Ete 2007 - page 10

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(1) Longtemps considéré comme le fondement, la base de la figuration,
le dessin est la première formulation de l’image : il décrit, compartimente
les figures à venir ; les scriptoria ont ainsi propagé un vocabulaire
graphique à l’époque médiévale par l’intermédiaire des modèles, des
exempla comme le psautier d’Utrecht à l’époque carolingienne, ou le
taccuino de Jacopo Bellini.En Toscane, à partir du XV
e
siècle, le dessin
acquiert une plus grande autonomie , l’analyse du réel se fait plus
savante, l’imitation plus fine . Le dessin est considéré comme un moyen
de connaissance universel .
(2) Préface de Pierre Carron pour la “représentation” de son atelier de
l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris dans le cadre de
l’exposition organisée par François Mathey, Les métiers de l’Art au
Musée des Arts décoratifs-1990.
(3) Le dessin selon Léonard est aussi chose mentale, il est
analyse de
l’univers et création
en même temps : le pouvoir de l’artiste évoque
celui de Dieu qui a conçu le dessin de l’univers et l’exercice du dessin
permet de concevoir l’idée de la forme des choses puis de les inventer.
Zuccari, à la fin du XVI
e
siècle résume ce débat en distinguant le
disegno
interno
qui formule l’idée, d’origine divine, et le
disegno esterno
qui
fait apparaître la forme de cette idée comme expression naturelle, issue
du pouvoir inventif de l’artiste, c’est à dire de son style.
Le dessin a la
fonction mentale de choix et de correction à l’égard de la nature .
(4) dessin préparatoire a sinopia que l’on retrouve déjà à Pompéi ;
modèle, carton ; primo pensier qui rend compte de l’ouvrage à venir ;
“l’on appelle dessin la pensée d’un tableau, laquelle le peintre met sur du
papier ou sur de la toile pour juger de l’ouvrage qu’il médite” De Piles
Cours de peinture par principes
. En fait, le dessin est longtemps
considéré comme une simple étape de préparation. Ce n’est qu’à partir
du XV
e
siècle que on regarde l’œuvre comme une œuvre achevée et
indépendante : ainsi le taccuino de Jacopo Bellini dont a hérité son fils
Gentile est emporté en Orient et offert au sultan ottoman (101 feuilles
aujourd’hui conservées au British museum).
(5) Le dessin dépend de l’outillage matériel graphique variable selon les
époques (la diffusion du papier est assurée à la fin du XIV
e
siècle par
exemple). Les techniques varient également : les contours mais aussi les
ombres et les reliefs permettent d’apprécier la valeur des différents plans,
des surfaces. La ligne, “circonscription de la forme” nécessaire selon
Alberti n’existe pas dans la nature dit Léonard de Vinci ; c’est une,
abstraction, la réalité de la forme vient selon lui du jeu lumière /ombre ;
Vasari développe cette idée avec le concept de mobidezza,
ligne absorbée dans le clair obscur sans jamais s’abolir, pour
devenir mouvement.
(6) Prééminence de la ligne ou de la couleur ? du dessin ou de la
peinture ? Ce débat oppose dès la Renaissance Michel Ange à Titien.
Rappelons qu’Alberti divise la peinture en trois parties :
1- le dessin, contours d’une forme “constrittione”, 2- la composition,
3- la réception de la couleur (clair obscur). Pour lui, c’est la première
partie la plus importante : le dessin , ou dessein, est la base des trois arts,
architecture, sculpture, peinture. Ce débat oppose ensuite à l’Académie
les Poussinistes aux rubénistes (Mignard puis Roger de Piles).
Le Brun pense que la couleur dépend de la matière alors que le dessin,
plus noble, ne relève que de l’esprit. De Piles lui répond : “Premièrement
l’on appelle dessin la pensée d’un tableau, laquelle le peintre met sur du
papier ou sur de la toile pour juger de l’ouvrage qu’il médite” ;
“deuxièmement l’on appelle dessin les justes mesures, les proportions et
les contours que l’on peut dire imaginaires des objets visibles qui n’ayant
point de consistance que l’extrémité même des corps résident
véritablement et réellement dans l’esprit” ; “cependant, il est vrai de dire
que ces lignes n’ont point d’autre usage que celui du cintre dont se sert
l’architecte quant il veut faire une arcade ; ses pierres étant posées sur
son cintre et son arcade étant construite, il rejette ce qui ne doit plus
paraître non plus que les lignes dont le peintre s’est servi pour former sa
figure .»
Cours de peinture par principes
. Pour De Piles, seule la couleur
peut rendre compte de la totalité du réel, du sensible. Il triomphe et est
accueilli à l’Académie en 1699.
(7) Les schèmes graphiques se répètent nécessairement et si les artistes
n’utilisent plus d’exempla , ils ont ces schèmes en mémoire ainsi tel dessin
de Picasso reste tributaire des lois de mise en page touchant à la
répartition des surfaces sur la feuille etc.
Il en va de même pour les plans et les masses qui dépendent des lignes de
force nées de la pratique du partage géométrique de l’espace mesuré de la
feuille, des trames de quadrillage ou du report au carreau…
(8) “Même si l’on n’envisage que l’esquisse d’un peintre, esquisse réduite
à elle-même, sans son passé de croquis sans son avenir de tableau,
on sent qu’elle comporte déjà son sens généalogique et qu’elle doit être
interprétée, non comme un arrêt mais comme un mouvement”.
Focillon,
Vie des formes.
(9)“Un dessin n’est-il pas la synthèse, l’aboutissement d’une série de
sensations que le cerveau a retenues, rassemblées, et qu’une dernière
sensation déclenche, si bien que j’exécute le dessin presque avec
l’irresponsabilité d’un medium ?”
Ecrits et propos sur l’art
.
Bibliographie
- Alberti,
De Pictura
- Balthus
, Réflexions sur le dessin
- Brusatin M
., Histoire de la ligne
- Clair J
., Le dessin contemporain
- Delacroix
, Sur l’enseignement du dessin
- Diderot D
., Arts du dessin
- Dürer
, Lettres et écrits théoriques, Traité des proportions
- Giacometti,
Ecrits
- Ingres
, Notes et pensées
- Kandinsky
, Point, ligne, plan
- Piles, R.(de),
Cours de peinture par principe
- Poussin
, Lettres et propos sur l’art
- Rudel J
., Techniques du dessin
- Valéry
, Degas, danse dessin
- Vasari
, Vies des plus illustres architectes, peintres et
sculpteurs italiens
- Vinci
, Carnets
- Viollet-Le-Duc
, Débats sur l’enseignement du dessin
E
xposition
Lancelot-Théodore Turpin de Crissé
“Un peintre paysagiste au temps de Joséphine”
à la Bibliothèque Marmottan
Dossier
Notes & Bibliographie
La Bibliothèque Marmottan a accueilli la
rétrospective consacrée au peintre
Lancelot-Théodore Turpin de Crissé (1782-1859)
par le Musée d’Angers. Celui-ci a voulu rendre
hommage à son donateur et célébrer l’un des
meilleurs paysagistes des années 1800-1830.
L
a Bibliothèque Marmottan, selon le goût de son
mécène Paul Marmottan, est particulièrement riche
en paysages des années 1800-1830. Elle conserve
un fonds d’archives et de documents concernant Turpin de
Crissé et était particulièrement désignée pour recevoir
cette exposition inédite.
Turpin de Crissé, longtemps oublié ou sous-estimé,
apparaît aujourd’hui comme l’un des plus sensibles et
originaux représentants de la peinture de paysage au
moment crucial du passage du paysage composé, dans la
grande tradition du Poussin, au paysage portrait à la Corot.
La réappréciation de ces paysagistes (les Valenciennes,
Michallon, Bidault, Bertin, etc) qui concilient, à la fin du
XVIII
e
et au début du XIX
e
siècle, idéalisme et réalisme est
une des évolutions de notre goût, comme en témoigne
l’intérêt porté actuellement à Turpin de Crissé par les
grands musées et collectionneurs. Cette rétrospective est à
la fois une révélation et une confirmation du talent de
Lancelot-Théodore Turpin de Crissé.
En haut :
La Fête sur le Grand Canal
(1840).
Ci-dessus :
La Vue de l’église Santa Maria
dei Miracoli
(1837).
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