Automne_2012 - page 12-13

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de l’architecte. Il doit non seulement initier autrui à la
compréhension de l’exemple proposé, mais aussi l’inscrire
dans le développement général du travail de l’architecte.
C’est pour cela qu’on peut aimer davantage ceux qui sont
à la fois historiens et critiques, car ils seront certainement
plus justes, plus précis que ceux qui
jugent sur l’instant.
Il faut se pencher sur cette attitude
car elle est rare en France, compara-
tivement par exemple à l’Italie qui, au
nom d’une pensée commune des archi-
tectes, a facilité l’existence de groupes
très actifs qui ont amorcé une tendance
générale comme le montre au Centre Pompidou la magni-
fique exposition « Tendenza » organisée par son commissaire
Frédéric Migayrou, lequel s’avère être correspondant de
notre Académie, section Architecture.
Il suffit de faire le tour de cette exposition pour
comprendre et suivre le développement de la notion d’une
critique architecturale
, dans le plus grand sens du terme,
qui a accompagné les architectes italiens avec les peintres,
les sculpteurs et les théoriciens pendant vingt à trente
années de création. En conduisant l’architecture au-delà
de la critique sociale, pourtant fort vive à cette époque,
vers un mouvement artistique d’ensemble qui a galvanisé
le pays tout entier. Il s’agissait de pousser à son paroxysme
la pensée, l’idée d’une ville, dans ses règles urbaines sur la
forme comme sur la couleur, et de devenir adepte de la plus
grande modernité tout en respectant
une lecture nouvelle du passé.
En France, à ce moment, rien de
semblable. Une charte d’Athènes
essoufflée, des héros isolés comme
Ozenfant ou comme notre Le
Corbusier qui trouvait réponse à tout
avant que l’on ait eu le temps de lui
poser la moindre question.
Certes, notre avant-garde fut forte, mais se présentait
toujours comme éparpillée, comme une somme de coteries
qui se combattaient avec leurs critiques attitrés, sans autre
lieu de cohésion dans le combat que la chasse aux Beaux-
Arts du moment.
Pendant ce temps, l’Italie essaimait, en Espagne avec Zevi,
puis aux Etats-Unis où elle a pris tellement racine qu’elle
nous a conduit au post-modernisme : hélas. Mais comment
juguler et conduire une passion ? Quand Schein et moi, à 20
et 25 ans, allions voir à Milan la Casa Velasqua, nous reve-
nions étourdis. Nous rencontrions Rogers et Peressutti. Nous
lisions leurs revues combattantes,
Domus
de Gio Pionti et
surtout l’indestructible
Casabella
et la fragile
Edilizia Modera.
Il s’agissait de revues vivantes, agressives, combattantes,
pas de l’
Architecture d’Aujourd’hui
d’André Bloc qui était le
défenseur absolu du mouvement moderne dans sa globalité,
le livre de la loi, alors que ces revues italiennes étaient
l’arme de pointe des architectes italiens car elles prati-
quaient en accord avec eux une permanente analyse critique
et les accompagnait avec les artistes. L’Italie s’attaqua aussi
à la Grande-Bretagne, où
Archigram
prit le relais critique,
et enfin aux pays nordiques et aux Pays-Bas.
Voilà ce qu’est une critique nécessaire, une alliée certes
mais sans faiblesse pour les architectes. Une violence pour
porter les idées jusqu’à leur point culminant. Jamais le
moindre accommodement. S’intégrer à la créativité, faire
partie de la réflexion de base. Voilà pourquoi il faut croire en
l’Italie. Pour l’architecture, elle est toujours là pour lancer une
révolution. Cette « Tendenza » fut une immense aventure qui
ravagea non seulement Rome et l’Italie mais le monde entier.
On peut dire aujourd’hui « Nous y étions » comme les
vieux briscards parlent de leurs guerres. Dire que « J’y
étais », que j’en suis encore heureux et en demeure troublé.
Presque tous les acteurs de cette époque ont disparu, mais
si vous ne croyez pas cette légende de la critique active que
je viens de vous raconter, il ne vous reste plus qu’à vous
procurer le catalogue de l’exposition « Tendenza » au Centre
Pompidou.
u
D
ossier
Il s’agissait de pousser
à son paroxysme la pensée,
l’idée d’une ville, dans ses
règles urbaines sur la forme
comme sur la couleur. 
À gauche : Arduino Cantàfora,
La Città Analoga
, 1973. œuvre originale présentée
à la Triennale de Milan.
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne. Photo: Philippe Migeat / Georges Meguerditchian
Ci-dessus : Carlo Aymonino,
Bibliothèque nationale
, Rome, 1959, projet non réalisé,
en collaboration avec B. De Rossi, maquette, bois massif et placages, 37 x 93,5 x 64 cm.
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne. Photo: Philippe Migeat / Georges Meguerditchian
Ci-dessous : GRAU, Paola Chiatante, Aldo Coacci, Gabriella Colucci, Roberto Mariotti et
Franco Pierluisi,
Cimetière de Nice
, (version 2), Alpes-Maritimes, 1983. Projet partiellement réalisé,
en collaboration avec X. Marguerita, façade. Pastel et aérographe sur calque. 64 x 107 cm
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne. Photo: Philippe Migeat / Georges Meguerditchian
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