Automne_2004 - page 14

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“J’avais encore
tant de choses à dire”
Beaucoup, parmi les très nombreux créateurs venu rendre, à
Saint-Eustache, un dernier hommage à Jean-Louis Florentz
devaient penser à cette ultime phrase de Maurice Ravel à son
amie Marguerite Long.
Nous partagions tous ce sentiment d’inachevé, renforcé par le
nombre restreint d’œuvres, conséquence de l’intégrité et de la
ténacité de Jean-Louis, compositeur sans concessions qui savait
allier rigueur et curiosité.
Les créateurs sont perpétuellement soumis à la nécessité de faire
autre chose que de la création pure. Il y a toujours mille bonnes
raisons, dont certaines semblent incontournables, pour ne pas
composer, peindre ou sculpter mais plutôt gérer les problèmes
annexes inhérents à la création artistique.
Jean-Louis Florentz ignorait ces contraintes. Il refusait le
dérivatif à la pensée qu’elles représentent et, lorsqu’il y était
inévitablement confronté, se trouvait soudainement de fort
méchante humeur.
Au-delà même de la beauté de ses œuvres, c’est l’authenticité de
sa trajectoire qui nous impressionne et qui a force d’exemplarité.
Quelques semaines avant sa disparition, il rencontrait les
centaines de lycéens qui venaient de lui décerner le “Grand Prix
lycéen des compositeurs 2004”.
Sa détermination et sa force de conviction, alors qu’il se savait
condamné, étaient intactes et la description qu’il avait donnée de
son processus créatif, lié à la nature, à l’émotion et à la
découverte, avait fortement interpellé ce jeune public ainsi que
ses amis présents.
Jean-Louis était un homme de contrastes, sa musique alliait
rigueur et foisonnement, sa pensée était partagée entre une foi
absolue et un scepticisme au quotidien.
Il se servait volontiers des traditions orales d’hier pour
bousculer celles, écrites, d’aujourd’hui et savait être à la fois
provocateur et humble.
C’était un contemplatif actif, un érudit innocent, un bougon
souriant, un solitaire amoureux, un artiste engagé tolérant.
Nous venons de perdre un grand compositeur qui nous laisse une
œuvre restreinte, mais magnifique, qu’il nous appartient à tous
désormais de faire résonner dans le cœur de nos contemporains.”
Laurent Petitgirard
,
membre de la section de Composition musicale
J
ean-Louis Florentz,
membre de la section de Composition
musicale de l’Académie des Beaux-Arts, nous a quittés le 4
juillet 2004, dans sa 57 e année. Né en 1947 à Asnières, Jean-
Louis Florentz a consacré ses études universitaires aux sciences
naturelles, à l’arabe littéraire et à l’ethnomusicologie.
Conjointement, il est l’élève au Conservatoire de Paris d’Olivier
Messiaen, Pierre Schaeffer et Antoine Duhamel. En 1979, il
entame un séjour de deux ans à la Villa Médicis à Rome, suivi de
deux années au Kenyata University
College où il enseigne la composition et
la musique africaine occidentale. En 1983,
il rentre à la Casa de Velazquez à Madrid
où il séjourne deux ans.
A son retour d’Espagne, il est nommé
professeur d’analyse des musiques de tradition orale au
Conservatoire national supérieur de musique de Lyon jusqu’en
2000. Ses activités universitaires et professorales se sont conju-
guées à de nombreux voyages d’études au cours desquels Jean-
Louis Florentz a trouvé les sources de son inspiration musicale
(Afrique du nord, Niger, Côte d’Ivoire, Kenya, Israël,
Martinique,
Polynésie,
Maroc).
Il est l’auteur d’œuvres orchestrales (
Les Jardins d’Amenta
,
L’Anneau de Salomon
,
L’Enfant des Iles
,
Qsar Ghilâne
), instru-
mentales (
Laudes
,
Debout sur le Soleil
,
La croix du Sud
,
Chant
de Nyandarua
,
L’Ange du Tamaris
,
L’Enfant noir
) composées pour
l’orgue ou le violoncelle, et d’œuvres pour chœur a cappella ou
chœur et orchestre. Il a aussi publié plusieurs études dans
lesquelles il approfondit les sources de son écriture musicale (on
peut consulter la liste complète de ses œuvres, de sa discographie
et de ses publications didactiques sur le site internet de l’Académie
des Beaux-Arts :
).
De nombreux prix sont venus récompenser cette carrière de
compositeur : Prix de composition Lili Boulanger (1978), Prix
Georges Wildenstein de l’Académie des Beaux-Arts (1985), Grand
Prix musical de la Ville de Paris pour l’ensemble de son œuvre
(1989), Grand Prix musical de la Fondation Prince Pierre de
Monaco (1990), Grand Prix de la musique symphonique de la
SACEM (1991), Prix René Dumesnil de l’Académie des Beaux-
Arts (1993), Grand Prix lycéen des compositeurs (2004) .
En 1995, l’Académie des Beaux-Arts décide de reconnaître
ce riche talent et de l’élire à l’âge de 48 ans au fauteuil précédem-
ment occupé par Raymond Gallois-Montbrun.
Henri Dutilleux, à propos du
Magnificat
, écrivait : “Sens profond
de la nature. Aspiration vers l’infini. Esprit voué à la contempla-
tion et, parallèlement, orienté vers les sciences. Pensée et oreille
attentives aux rites de civilisations lointaines. Influence des
musiques extra-européennes. Echos du monde des insectes,
comme de celui des oiseaux et de toute une vie animale secrète
et frémissante – tout ceci associé à la liturgie. Par-dessus tout,
spiritualité profonde”. C’est cette spiritualité que l’on retrouve
dans toute l’œuvre de Jean-Louis Florentz.
A
ndré Wogenscky,
membre de la section d’Architecture,
est décédé le 5 août 2004, dans sa 89 e année.
Né le 3
juin 1916 à Remiremont (Vosges), André Wogenscky avait
été élève de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts ainsi
que de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Paris. Il fut l’ad-
joint de Le Corbusier de 1945 à 1956, date à laquelle il fonda
son propre atelier d’architecture et d’urbanisme. En 1966, il
devint Architecte en chef des bâtiments civils et palais natio-
naux. On lui doit notamment le centre hospitalier universitaire
de l’hôpital Saint-Antoine à Paris (1962), le ministère de la
défense nationale à Beyrouth, la maison de la culture de
Grenoble (1968), la faculté de médecine de l’hôpital Necker-
Enfants malades à Paris (1969), la préfecture (1970) et le palais
de justice (1971) des Hauts-de-Seine, le centre hospitalier de
Corbeil-Essonne (en collaboration), l’université des arts à
Takarazuka (Japon, 1987).
André Wogenscky donna de nombreuses conférences à travers
le monde. Il est l’auteur de deux ouvrages :
Architecture active
(1972), et
Les mains de Le Corbusier
(1987). En 1981, il fut élu
membre de l’Académie d’Architecture, et en 1998, il entra à
l’Académie des Beaux-Arts, où il fut élu au fauteuil précédem-
ment occupé par Jacques Couëlle. La devise d’André Wogenscky
était : “Voir des hommes avant de s’autoriser à voir des formes
architecturales”. Pour lui, l’architecture n’est pas faite avec le
béton, avec la pierre, avec les matériaux utilisés,
mais elle est
faite de l’organisation de formes spatiales. Le rythme, élément
essentiel de l’œuvre d’André Wogenscky, provient de la juxtapo-
sition dans l’espace de formes différentes, de manière à former
une unité qui, au-delà de toute question fonctionnelle,
devient purement esthétique. André Wogenscky était Officier
de la Légion d’Honneur et Commandeur de l’Ordre des Arts et
des Lettres.
“Comprendre et se mettre
à la place de ceux qui vont
vivre dans cette architecture”
Homme d’immense talent, il était aussi d’une extrême
modestie ; il ne cachait pas sa préférence pour sa propre
maison avec atelier d’artiste qu’il construisit à Saint-Rémy-
lès-Chevreuse avec tout son art et tout son amour. André
Wogenscky était un homme d’une rare élévation de pensée,
et l’on n’oubliera pas la remarquable communication qu’il
fit, comme représentant de l’Académie des Beaux-Arts, lors
d’une réunion publique des cinq Académies.
Homme de
grande conviction et en même temps exempt de tout
sectarisme, il a écrit ces mots qui devraient constituer le
guide de tout architecte : “comprendre et se mettre à la
place de ceux qui vont vivre dans cette architecture” (que
l’on va construire). André Wogenscky était un très grand
artiste et un irremplaçable ami dont la disparition nous
pèse cruellement.”
Christian Langlois
,
membre de la section d’Architecture
Décès
Décès
Jean-Louis
Florentz
André
Wogenscky
Hommage
Un hommage sera rendu au compositeur en la Cathédrale
Notre-Dame de Paris, le 14 janvier 2005.
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