Automne_2005 - page 6

Flash sur quelques appellations
obsolètes :
“Peintres portraitistes”. Le Peintre de
portrait n’aurait-il plus de raison
d’exister ? Les grands peintres captaient
la personnalité de leur modèle et leur
propre personnalité se révélait en
même temps.
“Peintres d’Histoire”, tandis que la
photographie historique est immense.
Cependant dans le dernier grand tableau d’Histoire
Guernica
, Picasso a cocufié les reporters/photographes de
ce bombardement, car on ne se souvient même plus des
instantanés photographiques.
Flash mystérieux : pourquoi les énigmatiques photos de
visage de défunts sur leur lit de mort, nous interrogent-ils
plus que de leur vivant ? Il est évident que je serais curieux
de voir ma photo dans cet état.
L’immortalité piégée !
Flash sur le coït : en 1973, je décidai
de faire faire la radio d’un coït
humain, cette radio devant être le
fond sur lequel venait s’inscrire le
burin d’un couple dans l’acte sexuel.
Mon radiologue mit au point le
liquide permettant la réalisation de
cette radio, une première mondiale !
Malheureusement, le jeune homme
ne fut pas à la hauteur de l’événe-
ment. Ce fut un échec. J’ai appris
que récemment aux USA,
cette radio a été réalisée.
Flash sur l’érotisme : les
dessins des nus érotiques ou
même pornographiques, s’ils
émeuvent par leur beauté
artistique, ne sont guère très excitants. Les photos érotiques
dans les mêmes positions, le sont. Les corps sont là, saisis,
surpris et captés par l’instantanéité de l’objectif. Pourquoi
les nus d’hommes de Mapplethorpe choquent-t-ils encore
aujourd’hui ?
Flash sur “l’historique”
Carré blanc
de Malevitch. Imaginons
qu’il soit vendu chez Sotheby’s des millions d’euros. Un “Carré
Blanc” en photo, atteindrait-il la même enchère, à la même
vente ? Deviendrait-il alors aussi “historique” ?
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Dossier
Nadine Eghels : Vous êtes à la tête du Mois de la Photo et
vous dirigez depuis dix ans la Maison Européenne de la
Photographie à Paris. Considérez-vous la photographie comme
un des Beaux-Arts, et que pensez-vous de la création d’une
section de Photographie à l’Académie des Beaux-Arts ? D’après
votre expérience, comment la photographie trouve-t-elle aujour-
d’hui sa place comme art plutôt que comme pratique artisa-
nale ? Comment est-elle perçue par le public ?
Jean-Luc Monterosso
: Si je me réfère à mon expérience à
la Maison Européenne de la Photographie, je dirais que la
photographie est un moyen d’expression qui touche un très
large public. Cela tient au fait que la photographie est arti-
culée sur une pratique. Photographier est
simple et à la portée de tous. Cette relation de
proximité devait exister au début du siècle entre
la toile et le pinceau, entre le papier et le
crayon, et elle facilite l’accès à la photographie.
Cette dernière est, d’autre part, essentielle-
ment figurative (même si apparaissent aujour-
d’hui des tendances expérimentales qui l’éloignent de
cette dimension).
Une photographie de Marc Riboud ou
de Henri Cartier-Bresson peut être comprise par n’im-
porte qui, ce qui n’est pas toujours le cas de l’art contempo-
rain et des artistes conceptuels des années 70, par
exemple.
On peut constater, cependant, que de nombreux
artistes se sont intéressés à la photographie, et que celle-ci
s’est intégrée - à travers Warhol, Boltanski, et auparavant,
avec les surréalistes - à l’histoire de l’art,
même si elle a une
histoire qui lui est propre.
Quant à la question de savoir s’il
s’agit d’un art à part entière, le débat est aujourd’hui un peu
dépassé, comme d’ailleurs pour le cinéma.
N.E. : Comment la photographie peut-elle évoluer aujour-
d’hui ? Le développement du numérique, qui permet de
supprimer le support papier, représente-t-il un danger pour
la photographie “traditionnelle” ? S’agit-il d’un changement
technique ou le bouleversement est-il plus fondamental ?
J.L.M.
: L’évolution technologique entraîne forcément une
évolution de la vision. Avec l’apparition du numérique, on
assiste à une révolution des pratiques. En matière d’art, peu
importe l’outil, seuls comptent le regard et la culture. Un
grand photographe comme Marc Riboud n’utilise prati-
quement plus aujourd’hui qu’un appareil jetable... et il fait
d’aussi bonnes photographies qu’avec son Leica ! Il n’en reste
pas moins que l’évolution technologique entraîne un certain
nombre de remises en question. Les jeunes artistes d’aujour-
d’hui utilisent indifféremment la vidéo, les outils numériques,
la photographie..., ils réalisent des installations, prennent des
photos,
même avec un téléphone portable. Cela fait naître
non seulement des manières nouvelles de diffuser des images,
mais de nouvelles formes d’art (après le Mail Art, pourquoi
pas le Phone Art ?).
Mais le plus important est la différence de nature entre ces
techno-formes nouvelles et la photographie argentique.
Longtemps, on a pensé qu’un fossé séparait image fixe et
image en mouvement.
Or, en fait, entre photographie et
cinéma, il n’y a pas de différence de nature : il s’agit, dans un
cas comme dans l’autre, d’une surface sensible
qui garde l’empreinte du réel.
Or le numé-
rique, qui offre la possibilité de créer des
images à partir d’autres images, fait perdre la
relation avec la réalité. Pendant longtemps, la
photographie constituait une preuve, elle attes-
tait de la vérité. Prenons l’exemple de la photo-
graphie d’identité : aujourd’hui, l’image seule ne suffit plus,
et de nouvelles informations sont nécessaires, comme les
empreintes digitales, le fond de l’iris, etc.
Le numérique entraîne une sorte de déperdition du sens
et une extension du champ de l’image, avec la possibilité de
montrer des êtres et un monde qui n’existent pas.
Philosophiquement, c’est une véritable révolution. La photo-
graphie numérique offre une possibilité de re-création du
monde beaucoup plus grande que la photographie tradition-
nelle, qui condensait l’acte créateur dans le moment
décisif de la prise de vue.
L’enjeu, pour le photographe, n’est plus dès lors d’enregis-
trer et de restituer le monde à travers son regard,
mais, en
jouant avec les pixels comme avec un pinceau, d’intervenir,
à travers son imaginaire, sur la nature même de l’image.
Que l’Académie des Beaux-Arts prenne acte de la photo-
graphie comme un des Beaux-Arts, en créant en son sein une
section de photographie, constitue à l’évidence un symbole
fort, et montre qu’elle est en prise avec son époque.
Une révolution des pratiques
Rencontre avec
Jean-Luc Monterosso,
directeur du “Mois de la Photo à Paris”
et de la Maison Européenne de la Photographie
Q
UELQUES FLASHES
/
ÉCLAIRS QUI NOUS
ÉBLOUISSENT ENCORE
:
L’éclair
de la
bombe
d’Hiroshima, révélation de
la fin du monde, éclair qui
impressionna sur un mur, la
silhouette d’un homme
irradié.
Cette impression
ne pouvait que bouleverser
le graveur que je suis.
Les photos endoscopiques de
Lennart Nilsson : première
incursion mondiale dans la
poche amniotique, voyage dans le corps intra-utérin.
On
imagine l’hallucinante endoscopie à l’intérieur de soi-même.
L’ego surdimensionné !
Les photos de la chose la plus secrète, jusqu’alors inviolée :
le processus DIVIN de la mitose, cette fusion des cellules,
cet enlacement impiégeable avant la photo mais laissant
cependant tout le mystère insondable de la cellule.
Le Professeur Hayashi, à Tokyo, révélant l’intérieur du
corps d’une femme et la formation d’un spermatozoïde.
Flash sur Hucleux avec ses “photopeintures”, dessins à la
mine de plomb sur papier Canson grand format.
Flashes sur la
photographie
Par
Pierre-Yves Trémois
,
membre de la section de Gravure
Nous saurions
beaucoup de choses,
si nous savions ce qu’est
un rayon lumineux”
Louis de Broglie
La photographie
est intégrée à l’histoire
de l’art,
même si elle
a une histoire qui lui
est propre”
Trémois
, Six flashes dans un même état,
extrait de la série
Envol, 1981.
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