Automne_2011 - page 10-11

10
|
| 11
D
ossier
L
a France a vu, au milieu du XIX
e
siècle, la naissance
de la photographie. Cette technique a révolutionné
la création et la diffusion d'images et elle-même a
subi de très profondes révolutions, la dernière en date avec
l'irruption du numérique n'étant pas la moins importante.
Ainsi les pratiques amateurs, au début réservées à une élite,
sont aujourd'hui largement répandues : la photographie
est devenue un instrument courant de communication, qui
transcende les barrières linguistiques voire les interdits.
Plusieurs raisons conduisent donc le Ministère de la
Culture et de la Communication à devoir conduire une
politique spécifique dans ce domaine :
- la situation des fonds argentiques qui recèlent des
richesses irremplaçables et sont le support de notre mémoire
collective, « interrogent » de manière plus aiguë la respon-
sabilité publique : mal connus, mal conservés, mal valorisés,
qu'il s'agisse des fonds constitués au sein d'institutions,
publiques comme privées, comme de ceux qui résultent
de la production des auteurs qui se sont illustrés par leur
création depuis le milieu du siècle dernier.
- l'irruption des techniques numériques qui bouleverse
les modes de production et de diffusion ; les modèles
économiques, de la presse notamment, se trouvent remis
en question, mais plus globalement aussi l'ensemble des
processus éditoriaux et l'application des principes qui
fondent le code de la propriété intellectuelle et du droit
des auteurs.
- l'importance économique prise par ce secteur (plus de 5
millions d'appareils achetés chaque année en France, sans
parler des capacités de prise de vue offertes par les télépho-
nes portables, plus de 31.000 emplois) qui reste masquée par
sa diversité et son émiettement : pratiques amateurs, place
prise par la photographie sur un marché de l'art par nature
instable, large fréquentation et attractivité des manifestions
et des lieux référents (Rencontres d'Arles, Visa pour l'image
à Perpignan, Mois de la Photographie à Paris... ).
En mars 2010, Frédéric Mitterrand a donc décidé de créer
une Mission de la photographie, structure légère d'impulsion
et de coordination, rattachée directement au directeur
La politique du Ministère de la
Culture et de la Communication
en direction de la photographie
état des lieux en 2011
Par
Daniel Barroy
, Ministère de la Culture et de la Communication, Chef de la Mission de la photographie
général des patrimoines, mais qui travaille en liaison avec
les divers services concernés et en capacité de constituer un
véritable point d'entrée au sein du ministère pour l'ensemble
des acteurs publics et privés, professionnels ou détenteurs
de fonds qui continuent à assurer la vitalité et la diversité de
l'écriture photographique dans notre pays.
Dès le printemps 2010, la mission a pu conduire une
réflexion approfondie grâce à la mobilisation de groupes
de travail rassemblant plus d'une soixantaine de profes-
sionnels. C'est sur cette base que l'action s'est engagée
dans le cadre d'approches dont il importe qu'elles restent
concertées. Les chantiers ainsi définis sont aujourd'hui en
cours de réalisation.
1 - L'avenir des fonds photographiques :
Si des institutions comme la Bibliothèque nationale, divers
musées (MNAM, Orsay, mais aussi à Chalon-sur-Saône
par exemple... ) ou le réseau des archives assurent un rôle
l'ensemble des collections photographiques - nationales dans
un premier temps, puis ouvert aux collections publiques et
privées sur la base d'un volontariat ; il s'agit ainsi de créer un
véritable outil de repérage et de suivi des fonds adapté à la
spécificité des œuvres proposées ainsi indexées de manière
homogène ; ce portail, qui sera progressivement enrichi, sera
ouvert au public dans le courant de cet hiver.
- La création à Arles d'un lieu approprié pour la conserva-
tion et la valorisation de fonds photographiques d'auteurs,
d'intérêt national, inscrit dans la dynamique de recherches
et d'études développée par l'Ecole nationale supérieure
de la photographie ; toutefois, il est clair que ce projet ne
saurait être conçu de manière exclusive, sans égard pour les
capacités d'accueil et de traitement qui peuvent être celles
de diverses institutions à Paris ou en région.
- L'organisation de la concertation entre les différents
services pour assurer une réponse adaptée aux sollicitations
des détenteurs de fonds qui souhaitent les transférer à une
collectivité publique, avec la mise sur pied d'un groupe
permanent d'experts, qui pourront être sollicités pour avis et
conseils en fonction de l'intérêt et de la nature du fonds pro-
posé, des conditions de conservation qui lui sont nécessaires
et des possibilités de valorisation envisageables.
- Le lancement d'un événement de portée nationale en
2013/14, coordonné entre Paris et les régions, pour montrer
la diversité et la richesse des fonds souvent mal connus que
renferment les collections publiques.
Par ailleurs, une réflexion complexe est engagée pour
définir et financer une politique de numérisation plus large
de fonds qui représentent plusieurs dizaines de millions
d'images. Cette action suppose de prendre en considération
les problèmes physiques posés par le stockage de ces images,
ceux liés aux processus d'indexation et de choix des images à
numériser, ainsi que les perspectives réelles de valorisation
ainsi offertes.
2 - La vitalité et la diversité de la création et de
sa diffusion :
Si certains photographes trouvent maintenant leur place
sur le marché de l'art, les réalités sociales auxquelles se
trouvent confrontés la plupart d'entre eux sont globalement
lourdement affectées par la situation économique propre aux
secteurs de l'édition. Les modèles économiques propres aux
modes de diffusion offerts par internet restent incertains.
Il importe donc dans ce contexte, et là plus qu'ailleurs,
d'être particulièrement vigilants en ce qui concerne les
évolutions que connaît le droit des auteurs, y compris dans
les perspectives mondiales ouvertes par les réseaux internet.
Dans l'immédiat toutefois, l'action s'est engagée autour des
points suivants :
- L'Hôtel de Nevers, après restauration, se verra ainsi
confié à la fin de 2013 à l'équipe du Jeu de Paume. Il s'agit
en effet de retrouver à Paris un lieu spécifique d'environ
600m2, clairement identifié, qui puisse accueillir non
seulement les expositions historiques, mais aussi, de manière
réactive, la jeune création contemporaine.
- La politique de commandes publiques est par ailleurs
redéfinie, dans le cadre des moyens budgétaires dont
ancien et éminent en matière de conservation de certains
fonds, de nombreuses institutions publiques restent de fait
mal repérées. De plus, de nombreux fonds ou collections
restent pour l'heure en main privée, mais leurs détenteurs
cherchent des solutions de reprise qui en permettent une
bonne conservation et une bonne valorisation. Plusieurs
actions ont donc été engagées :
- La création au sein de la « Réunion des Musées Nationaux
- Grand Palais » d'un véritable portail qui permettra un accès
libre et direct sur internet, au travers d'un site unique, à
Au centre : prototype de la page d'accueil du portail
internet « Arago » qui devrait entrer en service au
cours de l'hiver 2011/2012.
Visuels Crédit Wikiconos
1,2-3,4-5,6-7,8-9 12-13,14-15,16-17,18-19,20-21,22-23,24-25,26-27,28-29,30-31,...32
Powered by FlippingBook