Ete 2006 - page 12

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L
e fils de Jules Marmottan (1829-
1883), qui fut le directeur de la
Société houillère de Bruay (Pas-
de-Calais) et l’une des figures du monde
industriel de l’époque, aurait pu, aurait
dû devenir un entrepreneur, un gestion-
naire. Il n’en fut rien. Après de clas-
siques études juridiques, Paul
Marmottan tente un moment une
carrière administrative, étant nommé en
1881 et par protection conseiller de
préfecture à Evreux. Il démissionne en
moins d’un an et se construit une vie qui
ne sera pas celle d’un rentier sybarite,
mais celle d’un amateur devenu profes-
sionnel, d’un chercheur-écrivain aux
centaines de publications, d’un collec-
tionneur passionné. L’essentiel est qu’il
sut, très tôt, donner un sens, une unité
à ses passions: il sera le redécouvreur de
cette Europe napoléonienne qui appre-
nait à vivre avec le Code civil et dont les
cours, anciennes et nouvelles, vivaient
à l’heure de ce Paris où Percier et
Fontaine inventaient et imposaient avec
et pour Napoléon le dernier des avatars
d’un néoclassicisme qui allait mériter
l’appellation de style Empire.
Paul Marmottan débute dans les
lettres à 21 ans avec un recueil de
poèmes à compte d’auteur,
Les
Primevères,
où il exprime la banale
mélancolie d’un jeune homme à la
croisée des chemins. En fait, l’élève
du sévère collège de Juilly, l’adolescent
qui assiste désespéré à la défaite de
1870, le touriste précoce et fortuné qui,
à 18 ans, avait déjà parcouru l’Italie,
l’Allemagne et même l’Egypte débutait
ainsi une véritable carrière de voyageur
européen. Paul Marmottan eut très tôt
l’intuition de sa vocation. Il sera, au plus
exigeant sens des termes, un amateur-
connaisseur. Amateur, car il ne sera
jamais ni chartiste, ni universitaire, ni
conservateur de musée. Ses incessantes
et compulsives publications, qu’elles
concernent Paris, les arts ou le premier
Empire seront chaque fois des rencon-
tres avec un document, un objet, une
information dont l’historien fait une
communication, un
addendum
à une
synthèse toujours repoussée.
Qu’importe, puisque cet amateur
est aussi un « connaisseur». Par le
contact direct avec une pièce d’archives
ou un dessin signé, avec une estampe, il
peut donner vie et réalité à un épisode
de l’histoire, à un nom d’artiste, à la
figure d’un événement. A force de
E
xposition
Décorations
Marc Ladreit de Lacharrière
,
membre libre, a été élevé à la
dignité de Grand Officier dans
l’ordre de la Légion d’honneur.
Jean Prodromidès
, membre de la
section de Composition musicale,
a été promu Officier dans l’ordre de
la Légion d’honneur.
Michel Folliasson
, membre de
la section d’Architecture, a été
fait Chevalier dans l’ordre de la
Légion d’honneur.
Paul-Louis Mignon
,
correspondant de l’Académie
des Beaux-Arts, a reçu la
Grande médaille de Vermeil de
la Ville de Paris.
Naissance
numérique
La première
lettre d’information
électronique
de l’Académie des
Beaux-Arts a été diffusée le 12 mai
dernier. Elle communiquera
dorénavant chaque mois aux
internautes les actualités de
l’Académie et de ses membres.
Les personnes désirant la recevoir
peuvent s’inscrire sur le site
Internet de l’Académie,
,
dans la rubrique “Actualités”.
Publication
Musica reservata
,
deux chants
initiatiques pour le culte des vôdoun
au Bénin
, enregistrements,
photographies, mise en page et
textes de
Gilbert Rouget
, ancien
directeur de recherche au CNRS et
ancien directeur du Département
d’ethnomusicologie au Musée de
l’Homme. Communication faite à
l’Académie des Beaux-Arts, grande
salle des séances, le 25 octobre 2005.
D
evant les polémiques nourries qui
se sont développées à propos de
l’implantation des groupes d’éo-
liennes, l’Académie des Beaux-Arts a
décidé d’émettre un avis.
Pour cela, elle a organisé un débat
qui s’est déroulé pendant plusieurs
mois, ce qui a permis de connaître
l’avis des défenseurs des éoliennes
mais aussi de leurs détracteurs, de
membres de l ’Académi e de
Médecine, du Service des énergies
renouvelables du Ministère des
Finances, de l’ancien Directeur du
patrimoine actuellement Président
de la Ligue Urbaine et Rurale, de
l’ancien Directeur de l’Equipement
d’EDF responsable en son temps de
la mise en place de l’électricité
nucléaire et actuellement Président
d’Associations d’énergies nouvelles.
Nous avons également cherché à
connaître les réactions de nos voisins
et particulièrement des Allemands
(classés meilleurs élèves européens
en la matière).
Un rapport général regroupe les avis
de ces différentes personnalités. De
ces débats, il ressort qu’il serait impé-
ratif de prononcer un moratoire sur ce
sujet qui pourra donner le temps de
formuler des exigences précises et
définitives avant de permettre toute
nouvelle implantation d’ensemble
industriel de ce type.
En haut : éoliennes du site EDF de Caurel
(Côtes d’Armor).
repérer des tableaux au hasard des
ventes, des chines, le «connaisseur» sait
reconnaître les signatures, distinguer les
manières, reconstituer un œuvre peint.
A force de visiter les fonds d’archives,
d’acquérir ou de faire copier les docu-
ments, de regrouper les témoignages,
l’historien-amateur arrive à restituer le
contexte d’un événement.
La manière de Paul Marmottan est
celle d’un homme du concret, du
constat. Son génie, tout prosaïque, est
de tisser d’une pièce d’archives à une
autre une tapisserie d’où émerge par
exemple la figure d’Élisa Bonaparte,
cette sœur aînée et revêche de
Napoléon qui avait reçu une part du
génie de son frère et l’appliqua dans la
gestion du grand duché de Toscane et
de la principauté de Lucques. Paul
Marmottan en fut l’historien d’élection.
Le collectionneur avait l’exemple de
son père, grand acquéreur de primitifs
nordiques et fidèle client de l’éton-
nant marchand Brasseur installé à
Cologne. Le goût du fils était apparem-
ment moins ambitieux; il allait d’abord
aux peintres natifs du Nord de la fin du
XVIII
e
et du début du XIX
e
. On doit à
Marmottan les biographies des Watteau
de Lille ou de Louis Boilly dont il sut
acquérir un des plus imposants ensem-
bles de portraits. Paul Marmottan aimait
particulièrement, en précurseur, ces
paysagistes marqués par l’enseignement
du peintre Pierre-Henri de
Valenciennes, auteur en 1801 d’un
mémorable traité sur le paysage. Les
peintres de Barbizon et les
Impressionnistes avaient renvoyés ces
peintres dans l’enfer d’une nature
recomposée. C’est Paul Marmottan qui
permit de revoir un Victor Bertin dont
Corot se proclamait l’élève, un Bidauld.
L’Ecole française de peinture
(1789-
1830), livre paru en 1886, où Marmottan
donne les biographies de ses chers petits
maîtres français du XIX
e
, apparaît
aujourd’hui comme un livre précurseur.
Chaque fois, le collectionneur sait
acquérir parallèlement des œuvres qui
valent témoignages et références.
Marmottan historien d’art et Marmottan
collectionneur ont le génie de
confronter et réunir le texte et l’image.
C’est ce que pratique l’historien de
l’Europe napoléonienne. Paul
Marmottan eut, l’un des premiers,
l’intuition que l’Europe dite napoléo-
nienne ne fut pas seulement un passage
momentané mais le lieu d’une adapta-
tion décisive au monde moderne. En
acquérant systématiquement dans ses
voyages et chez ses libraires patentés les
journaux, les périodiques, les guides, les
almanachs, les descriptions, les recueils
économiques et administratifs, Paul
Marmottan regroupait les témoi-
gnages dont il usait pour ses propres
articles mais dont il savait qu’ils cons-
titueraient autant de pierres d’attente
pour les futurs chercheurs. C’est le sens
et la justification de ses donations prin-
cipales faites à l’Académie des beaux-
arts dont il ne fut du reste jamais
membre: le musée Marmottan à Paris,
rue Louis Boilly où les arts sous
l’Empire sont présents à travers des
œuvres rares, inattendues, significatives,
la bibliothèque de Boulogne-Billancourt
d’autre part qui rassemble et conserve
les glanes d’un voyageur et curieux euro-
péen à la recherche de la mémoire de
ces années 1800 où les anciens et
nouveaux régimes apprenaient à vivre
et fonder un monde neuf.
Hommageà Paul Marmottan
Par
Bruno Foucart
, professeur d’histoire de l’art à l’université de Paris IV-Sorbonne,
directeur scientifique de la bibl iothèque Marmottan
Paul Marmottan (1856-1932), par ses écrits, ses collections, ses
donations, s’est imposé comme l’un des acteurs principaux, dans la
mouvance d’un Frédéric Masson ou d’un Edmond Rostand, du retour
au premier Empire et au goût néoclassique sous la 3ème République.
Le musée Marmottan-Monet lui rend actuellement hommage.
Les éoliennes?
Ci-contre : Rosen, Portrait de Paul Marmottan,
1899, Coll. Paul Marmottan, légué à l’Institut
de France en 1932.
A
ctualités
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