Automne_2011 - page 2-3

Le 12 août 1839, à la tribune de l'Aca-
démie des Sciences, Arago annonçait
« la récompense nationale » octroyée par
le Roi Louis-Philippe à Louis-Jacques
Daguerre pour sa découverte des pro-
cédés qu'il avait établis, à la suite de
Nicéphore Niépce décédé en 1833 ; il proclamait solennellement la naissance de
la photographie. Communication en sera faite, le lundi 19 août : le procès verbal
précisait : « les membres de l'Académie des Beaux-Arts pourront être invités ».
Plus d'un siècle et demi sépare cette séance de l’institution à l'Académie des
Beaux-Arts d'une section consacrée à la photographie, le 10 mai 2005, selon
le vœu exprimé publiquement par le Secrétaire perpétuel. Cheminement
historique d'une invention technique, telle que la rapportait Littré dans son
dictionnaire : « Procédé au moyen duquel on fixe sur une plaque sensible,
à l'aide de la lumière, l'image des corps qu'on place devant l'objectif d'une
chambre obscure. Il est fondé sur les propriétés chimiques dont jouissent
quelques rayons de la lumière, qui leur permettent d'agir sur certains corps
très sensibles à leur action ». De ce jour, elle est promue officiellement parmi
les disciplines artistiques, même si un de ses maîtres, Henri Cartier-Bresson
en a récusé la qualification.
Dans son numéro d'automne 2005, la Lettre de l'Académie des Beaux-Arts
ne manquait pas de célébrer l'événement. Depuis, le temps s'est accéléré
avec l'exceptionnel rayonnement de la pratique dans le monde. Il convient
d'en mesurer l’évolution. à l'Académie des Beaux-Arts, a été créé le Prix de
Photographie - Marc Ladreit de Lacharrière, sur lequel nous reviendrons dans
le prochain numéro de la
Lettre
.
Le concours universel des photographes - artistes, poètes de l'image, repor-
ters -, le dynamisme des Rencontres d'Arles, à sa 42
e
édition, les initiatives
qui s'y concentrent, l'annonce ministérielle d'un site-portail nommé Arago qui
réunirait en ligne les fonds aujourd'hui communs des grandes bibliothèques,
musées et institutions publiques - Institut de France, Chantilly pour l'Acadé-
mie des Beaux-Arts - ne cessent d'enrichir et de maîtriser un patrimoine où
se fixent les réalités de la société contemporaine.
Autant de créations d'un art qui, par le jeu conjugué des sujets, de l’invention
plastique des compositions, des cadrages, éclairages, réflexes de la prise
de vue, dépasse l'événementiel et découvre des vérités profondes de l’être
humain dans son temps.
sommaire
*
page 2
Editorial
*
page 3
Réception sous la Coupole :
Michaël Levinas
*
pages 4, 5
Exposition :
« Henri Edmond Cross
et le néo-impressionnisme.
De Seurat à Matisse »
au Musée Marmottan Monet
*
pages 6 à 29
Dossier :
« Vive la Photographie ! »
*
pages 30, 31
Actualités :
Niépce, sous le parrainage des
Académies des Sciences
et des Beaux-Arts
La collection Lucien Clergue
enrichit le nouveau
Musée Jean Cocteau
Séance inaugurale du
séminaire « Interface »
à la Sorbonne
Exposition
« Famille » de Marion Poussier
Prix de Photographie de
l’Académie des Beaux-
Arts – Marc Ladreit de
Lacharrière
Distinctions
Hommages :
Michel Folliasson
Hervé de Fontmichel
*
page 32
Calendrier
des académicien
s
E
ditorial
Lettre
de
l’
Académie
des
Beaux-Arts
i n s t i t u t d e F r a n c e
Lettre de l’Académie des beaux-arts •
Directeur de la publication
 : Arnaud d’Hauterives •
Comité de rédaction
 : délégué Paul-Louis Mignon ;
membres : Yves Millecamps, Claude Abeille, Yves Boiret, Aymeric Zublena, Louis-René Berge, François-Bernard Michel, Michaël Levinas, Lucien Clergue
Conception générale, rédaction et coordination
 : Nadine Eghels •
Conception graphique, réalisation
 : Claude-Matthieu Pezon •
Impression
 : Belzica
Imprimerie Frazier • ISSN 1265-3810 •
Académie des Beaux-Arts 23, quai de Conti 75006 Paris
2
|
| 3
R
éception
sous la
C
oupole
Le mercredi 15 juin 2011, sous la Coupole de
l’Institut de France, le compositeur Michaël
Levinas, élu dans la section de Composition
musicale le 18 mars 2009 au fauteuil précé-
demment occupé par Jean-Louis Florentz,
est reçu à l’Académie des Beaux-Arts par
son confrère François-Bernard Mâche.
N
é le 18 avril 1949 à Paris, fils du philosophe
Emmanuel Levinas, Michaël Levinas est à la fois
pianiste concertiste et compositeur. Connu inter-
nationalement pour ses enregistrements de l’intégrale des
Sonates
de Beethoven, le
Clavier bien tempéré
de Bach et
l’interprétation du grand répertoire romantique et moderne,
Michaël Levinas est également salué comme l’un des
compositeurs les plus significatifs de sa génération. Il par-
ticipe d’une génération musicale issue d’Olivier Messiaen,
dont le travail est fondé sur de nouvelles problématiques
relevant de l’acoustique, de la saturation du timbre et
de l’amplification du son. Ces préoccupations, au centre
de l’école dite « spectrale », ont innervé les créations de
l’ensemble « L’Itinéraire » dont le compositeur a été l’un
des fondateurs et qui fut le premier à créer des œuvres de
Jean-Louis Florentz. Après l’époque de l’Itinéraire, dans les
années 2000, redéfinissant les termes de la relation entre le
timbre et le musical, « l’au-delà du son », la problématique
de la transmission d’une écriture du timbre par les signes de
la seule notation, Michaël Levinas se concentre à la fois sur
une écriture plus abstraite, instrumentale et polyphonique,
et sur la relation texte-musique, dont il explore la richesse et
la complexité, et qui est reflétée par l’importance, dans son
œuvre, de la composition d’opéras ou de pièces inspirées de
textes littéraires (
Les Aragon
(1998), les opéras
Gogol
(1996)
d’après
Le Manteau
de Nicolas Gogol créé par le festival
Musica de Strasbourg, l’Ircam et l’Opéra de Montpellier,
ou
Les Nègres
(2004), d’après la pièce de Jean Genet,
dont Michaël Levinas a établi le livret, créé par l’Opéra de
Lyon, celui de Genève et l’Ircam). Son dernier opéra,
La
Métamorphose
, d’après l’œuvre de Franz Kafka, a été créé le
7 mars dernier à l’Opéra de Lille (coproduction de l’Opéra
de Lille et de l’Ircam sur une adaptation d’Emmanuel Moses
et Michaël Levinas avec l'ensemble Ictus, mise en scène de
Stanislas Nordey).
Les œuvres de Michaël Levinas sont jouées par les grands
interprètes d’aujourd’hui, en France et à l’étranger. Sa
discographie pianistique, qui s’étend de Bach à Boulez, a été
jalonnée d’enregistrements très remarqués par la critique.
Les activités d’enseignement sont également centrales dans
le parcours du compositeur : professeur au Conservatoire
national supérieur de musique de Paris de puis 1987, il est
invité à enseigner dans des académies de composition parmi
les plus prestigieuses.
Michaël Levinas voit dans son élection à l’Académie
des Beaux-Arts, lieu emblématique de permanence et de
transmission, un engagement supplémentaire au service de
la musique et des musiciens d’aujourd’hui.
u
Extrait du discours de François-Bernard Mâche :
La question du souffle figure chez Michaël Levinas
au premier plan. Il y revient dans un texte écrit
en 2006 pour le centenaire de la naissance de son père et
intitulé
La chanson du souffle, une épiphanie du visage.
Il relie expressément ce thème à celui du «visage de l’autre»,
où Emmanuel Levinas voyait le lieu d’une rencontre
essentielle avec l’infini ou la transcendance. Ainsi, Michaël
Levinas écrit : « Il s’agit... d’un son qui est aussi l’au-delà
du sonore, à savoir l’essence même du musical. Un son
qui dans son acceptation de sa mortalité est déjà mélodie,
ce que j’appelle Arsis et Thésis ; une mélodie qui inspire
et expire, un son qui transcende sa matérialité sonore
dans sa mort, une épiphanie du visage. » Et il ajoute la
belle formule : « le mélodique, c’est aussi le son qui sait
mourir...ce que j’appelle la fêlure du son, l’essoufflement,
l’expiration, son savoir mourir serait cet instant sublime et
névralgique où le son transcende sa pure matérialité ainsi
que les lois qui l’ordonnent ».
Michaël Levinas
En haut : Arnaud d'Hauterives, Secrétaire perpétuel, et Michaël Levinas,
nouveau membre de la section de Composition musicale.
©
Juliette Agnel
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