Ete 2007 - page 4

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Tous les artistes se sont formés au
dessin, dessin d’après l’antique
d’abord, dessin d’après nature ensuite.
Et cette étape, passage obligé de
l’apprentissage, contribuait à édifier un
socle commun.”
Claude Abeille
- Je souhaiterais ouvrir la discussion sur la
question de l’enseignement du dessin par une hypothèse
qu’il conviendrait de vérifier : depuis la Renaissance et
jusqu’à l’époque contemporaine, tous les artistes se sont
formés au dessin, dessin d’après l’antique d’abord, dessin
d’après nature ensuite. Et cette étape, passage obligé de
l’apprentissage, contribuait à édifier un socle commun.
Celui-ci donnait aux œuvres une unité, une cohérence. Il
suffit de prendre pour exemple la peinture.
Cette règle vaut-elle encore aujourd’hui ?
Guy de Rougemont
- Les artistes ont en effet été soumis
à des règles d’apprentissage et en ce sens , on peut parler de
modèle contraignant. Aujourd’hui, il n’existe plus vraiment
de modèle, ni de tradition, les références sont éclatées
.
(1)
Pierre Carron
– J’éprouve en effet le sentiment amer d’être
condamné à faire l’éloge du dessin à titre posthume. Picasso,
prophétique, déclarait:
“l’art se meurt de l’absence d’un
Dossier
académisme fort”,
prolongeant ainsi ce que disait Rainer
Maria Rilke : “
Je ne peux imaginer plus voluptueux savoir
que celui-là / Il faut se faire commençants / Quelqu’un qui
écrit le premier mot derrière un / Point de suspension / Long
de plusieurs siècles”
… Des œuvres dessinées comme la
nature dessine les siennes, et qu’il faut à notre tour dessiner
en s’initiant à leurs secrets par un rapport à l’œuvre qui s’or-
ganisait tout naturellement à l’Ecole, dans le palais des
études , dans ses galeries vandalisées en 1968 puis vidées…
un vide resté en l’état, symbolique du conformisme ambiant
de l’art officiel d’aujourd’hui et de la quasi disparition du
dessin lui-même, en tout cas de celui que son musée illustre,
un dessin que certains optimistes s’obstinent à voir partout
et de préférence là où il n’est pas.
C’est pourtant lui qui présidait hier encore à toute entre-
prise artistique et qui a permis de constituer cette somme
d’œuvres de toute nature - dessinées, peintes, sculptées,
gravées - qui peuplent , hors du temps, nos musées. C’est
également lui qui permettait l’établissement des partitions
monumentales nécessaires à l’exécution, par l’atelier d’un
maître, d’un synopsis de l’œuvre, synopsis visible sous les
fresques où sous certaines frises en bas relief, comme à
Delphes par exemple. Comme l’a si bien dit Ingres à
propos de la création ,
“notre tâche n’est pas d’inventer
mais de continuer.”
Yves Boiret
- Cet abandon du dessin s’observe également
en architecture. Son apprentissage a été dispensé jusqu’en
1968 : le concours d’admission à l’école des Beaux-Arts,
section architecture, comportait une épreuve de dessin d’an-
tique et une épreuve de dessin d’ornement. Aujourd’hui,
dans les cabinets d’architecte, l’ordinateur a remplacé les
tables à dessin, ce qui constitue une double rupture :
- une rupture dans les pratiques : il n’est plus possible
d’intervenir directement,
in situ,
en dessinant sur le chantier
un croquis à l’attention d’un compagnon pour résoudre un
problème technique par exemple ;
- une rupture esthétique : l’informatique permet certes
d’obtenir une représentation exacte et fidèle ; pour autant,
le dessin obtenu ne reflète pas le regard de l’architecte. Sur
un chantier de fouilles par exemple, le dessin constituait
un relevé très fin et mettait en évidence certains détails que
l’archéologue ne voyait pas.
En fait ce que l’on perd avec le dessin, et je le regrette
beaucoup, c’est l’expression d’une sensibilité.
G. de Rougemont
- C’est tellement vrai qu’il faut savoir
conserver ses croquis. Ils constituent une réserve d’émo-
tions pour les jours où, au contact des réalités quotidiennes
et des conventions picturales, celles-ci sont perdues.
François-Bernard Michel
- En quoi consistait précisément
cet enseignement du dessin ?
Arnaud d’Hauterives
- L’article dessin du
Dictionnaire de
l’Académie des beaux-arts
affirme résolument que “le
dessin est l’art même puisque sans dessin l’art ne
Parmi les propositions que je faisais au début de ma
présidence en janvier 2006, figurait la reprise du
“Dictionnaire” de l’Académie des Beaux-Arts, édité à partir
de 1858 et dont la rédaction fut interrompue après la
livraison des six premiers tomes, au mot “gypse”.
Si j’ai à dessein mis entre guillemets le mot dictionnaire,
c’est que, dès nos premières réunions de travail, il s’est révélé
inadéquat. On ne saurait en effet, au XXI
e
siècle,
définir en quelques lignes, voire en quelques pages,
les mots de la création artistique, tant ils sont évolutifs,
contestés et contestables.
Ce n’était pas une raison pour renoncer à toute initiative.
Justifiée par l’enthousiasme et l’assiduité des participants de
la première heure - Claude Abeille, Yves Boiret,
François-Bernard Mâche, Arnaud d’Hauterives et
Guy de Rougemont -, l’entreprise s’est progressivement
enrichie grâce aux contributions de Pierre-Yves Trémois,
Gérard Lanvin, Vladimir Velickovic,
Pierre Carron et Antoine Poncet.
Leurs échanges, issus des orientations et de la création de
chacun, reflètent, dans leur spontanéité et leur
enthousiasme, les regards croisés d’artistes d’aujourd’hui sur
le thème du Dessin. Il nous a semblé que ces débats
méritaient d’être poursuivis sous cette forme à l’avenir et
rapportés dans
La Lettre de l’Académie des Beaux-Arts
.
François-Bernard Michel
, membre libre
De gauche à droite : François-Bernard Mâche, Pierre Schœndœrffer, François-Bernard Michel,
Patricia Mazoyer, Claude Abeille, Yves Boiret et Guy de Rougemont.
Photo CM Pezon
Pages précédentes :
Page de droite :
Corps
,
Vladimir Velickovic, 2001.
Technique mixte, papier
marouflé sur toile, 225 x165 cm.
Page de gauche :
Corps
,
Vladimir Velickovic, 1999.
Encre de Chine, papier,
225 x165 cm.
Photos D.R.
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