Automne_2005 - page 8

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M
ise au point par Daguerre en 1839, la photogra-
phie a été saluée par Gay-Lussac comme un “art
nouveau au milieu d’une vieille civilisation”. Le
usée d’Orsay, qui conserve les œuvres de la période allant
de 1848 à 1914, a donné une place très importante à la photo-
graphie. Il a constitué dès son ouverture une collection excep-
tionnelle qui atteint aujourd’hui environ 50 000 pièces.
Premier grand musée des Beaux-Arts en France
à considérer la photographie comme moyen d’ex-
pression artistique à part entière, il a commencé
à rassembler des œuvres à partir de 1979, a aussi
reçu des attributions et des dépôts importants
et a bénéficié enfin de dons prestigieux. Le
Musée d’Orsay possède, entre autres, une série
d’œuvres par Félix Nadar, Gustave le Gray, Victor
Regnault, Lewis Carroll, Edgar Degas et Pierre Bonnard,
dont on ne peut trouver aucun équivalent.
De très belles
acquisitions ont été faites en vente publique depuis 10
ans : une partie des albums Disdéri, en 1995, un ensemble
exceptionnel de Charles Nègre en 2002, et, plus récemment,
des œuvres de Roger Fenton, Fernand Khnopff... La collec-
tion offre un panorama cohérent de l’histoire de la photogra-
phie entre 1839 et 1918,
mettant l’accent sur la photographie
Dossier
C
e n’est pas une mince ironie de l’histoire que de voir
aujourd’hui satisfaite, par son entrée à l’Académie,
la revendication la plus ancienne et la plus insistante
de la photographie : être considérée comme l’un des beaux-
arts. Et ceci à un moment où les catégories anciennes ont
largement perdu de leur pertinence, et où la photographie
elle-même, après s’être imposée comme un des supports
privilégiés de la création d’aujourd’hui, subit des transfor-
mations profondes qui la font basculer irrémédiablement du
côté d’une “civilisation des images” annoncée dès le dernier
tiers du dix-neuvième siècle.
Ce qui est frappant, à la relecture des textes si utilement
rassemblés par André Rouillé (1), c’est que les termes du débat
sont posés dès l’apparition de la photographie, et que le siècle
et demi écoulé, sous couvert de théorisation, n’a guère fait que
les ressasser. En même temps, rien ne reste vraiment en l’état,
le processus d’historisation fait son chemin, et ce qui est
consacré aujourd’hui, c’est précisément le fait que la photo-
graphie a pris sa place dans la grande histoire de l’art. En
témoigne le fait que les œuvres photographiques majeures sont
maintenant considérées à l’égal des autres types d’œuvres qui
leur sont contemporaines. C’est évident pour les photogra-
phies du dix-neuvième et de la
première moitié du vingtième
siècles, avec pour conséquence
leur présence dans les parcours
des collections des grands
musées,
mais aussi la réévalua-
tion spectaculaire de leur valeur
marchande.
Mais c’est manifeste
aussi, quoique de manière sensi-
blement différente, pour des
œuvres plus récentes. Il est
possible, depuis au moins une
trentaine d’années, d’être artiste
au plein sens du terme, en utili-
sant la photographie, seule ou
associée à d’autres supports.
Là aussi, les institutions et le
marché ont consacré une muta-
tion décisive, avec la recon-
naissance accordée à ces icônes
de notre temps créées par Bernd
et Hilla Becher, Christian
Boltanski, Jeff Wall, Gilbert and
George, Andreas Gursky, et
beaucoup d’autres.
Mais à peine cela est-il noté
que d’autres mutations, tech-
niques cette fois, interviennent,
et rendent définitivement
impossible de parler de
la
photographie. L’inscription du procédé dans la chaîne numé-
rique déplace en effet de nouveau le problème, tout au moins
sur le plan de la diffusion. Car pour ce qui est de la création,
rien n’est plus juste et actuel que ce qu’écrivait Léon de
Laborde en 1856 : “Au dessous d’une certaine limite de supé-
riorité, art, science et littérature, tout est de l’industrie. Faites
que ce soit de la bonne et meilleure possible,
mais ne
prétendez pas maintenir des distinctions puériles”. Car la
seule chose qui importe, n’est-elle pas à l’évidence, quelle
que soit la technique employée, “l’œuvre de la pensée” ?
(1) In André Rouillé,
La Photographie en France - Textes et
controverses : une anthologie, 1816-1871
,
Macula, 1989
La photographie
au Musée d’Orsay
Par
Serge Lemoine
, Président de l’Établissement public du Musée d’Orsay
La photographie,
un art en mutation
Par
Régis Durand
,
Directeur du Musée du Jeu de Paume
française tout en tenant compte de la vocation internationale
du musée. Sur ce plan, il a joué un rôle de pionnier, fonda-
mental pour l’histoire de l’art, et a contribué à modifier le
regard porté sur cette forme d’expression.
Pour mettre en valeur cette technique fragile, qu’on ne
peut exposer en permanence, une galerie de photographie a
été créée en octobre 2002, dans un espace de 188 m
2
, permet-
tant de montrer les œuvres par roulement et
d’intégrer la photographie dans le parcours du
visiteur, au même titre que les autres disciplines
artistiques. Les thèmes sont renouvelés trois fois
par an, qui permettent de faire découvrir la
richesse et la diversité des collections. Les sujets
suivants ont déjà été présentés :
Chefs-d’œuvre
de la collection photographique du Musée
d’Orsay ; La Beauté documentaire, 1840-1914 ; Au tournant
du siècle deux tendances : le Pictorialisme et Eugène Atget ;
Paysages et nature ; Photographies de guerre ;
Dans l’ate-
lier
..., à chaque fois accompagnés d’un catalogue.
En ce qui concerne les expositions, le musée a égale-
ment mis en valeur la photographie à maintes reprises, avec
des sujets inédits ou insolites élargissant la réflexion :
L’Invention d’un regard
en 1989 ;
Nadar
en 1995 ;
La
Comtesse de Castiglione par elle-même
en 1999 ;
Dans le
champ des étoiles, les photographes et le ciel
en 2000 ;
Le
Daguerréotype français. Un objet photographique
en 2003 ;
New York et l’art moderne, Alfred Stieglitz et son cercle (1905-
1930)
en 2004
.
Au delà de la mission patrimoniale qu’il remplit grâce à
l’accroissement des collections, le musée a également l’am-
bition, par cette politique d’expositions, de favoriser le déve-
loppement des connaissances dans un domaine qui est aujour-
d’hui reconnu dans le monde de l’art.
Intégrer la
photographie dans le
parcours du visiteur,
au même titre que les
autres disciplines
artistiques”
La revendication
la plus ancienne et la
plus insistante de la
photographie : être
considérée comme
l’un des beaux-arts”
Galerie de photographie du Musée d’Orsay.
le Jeu de paume, l'escalier et le hall, site Concorde
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