Automne_2003 - page 9

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L
e terme “typographie” recouvre différents sens. Il peut
s’agir du style général d’une page imprimée, de
l’ensemble des activités relatives aux textes ou encore
de caractères d’imprimerie. Pour caractères, on emploie égale-
ment le terme de type et il est habituel d’entendre parler par
erreur de police, ou de fonte en rappel des techniques anciennes.
Nous sommes tous persuadés de l’importance de l’art typo-
graphique mais la tâche est grande qui consiste à faire connaître
toutes les implications du dessin d’un caractère, de sa gravure
manuelle, de sa fonte traditionnelle et de sa composition.
Il faut pour cela aborder des questions relatives à l’écriture,
au graphisme, au livre, à l’affiche, à la perception visuelle, aux
domaines faisant appel à l’utilisation de la lettre.
Peut-on aujourd’hui penser un monde sans lettre, sans mes-
sage, sans logotype, sans information ? La présence de la lettre
est universelle.
Même si quelques civilisations éloignées de la
nôtre n’ont pas développé cette utilisation à notre niveau de pro-
fusion, elles ont néanmoins, pour la plupart, une codification de
leur message comparable à notre système d’écriture.
Par ailleurs, il est évident que les peuples qui écrivent de
droite à gauche ou encore de haut en bas n’ont pas le même type
de réflexion, la même manière d’appréhender le monde, ni
les mêmes besoins scripturaires que d’autres peuples écrivant
de gauche à droite.
La typographie
Ce que l’écriture produit, la typographie le reproduit et c’est
une écriture stabilisée déjà répétitive dans ses unités et sous-unités
(lettres et parties de lettres) qui est couramment imprimée.
Chaque culture adopte une écriture typographique pour tra-
duire ses messages, il n’y a que depuis ces cinquante dernières
années que la production de créations graphiques tente de trou-
ver une typographie universelle capable de couvrir tous les
besoins, de tous les individus, dans tous les pays. Une sorte de
mondialisation de la forme graphique du message, avec tout ce
que cela comporte de réduction de particularités culturelles.
C’est oublier un peu vite qu’une écriture ou qu’une typogra-
phie répond à des besoins spécifiques : d’échanges commerciaux,
de correspondances rapides, ou encore à la transcription de telle
ou telle littérature. Il est possible, avec une forme donnée de
typographie, de permettre une lecture aisée, rapide ou même
imagée. Une typographie peut renforcer l’élégance d’un senti-
ment décrit. Le choix de tel ou tel type permet ou non d’accé-
lérer la lecture ou au contraire de la ralentir […].
L’homme a besoin de se ressourcer à travers les objets qui
l’entourent, pour peu que ceux-ci soient issus d’une fabrica-
tion laissant apparaître la main, la présence humaine. Lorsque
l’objet manufacturé atteint la perfection, il n’intéresse plus au
même niveau, il n’est plus qu’utilitaire et générateur de services,
il va à l’encontre des espérances de son utilisateur qui désire
davantage de présence, de raison d’être, de souplesse, d’adap-
tation à la résolution d’un problème donné. A l’opposé, l’objet
ou l’élément de l’objet traditionnel devient pour sa part, dans sa
forme comme dans sa matière même, sensible, attachant et dans
tous les cas unique et précieux.
La lettre, pour offrir la présence humaine et la chaleur dont
nous avons tant besoin, doit elle aussi, contenir des particula-
rités non mécaniques et répétitives, des anomalies, des accidents
ou irrégularités, à l’exemple du travail de nos prédécesseurs qui
œuvraient entièrement à la main et produisaient des typogra-
phies dont l’élégance et le style a rarement été égalé.
C’est pourquoi l’entretien des pièces anciennes du domaine
de l’imprimerie et les savoir-faire qui s’y rapportent sont indis-
pensables. Les développements des technologies propres à
l’imprimerie de ces quarante dernières années font que seule
l’Imprimerie nationale a su conserver les pratiques de la typo-
graphie traditionnelle au plomb
Le sort réservé aux poinçons de l’Imprimerie nationale fera
l’objet d’un dossier complet dans le prochain numéro de
la
Lettre de l’Académie des Beaux-Arts.
Communication
Actualités
Q
uels sont les grands enjeux de ce musée actuellement en
construction et qui doit ouvrir ses portes au tout début de
2006 ? Rappelons tout d’abord l’importance numérique,
historique et patrimoniale des collections provenant du Laboratoire
d’Ethnologie du Musée de l’Homme et du Musée national des arts
d’Afrique et d’Océanie qui seront abritées sur place et dont
l’informatisation est actuellement conduite par l’Etablissement public.
Confié à l’issue d’un concours international d’architecture à Jean
Nouvel, l’ensemble de cette institution novatrice réunira quatre édi-
fices dont un long vaisseau en forme de pont enjambant un grand
jardin imaginé par Gilles Clément. Les espaces de présentation asso-
cient un vaste plateau ouvert destiné à accueillir une sélection de
référence (environ 3500 objets sur 4500 m 2 ) et deux étages “flot-
tants” réservés à l’exploration, sous forme d’expositions temporaires,
thématiques et “ dossiers ”, des collections publiques françaises. Le
plus grand soin sera apporté à l’information donnée sur des collec-
tions dont on soulignera la beauté, l’ancienneté et les fonctions
traditionnelles. Une grande galerie (2000 m 2 ) accueillera au rez-de-
chaussée les expositions temporaires représentatives des cultures
traditionnelles, en faisant appel
aux collections internationales,
ou rendant compte de l’évolution
de la création dans les aires cul-
turelles considérées (Afrique,
Amériques, Asie,
Océanie). Le
musée du Quai Branly, qui sera
aussi une institution de recherche
et d’enseignement et qui dispo-
sera d’espaces réservés à l’action
culturelle et aux spectacles, est
également conçu comme un
centre de rencontres, de partage
et de questionnements sur la
diversité culturelle d’un monde
en constante évolution […].
Les musées d’ethnographie,
issus de l’âge des découvertes
étaient témoins de la curiosité de
l’homme occidental pour le
monde, une curiosité magnifique
dont les expressions ont beau-
coup varié, qui a sans doute fait
la force de l’Occident mais qui
s’est avérée dans son expansion
trop souvent intéressée et dévas-
tatrice. Ils ont voulu démontrer
l’évolution des sociétés et des
peuples, reconstituant des
séquences du mode de vie indi-
gène, installant des mannequins
dans des cases vite poussiéreuses,
évoquant la vie primitive par l’inévitable lit de sable au fond des
vitrines, n’utilisant les œuvres d’art que comme illustrations du
discours du musée. Ces mode de vie, des entrepreneurs sans scru-
pules se chargeaient alors de les transplanter dans le cadre des expo-
sitions universelles, et l’on peut en effet s’indigner aujourd’hui des
“zoos humains”, comme de la complaisance persistante à réduire
l’autre à sa misère ! Cette technique muséographique de la
reconstitution a perduré en effet sous les oripeaux de la bonne
conscience et le prétexte de l’action pédagogique : on en vit jusqu’à
une date toute récente les illustrations accablantes au Tropen
museum d’Amsterdam où l’on consacrait quelques centaines de m 2
à la reconstitution d’un bidonville du tiers-monde devenu un terrain
de jeu pour les petits Hollandais.
Du musée scientifique on glis-
sait vers la démagogie infantilisante.
Le respect des œuvres et des sociétés comporte de réelles res-
ponsabilités et a d’autres exigences : conserver soigneusement et
donner à bien voir les œuvres recueillies, parfois depuis des siècles,
dans les musées, effectuer des sélections rigoureuses, apporter
des informations précises sur ce que l’on sait, croiser l’apport de dis-
ciplines complémentaires, ouvrir le champ de la recherche à la com-
munauté internationale : en cela, le travail effectué au Pavillon des
Sessions, pour les publications et dans l’espace d’interprétation, a
constitué une véritable préfiguration. Pour le public, il faut bâtir de
véritables lieux d’échange, savoir s’interroger sur ce que l’on ne sait
pas,
multiplier les “ coups de projecteur ” et constituer des dispo-
sitifs d’information compréhensibles pour tous [...]
Ce nouveau musée va donc s’inscrire pleinement dans la géo-
graphie des grandes institutions muséales parisiennes et il aura, au
titre de grand département des musées de France, vocation à dyna-
miser sur ce plan tous les musées qui, en régions, disposent de col-
lections non occidentales trop souvent méconnues.
Cette institution nouvelle est en route. Aujourd’hui, plus de 150
personnes travaillent ici à la mise en évidence des cultures, et par
conséquent à la compréhension mutuelle des peuples.
Grande salle des séances, le 18 juin 2003
Le
Musée
du
Quai Branly
Par
Germain Viatte
, conservateur général du Patrimoine,
directeur du projet muséologique du musée du Quai Branly
Par
Christian Paput
, graveur au Cabinet des
poinçons de l’Imprimerie nationale.
En raison du prochain déménagement de
l’Imprimerie nationale, l’avenir de la
collection historique de poinçons est menacé.
Il s’agit d’un patrimoine unique au monde,
relevant à la fois de l’histoire des techniques,
des langues et des beaux-Arts.
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