des Palmes Académiques.
Avec sa disparition, l’Académie perd une des figures marquantes
de l’architecture de la seconde moitié du XXème siècle.
N
otre confrère le compositeur Daniel-Lesur nous a quittés
le 2 juillet dernier, à Paris, dans sa 94ème année. Élu,
le 17 février 1982, membre de la section de Composition
musicale, au fauteuil précédemment occupé par Tony Aubin,
Daniel-Lesur est né le 19 novembre 1908 à Paris.
En 1936, il fonde le groupe
Jeune France
avec Olivier
Messiaen, Yves Baudrier et André Jolivet. De 1935 à 1964, il
enseigne le contrepoint à la Schola Cantorum à Paris dont il est
également directeur entre 1957 et 1962.
Il est, à partir de 1939, responsable de l’information musicale
à la Radiodiffusion française, puis dirige le service musical à la
télévision à partir de 1968. Il est nommé inspecteur général
de la musique au Ministère de la Culture entre 1969 et 1971 et
administrateur de la Réunion des Théâtres lyriques nationaux à
Paris de 1971 à 1973. Il a écrit avec Bernard Gavoty, qui fut
membre de notre Compagnie, et avec qui il réalisa plusieurs
émissions musicales à la radio et à la télévision,
Pour ou contre
la musique moderne
(Paris 1957). En 1969, il reçoit le Grand
Prix musical de la Ville de Paris pour l’opéra
Andréa del Sarto,
en 1973, le Prix Samuel-Rousseau, en 1978, le grand Prix de
l’O.R.T.F., en 1994, le Prix Maurice Ravel. La même année, il
dédie à Mstislav Rostropovitch l’une de ses dernières composi-
tions,
Fantaisie concertante pour violoncelle et orchestre
.
Daniel-Lesur était Grand Officier de la Légion d’Honneur,
Commandeur de l’Ordre national du Mérite, Commandeur des
Arts et Lettres.
Il était également membre associé de l’Académie royale de
Belgique et membre de l’Académie européenne des sciences,
des arts et des lettres.
Avec sa disparition, l’Académie perd un grand musicien, à
la fois compositeur et pédagogue.
Actualités
Daniel-Lesur
Ses valeurs étaient celles de l’honnêteté artistique : la détes-
tation de la laideur, le goût pour le plaisir raffiné de l’oreille,
non gâté par l’excès d’un hédonisme racoleur, satisfait, arran-
geant et flatteur. Il éprouvait depuis toujours un attachement
profond pour le meilleur de notre tradition musicale
millénaire : le grégorien, les polyphonies et les formes
anciennes, l’art contrapunctique et l’harmonie modale de la
Renaissance, cette époque d’or réalisant une musique “croisée”
par l’interpénétration de l’harmonie et du contrepoint, et puis
ce monument de beauté que représente la grande école fran-
çaise de la seconde moitié du 19ème siècle et des années qui
suivirent, avec César Franck et sa mouvance, Fauré, Debussy,
Ravel, tout ce que la France a su donner de liberté, de clarté,
de subtilité, de raffinement mélodique et harmonique, de
couleurs délicates, et ce sens nouveau de la forme, si concise et
si bien dessinée, que Daniel-Lesur a su utiliser et renouveler.
[...] Tout compositeur élabore une œuvre dans deux univers :
celui de la conscience, celui de l’inconscience. Un problème
semble insoluble le soir, qui trouve le matin sa solution par la
grâce d’un travail secret dont le rêve n’est point exclu.
A l’époque où Daniel-Lesur travaillait à son opéra
Andrea del
Sarto,
il sentait bien ce qui manquait au texte de Musset, de
ces choses que l’on demande à un livret d’opéra de type tradi-
tionnel pour en assurer tous les aspects. Une nuit, notre musi-
cien rêva de l’auteur des
Nuits
et lui demanda de compléter
son texte. Musset lui répondit : “Je suis trop vieux pour vous
écrire le complément que vous désirez ; mais cherchez dans
certaines de mes poésies, et n’ayez pas peur d’en extraire ce
qu’il vous faut”. Réveillé, c’est ce que fit le compositeur,
parachevant son livret sans rien y ajouter qui ne fût parfaite-
ment authentique.
Ce mot d’ “authenticité”, qui fait appel à tout ce qui est sans
tricherie, sans tromperie, sans fraude, sans paillettes pour
masquer la vacuité, qui évoque tout ce qui est vrai, naturel,
sincère, ce mot d’“authenticité” est celui qui s’applique le
mieux au parfait musicien dont la disparition nous réunit
aujourd’hui.”
Serge Nigg, membre de la section
de Composition musicale.
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