Ete 2007 - page 2

3
2
Lettre
de
l'
ACADEMIE
des
BEAUX-ARTS
I N S T I T U T
D E F R A N C E
Un peu d’histoire... En 1806, les
académiciens des Beaux-Arts décidè-
rent de mettre en œuvre le chantier
d’un Dictionnaire “contenant les mots qui appartiennent à l’ensei-
gnement, à la pratique, à l’histoire des Beaux-Arts”. Des difficultés
multiples, l’ampleur sans doute même de l’entreprise, empêchè-
rent longtemps sa réalisation. A l’époque, il devait être intitulé
“Dictionnaire de la langue des Beaux-Arts”, ensemble de défini-
tions ou explications techniques, devenu “Dictionnaire de
l’Académie des Beaux-Arts”.
Le projet fut relancé vers 1837 par le Secrétaire perpétuel,
Jacques Fromental Halévy, mais ce n’est qu’après une première
livraison en 1857, que parut, en 1858, le premier volume chez
Firmin Didot : 381 pages illustrées de gravures antiques.
Il s’ouvrait par “A (musique)”, le la, référence au pape Saint-
Grégoire. Suivirent quatre tomes (1864, 1869-1872, 1878-1882,
1887-1890). Le sixième, inachevé, sous forme de cahiers, date de
1909. Les académiciens s’arrêtèrent à “Gypse”.
Pourquoi l’ouvrage ne fut-il pas poursuivi ? On l’ignore. En
2006, le nouveau Président, François-Bernard Michel, a pris l’ini-
tiative non de reprendre un dictionnaire, mais de favoriser des
travaux collectifs de réflexion sur des thèmes fondamentaux de la
création artistique dans le contexte actuel ; comme leurs prédéces-
seurs, les académiciens des diverses disciplines mettraient en
commun leurs conceptions des Beaux-Arts nourries des leçons de
la pratique.
Nous sommes heureux de présenter un premier dossier consacré
au dessin.
LETTRE DE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS •
Directeur de la publication :
Arnaud d’Hauterives •
Comité de rédaction
: délégué Paul-Louis Mignon ;
membres : Yves Boiret, Edith Canat de Chizy, Gérard Lanvin, François-Bernard Michel, Guy de Rougemont •
Conception générale,
rédaction et coordination
: Nadine Eghels •
Conception graphique, réalisation
:
Impression :
Imprimerie Delcambre
ISSN 1265-3810 •
Académie des Beaux-Arts
23, quai de Conti 75006 Paris •
sommaire
page 2
Editorial
page 3
Réception sous la coupole :
Vladimir Velickovic
pages 4 à 18
Dossier :
“Les travaux de l’Académie des
Beaux-Arts : Le dessin en débats”
page 19
Exposition :
Lancelot-Théodore Turpin
de Crissé, “Un peintre paysagiste
au temps de Joséphine”
page 20
Actualités :
Parution d’ouvrages consacrés à
Roger Taillibert et Jean Dewasne
“Pour Paul Maymont”
Hommage par Claude Parent
page 21
Élections :
Brigitte Terziev
Régis Wargnier
page 22
Communication :
“S’orienter, se désorienter”
Par Gilbert Lascault
page 23
Communication :
“Anthony Blunt : le clerc de
la trahison”
Par Jorge Semprún
page 24
Calendrier des académiciens
Editorial
Elu dans la section de peinture
en 2005 au fauteuil
précédemment occupé par
Bernard Buffet, le peintre
Vladimir Velickovic était reçu
à l’Académie des Beaux-Arts,
sous la Coupole de l’Institut
de France, le mercredi 20
juin dernier.
Vladimir Velickovic
R
éception
sous la
C
oupole
Extrait du discours de
réception prononcé par
Jacques Taddei, membre
de la section de
Composition musicale
… Toutes les nombreuses séries
thématiques (qui suivront)
avec leurs images poignantes seront
hantées par la pensée obsessionnelle et
l’angoisse de l’artiste : pour le destin
de l’Homme et de notre monde, pour
l’agressivité et les tortures, pour la
violence, la destruction et la mort
exercées par l’Homme contre
l’Homme. Tu dis d’ailleurs :
“J’ai toujours peint ce que l’Homme
est capable de faire à l’Homme”.
La violence, dis-tu “est toujours là
présente, pesante, effrayante, en tenue
de guerre, en état de guerre et en état
d’après-guerre”.
A partir de 1968, tu procèdes à la
dramatisation de l’origine de la vie
dans une série intitulée
Naissances
;
cette série dérange et fait peur ;
est-ce la signification même de
l’existence que tu remets en cause ?
Lorsque tu remplaceras l’embryon
par le rat, tu nous suggéreras une
image douloureuse, une violence
horrifiante, nous laissant entendre
qu’après la disparition de l’homme
seul le rat lui survivra…”
V
ladimir Velickovic est né en 1935 à Belgrade (Yougoslavie). Diplômé de
l’école d’architecture de Belgrade en 1960, il s’oriente vers la peinture et
réalise sa première exposition personnelle en 1963. Il obtient en 1965 le
prix de la Biennale de Paris, ville où il s’installe l’année suivante. Il est révélé dès
1967 par une exposition à la galerie du Dragon et apparaît aussitôt comme un des
artistes les plus importants du mouvement de la Figuration narrative.
La découverte des tableaux de ce peintre à la renommée internationale est
troublante : paysages désolés, horizons bouchés, visions de guerre et de carnage,
gibets, pendus, crochets, rats, rapaces, chiens aux muscles bandés forment un
univers macabre et agressif, où les représentations du monde et du corps humain
sont autant d’illustrations des souffrances possibles.
Vladimir Velickovic a réalisé de nombreuses expositions personnelles à travers
l’Europe et reçu de prestigieux prix pour le dessin, la peinture et la gravure. Il est
chef d’atelier à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris de 1983 à
2000. Chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur des Arts et Lettres, il
est, cette année, pour la 52
e
édition de la Biennale de Venise, Commissaire du
Pavillon Serbe.
“… En sortant de la toile, on entendra encore les odeurs qui continuent… On
cherche à échapper à la violence des puanteurs, des pestilences, des remugles, mais
leurs bruits nous rattrapent : le bec des oiseaux qui fouillent la terre en direction
des vers probablement repus de chair humaine ; le crépitement des feux au loin ;
le grincement des potences ; le cri silencieux du décapité ; le cliquetis des ongles du
rat fuyant les hommes – dont le spectateur que nous sommes – en emportant dans
ses moustaches un filet d’hémoglobine humaine ; le souffle que fait la chair qui
bruit en tombant dans le vide vers son destin métaphysique ; ou celui du pendu
qui oscille doucement au gré du vent venu des Balkans, du désert arabe et de tous
les autres lieux où l’éternel retour de la pulsion de mort produit ces temps-ci ses
effets dans l’histoire…
Pour qui aura senti, puis entendu ainsi la peinture de Vladimir Velickovic, l’image
dira autre chose, autrement. Et l’on regardera désormais différemment ses icônes
métaphysiques. Le silence de la peinture – de sa peinture – ne doit pas empêcher
qu’on demande au corps tout entier qu’il participe à la fête proposée par l’artiste.
Même si cette fête se donne au bord des précipices.
Les hommes creusent leurs charniers ; le peintre se contente de les éclairer de sa
lumière noire… ”.
Michel Onfray, écrivain, philosophe, extrait de
Karton
, 2006.
En haut : Vladimir Velickovic, entouré par son confrère de la section de Composition musicale
Jacques Taddei, à gauche, et Arnaud d’Hauterives, Secrétaire perpétuel.
Photo Juliette Agnel
1 3,4,5,6,7,8,9,10,11,12,...13
Powered by FlippingBook