Automne_2011 - page 6-7

O
n
pourrait
se
poser
une
question
:
pourquoi les académiciens
du quai Conti ont-ils attendu 167 ans pour faire entrer deux
photographes à leurs côtés, après que leurs lointains prédécesseurs
eurent écouté, assis avec les membres de l'Académie des Sciences, leur
confrère, le député François Arago, leur annoncer la naissance de la
Photographie ? Ainsi va la vie académique où l'on prend son temps.
Lorsque nous nous sommes retrouvés dans ce Palais aux deux
somptueuses bibliothèques, ma première question fut : « Avons-nous
une collection de photographies ? ». On m'en annonça 40.000, pour
rectifier plus tard à 17.000, réparties dans différents lieux propriétés de
l'Institut de France. Un inventaire sommaire a été établi mais, comme
le montre le dossier réalisé pour ce numéro consacré à la Photographie,
il conviendrait de connaître, d'indexer avec précision ces précieuses
collections pour mieux les protéger et avant une éventuelle numérisation.
Elles racontent en effet l'histoire des débuts de la photographie et celle
de nos Académies bien avant d'y accueillir des académiciens.
Ce sont des artistes de toutes disciplines qui ont élu deux photographes
en 2006, convaincus par le Secrétaire perpétuel Arnaud d'Hauterives,
qui avait exprimé le souhait, une décennie plus tôt, de voir entrer
la Photographie à l’Académie. On sait depuis que Cartier-Bresson,
qui avait été pressenti, déclina l'invitation. Finalement, le processus
se remit en marche. Yann Arthus-Bertrand fut l'occupant du second
fauteuil et deux membres correspondants, Agnès de Gouvion Saint-Cyr
et Bernard Perrine nous rejoignirent.
On n'imagine pas le trac qui me saisit lorsque je fus pressenti et
encouragé à présenter ma candidature, et surtout au moment de
l'élaboration de mon discours d'intronisation. En effet, il ne s'agissait
pas de faire l'éloge d'un défunt, mais d'une absente, la Photographie.
Il convenait de retracer une brève histoire de cet art nouveau qui
n'avait pas deux siècles d'existence. Il me fallut six mois de recherches et
différentes versions pour arriver au discours prononcé sous la Coupole.
Alors que je m'occupais de la programmation des Rencontres
Photographiques d'Arles dans les années 70, un haut fonctionnaire du
Ministère de la Culture eut une illumination : « Plaçons la mère dans la
maison du fils ». J'étais interloqué et voulus en savoir plus. « Eh bien,
le cinématographe, issu de la Photographie, a sa maison, le Centre
National du Cinématographe, 12 rue de Lubeck à Paris ; ouvrons en
ces lieux un bureau sur la porte duquel sera écrit le mot Photographie
et vous pourrez frapper à cette porte, et l'on vous donnera des
subventions aussitôt que la « ligne budgétaire » sera ouverte » .
Ainsi la Photographie a sa ligne budgétaire, est admise à l'Académie, a
ses musées, ses collections, ses festivals, mais n'a toujours pas de Maison
de la Photographie comme celle du Cinéma. Mais elle est partout, sa
maison est immense, elle couvre la terre entière, et désormais tout un
chacun photographie comme il respire. Alors, vive la Photographie !
Par
Lucien Clergue
, membre de la section de Photographie
Argentique, numérique, avec des compacts,
des reflex ou des «phonecams», le geste photographique.
©
Bernard Perrine
D
ossier
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Vive la hotographie!
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