Automne_2004 - page 7

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Antécédents
Le terme de “diversité culturelle” est devenu le mot d’ordre de
la promotion des politiques en faveur d’un soutien public à l’au-
diovisuel et à la culture en général. Il est à la base des systèmes
nationaux de subvention, des mécanismes de soutien, des poli-
tiques de quotas et de la position adoptée par l’Europe dans les
négociations commerciales internationales.
La diversité culturelle
Le terme de “diversité culturelle” a vu le jour au début des
années 90 en même temps que l’ “exception culturelle” pour
laquelle la France notamment s’est battue avec succès. La France
a persuadé le reste de l’Europe de résister aux tentatives améri-
caines d’inclure le secteur audiovisuel dans les négociations
commerciales internationales du GATT en 1993 destinées à
supprimer les obstacles au “libre échange”. En conséquence de
quoi, l’Europe a refusé de négocier les subventions et les systèmes
de protection du cinéma et de la télévision en Europe. Lorsque
le cycle de Doha a été lancé en 2001, la Commission Européenne,
au nom des Etats membres de l’Union, a annoncé qu’elle main-
tenait sa position quant au refus de discuter de la renonciation au
statut spécial du secteur audiovisuel. La raison de cette décision
réside dans le fait que la protection et la promotion des industries
audiovisuelles européennes sont indispensables au maintien de
l’identité et de la souveraineté des pays et régions qui
constituent l’Europe.
Devant l’insistance des Etats-Unis à exiger de leurs
partenaires commerciaux qu’ils prennent des engage-
ments de libéralisation de leurs secteurs audiovisuel
et culturel dans le cadre de l’OMC et de négociations
d’accords commerciaux bilatéraux, les organisations
professionnelles de la culture se sont mobilisées pour
attirer l’attention des Etats sur les risques d’une telle
libéralisation. Ces organisations se sont regroupées au
niveau national en coalitions pour la diversité cultu-
relle. A ce jour, 11 coalitions sont actives à travers le monde
(Argentine, Australie, Burkina Faso, Canada, Chili, Corée du Sud,
France,
Maroc,
Mexique, Nouvelle-Zélande, Sénégal) et deux sont
en cours de constitution (Espagne et Pologne).
Le Comité de liaison apporte son soutien aux organisations profes-
sionnelles de la culture qui souhaitent bâtir des coalitions afin de
faire pression sur leur gouvernement respectif pour qu’il n’inclue
pas la culture dans les accords commerciaux internationaux.
La Coalition Française pour la Diversité Culturelle, créée en
1997 lors de la lutte contre l’A.M.I. (Accord Multilatéral sur
l’Investissement), regroupe 47 organisations professionnelles
représentant l’ensemble des répertoires (audiovisuel,
musique,
spectacle vivant, littérature, arts graphiques et plastiques, etc.) et
des acteurs de la création (auteurs, artistes interprètes, produc-
teurs, éditeurs, techniciens, etc.). Les professionnels de la culture
ont un rôle à jouer dans le débat autour de la diver-
sité culturelle. Leur objectif est que les Etats puis-
sent mettre en œuvre des politiques culturelles
permettant aux populations d’avoir accès à leur
culture nationale et aux cultures étrangères, tout
en se préservant de l’hégémonie d’une culture unique
et dominante.
Une convention sur la diversité culturelle
Les Etats membres de l’UNESCO travaillent
actuellement à l’élaboration d’une convention inter-
nationale qui va fixer cette notion de diversité culturelle, incluant
le respect mutuel et le droit des peuples à jouir de leurs
propres cultures et reconnaissant la liberté des Etats d’établir
et de soutenir les politiques culturelles qu’ils jugeront nécessaires
au développement de leur culture nationale respective.
Les 11 Coalitions pour la diversité culturelle, réunies au sein
du Comité International des Coalitions, soutiennent l’initiative
en cours à l’UNESCO et comptent faire entendre la voix des
professionnels de la culture lors de l’élaboration de la convention.
Les exigences du Comité International de Liaison sont les
suivantes : une convention contraignante, claire et précise dans
ses objectifs, reconnaissant la liberté des Etats d’établir leurs poli-
tiques culturelles, adoptée à l’automne 2005 à l’occasion de la 33
e
Conférence Générale de l’UNESCO.
La diversité culturelle et la lutte contre la piraterie
Aujourd’hui, on parle beaucoup de la lutte contre la piraterie
(musicale et audiovisuelle) qui sévit sur le net notamment au
moyen d’échanges de fichiers illégaux via les sites de “peer to
peer”. Hollywood et la MPA font pression sur de nombreux gouver-
nements pour qu’ils punissent sévèrement les pirates.
Mais quelle
serait la motivation de ces gouvernements pour lutter contre la
piraterie sans industrie culturelle nationale à protéger ? Ils ne
gagneraient qu’en impopularité. Ce n’est qu’en permettant à d’au-
tres cultures d’exister que les Etats-Unis trouveront des alliés dans
la lutte contre la piraterie. Ce message ne semble pas passer auprès
du gouvernement américain qui, voyant les négociations sur les
services bloquées à l’OMC, continuent leur politique de négocia-
tions de traités commerciaux bilatéraux avec certains pays tiers
(Maroc, Australie, Chili, Pérou, Equateur et Colombie). Tous ces
pays ont fait des concessions en matière culturelle dans lesdits
traités qui vont essentiellement ouvrir leur marché aux biens et
services américains au détriment de leur production nationale.
L
e cinéma français connaît aujourd’hui une sérieuse crise de la répartition
de son financement entre les différents acteurs du marché, dont le produc-
teur indépendant est l’une des principales victimes.
Si le cinéma français se caractérise par une grande diversité en nombre de films
(212 films produits en 2003), cette réalité cache de grandes diversités. On assiste
depuis quelques années à une surenchère qui se porte sur un
nombre réduit de très gros films en termes de budget au détriment
de films à “budget moyen” plus difficiles à monter, et à une sorte
de marginalisation économique des films à “petit budget”, dont le
nombre croît fortement dans une économie de plus en plus précaire.
Ainsi en 2003, les films à plus de 10 M
- qui ne représentaient
que 10% du nombre de films produits - monopolisaient 45% des
devis de fabrication des films d’initiative française.
Parallèlement, on a constaté une forte hausse des films à petits
budgets (moins de 2 M
), qui représentent 43% du nombre de
films et seulement 9% des devis. Ces films ont par ailleurs, faute
de moyens pour la distribution, beaucoup de mal à trouver leur public.
On voit
donc que deux cinémas cohabitent au sein du système français, et vivent dans des
économies de plus en plus cloisonnées.
L’avenir du cinéma français dépend des choix qui seront posés aujourd’hui pour
rééquilibrer de façon notoire les possibilités de production de demain.
Cela suppose bien évidemment que l’ensemble des opérateurs du secteur soit
conscient de ces enjeux et veuille ensemble préserver et développer une ciné-
matographie forte et diversifiée.
Une diversité que cautionne le public, comme le démontrent les succès en salles
du cinéma français depuis plus de 3 ans, qui permettent à 33 films français en 2003
de réunir plus de 500 000 entrées, dont 20 à plus de 1 000 000. Cette tendance est
largement confirmée sur le début de l’année 2004, avec les succès de films aussi
variés que
Les Choristes
,
Podium
,
Deux Frères
,
Les 11 Commandements
,
Mariages
,...
Nous vivons dans un contexte de très forte mutation technologique (câble, satel-
lite, diffusion numérique, haut débit sur Internet ADSL, explosion du DVD) qui
tend à démultiplier les modes de consommation de l’image. La banalisation de l’image -
donc du film - a pour conséquence de développer, voire d’encourager, la piraterie.
Ce risque, nouveau par son ampleur, implicitement encouragé par les fabri-
cants d’enregistreurs de DVD, les opérateurs de télécommunications et les four-
nisseurs d’accès à internet, peut s’avérer rapidement mortel si nous ne réagis-
sons pas vigoureusement.
Nous sommes aujourd’hui dans une période de transition où s’accentue chaque
année davantage une sorte d’inadéquation entre les mécanismes “historiques” et
cependant légitimes de préfinancement du cinéma français et la réalité du marché.
Pour préserver la diversité du cinéma français, il faut par ailleurs maintenir en
bonne santé un tissu riche et varié de productions indépendantes capables de déve-
lopper avec les auteurs et les réalisateurs des films de tout genre, pour tous les publics.
Nous devons pour cela privilégier les modèles économiques qui ont un intérêt
à la diversité et étendre les engagements et obligations de diversité des différents
“diffuseurs” du cinéma, en privilégiant notamment les engagements de préfinan-
cement pour chaque acteur du processus de diffusion du film en proportion des
avantages qu’il retire de l’organisation de la chronologie des médias et de la réalité
de son marché.
La diversité
culturelle
et ses enjeux
Par
Pascal Rogard
, directeur général de la SACD,
président de la Coalition française pour la diversité culturelle
Le cinéma français :
un financement à rééquilibrer
Par
Jean-François Lepetit
, producteur, PDG de Flach Films,
président de la Chambre syndicale des producteurs de films
Ce n’est qu’en
permettant à
d’autres cultures
d’exister que
les Etats-Unis
trouveront des alliés
dans la lutte contre
la piraterie”.
L’avenir du cinéma
français dépend des
choix qui seront posés
aujourd’hui pour
rééquilibrer de façon
notoire les possibilités
de production
de demain”.
Andrej
Wajda et Gérard Depardieu sur
le tournage de
Danton
(1983).
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