Automne_2011 - page 18-19

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Les Rencontres de la
photographie d’Arles,
une initiative de
portée mondiale
Par
Jean-Noël Jeanneney
, Président des Rencontres d’Arles
L
es Rencontres sont aujourd’hui si vivantes, si profu-
ses, si inventives qu’on hésite à les célébrer, et même
à les décrire, de crainte de les figer dans les raideurs
d’une célébration. Qu’on prenne donc comme un simple
propos d’étape, dans le cours d’une démarche qui reste
de prime jeunesse, les lignes que voici - où je répugnerai
d’autant moins à l’éloge que je n’y ai nul mérite, étant entré
tout récemment dans son histoire.
L’idée fondatrice de Lucien Clergue, Jean-Maurice
Rouquette et Michel Tournier, voici plus de quarante ans,
enracinée dans une ville-joyau qui leur était chère à tous
trois, vint du désir ardent de voir la photographie trouver
dans la vie culturelle, en France et au-de-
hors, une place majeure qui leur paraissait
lui être par trop comptée jusqu’alors, du
côté de la création comme de la diffusion.
Il s’agissait de concentrer, en un temps
bref et en un lieu prestigieux, selon une
ambition planétaire, le plus intense des
désirs et des adhésions qu’après un siècle et
demi d’histoire passionnée la photographie
pouvait susciter.
D’autres festivals ont depuis lors fleuri
dans bien des endroits, et Arles a toujours
considéré ces imitations comme des hom-
mages. Comme elle s’est félicité, y ayant
joué un rôle, de constater que fondations et
musées (voyez, chez nous, la galerie perma-
nente de la photographie à la Bibliothèque
nationale de France) multipliaient les
initiatives dans ce champ. À la fois art du premier rang et
témoignage hors pair, la photo a parfois souffert de cette
ambivalence. Les Rencontres ont appris à ne pas distin-
guer ces deux destins. Ne négligeant certes pas les œuvres
anciennes indispensables à l’Histoire, elles ont eu à cœur
de servir, au profit d’un public grandissant, la création en
mouvement, sous toutes ses formes prolifiques, en favorisant
l’essor de bien des talents neufs. Attentives, évidemment,
à la spécificité française, mais résolument universelles, à
l’écoute de tous les continents, convaincues que le choc des
expériences et des diverses sensibilités nationales, des Etats-
Unis au Japon, de l’Amérique latine à l’Europe de l’Est, de
la Chine à la Grande Bretagne, les enrichirait toutes.
Qu’aujourd’hui la photo ait trouvé sa place, solidement,
dans l’activité, les préoccupations, les subventions du
Ministère de la Culture, comment douter qu’Arles y ait
contribué? Mais l’enseignement aussi est directement
concerné. L’Ecole nationale de la photographie, située
également à Arles, est au fond la fille des Rencontres et fait
surgir dans ce monde, chaque année, une petite pléiade
de jeunes talents, garants de l’avenir. Et on est frappé du
succès grandissant des ateliers (faut-il dire, à l’Institut de
France, workshops ?) où les praticiens, les artistes viennent
élargir l’ampleur de leur talent.
L’Education nationale regarde vers les Rencontres avec
une curiosité, pour ne pas dire une gourmandise, sans
pareilles. Car une nouvelle génération d’enseignants a
compris que la formation à l’image, donc
à la photographie, primordiale, est, en ce
début du XXI
e
siècle, bouleversée par les
nouvelles technologies. L’événement que
nous avons intitulé « La Rentrée en ima-
ges » les voit affluer à Arles, en septembre,
avec leurs classes, plus nombreuses chaque
année. Tant il est vrai qu’il n’est pas d’art
majeur qui n’appelle, pour sa vitalité, la for-
mation des jeunes regards, ceux des futurs
amateurs qui seront aussi citoyens. Dans le
même temps, nous aurons à nous préoccu-
per toujours davantage de la mémoire de
l’événement, un peu négligé, longtemps
sous le fouet des urgences successives.
Une présence forte sur la Toile est à l’ordre
du jour, avec le développement d’un site
qui devra être, comme ce qu’il reflètera,
bouillonnant. Et il faudra contribuer à l’enrichissement
des diverses collections dont, toujours à Arles, le Musée
Réattu donne l’exemple depuis 1957 – sans exclure que nous
entretenions un jour la nôtre. Nous ne nous rengorgeons
pas. Toute initiative telle que celle-ci est fragile. Elle dépend
de son équipe et de celui qui la dirige - François Hébel,
depuis une décennie, excelle par son dynamisme et son
imagination - mais aussi des soutiens financiers : ceux des
pouvoirs publics, qui ne nous manquent pas mais sont voués
à ne pas suffire, ceux aussi du mécénat privé où brillent
plusieurs fidélités affectueuses.
Il nous est précieux d’inscrire l’Académie des Beaux-Arts,
qui a eu le discernement d’accueillir Lucien Clergue, parmi
le cercle des amitiés qui nous entourent et nous tenons à ce
qu’elle le sache.
u
D
ossier
En haut : Arles 2011, Atelier de mécanique, exposition «From Here On». Le Manifeste signé par Martin Parr,
Clément Chéroux, John Fontcuberta, Erik Kessel et Joachim Smidt. ©
Bernard Perrine
Ci-dessus : la première équipe des Rencontres. De gauche à droite : Jean-Claude Lemagny, Todd Webb,
Michel Tournier, Lucien Clergue, Jean-Claude Gautrand, Jean-Pierre Sudre, Édouard Boubat, Denis Brihat,
Jean Dieuzaide, Jean-Maurice Rouquette. ©
Marc Pérard (Archives Jean Dieuzaide)
Page de gauche : affiche des 40
e
Rencontres, en 2009.
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