Ete 2007 - page 9

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Dossier
Il faut prouver qu’il n’y a pas de sujet sans intérêt, qu’un
simple cube ou un œuf par exemple, peuvent être aussi
passionnants – et difficiles – à dessiner qu’un nu ou un
portrait ; que les plis d’une draperie peuvent être les plis
d’une draperie mais aussi tout autre chose ; comprendre que
tous les chemins passent par le dessin, quels que soient les
projets futurs du créateur.
Par le dessin on peut communiquer absolument tout : la
joie, la folie, la tristesse, le drame, le passé et le futur, la
vie et la mort. Le dessin est avant tout portrait de soi-même,
capable de montrer énormément et de cacher très peu.
Trémois
- Par la tension du trait, on se dessine soi-même,
en devenant un autre soi-même : sur un papier de 14x10
cm, en 15 à 20 traits hâtifs, David captant Marie-
Antoinette menée à l’échafaud, réalise l’un des plus émou-
vants dessins de l’histoire de l’art. En voulant abaisser la
Reine, il la grandit, et de quelques traits, il en fait l’être
le plus digne. Ce dessin, c’est Elle et c’est David. Un
dessin, réalisé comme une signature avec rapidité et
naturel, vous signifie.
Puisse la signature de l’homme n’être pas son dernier
dessin.
G. de Rougemont
- Le jaillissement, la soudaineté, la fulgu-
rance du geste existent dans la création
.
Je pense à des
artistes comme Jean Degottex ou encore à Simon Hantaï qui
insiste tant sur l’importance de la spontanéité dans son
œuvre :
“Je peins à l’aveugle, à tout hasard, jetant le dé”.
V. Velickovic
- Il est nécessaire, en effet, de réduire au
minimum l’hésitation, la maladresse, la peur du blanc du
papier, de développer une volonté, un affrontement, au
point d’attaquer celui-ci, de l’agresser, afin qu’il puisse
rendre cette violence par le trait, par le clair-obscur, par la
forme, qu’elle soit figurative ou abstraite…
L’artiste doit faire vibrer la surface du papier : lui donner
l’étonnement du jamais vu.
Etre capable de rendre visibles tous les secrets de l’imagi-
naire ainsi que d’aborder le réel, de dominer la lumière, le
mouvement et l’immobilité, l’espace et la forme. Et cela en
respectant au maximum les signes d’éveil des individualités.
Trémois
– Ajoutons que le trait doit toujours être extrême-
ment précis. Quand il s’agit par exemple de fixer d’un trait
un enlacement humain, parfois même dans une attitude
érotique, ce doit être d’une précision mathématique et
presque chirurgicale : “L’amour exige dans son langage une
exactitude mathématique” dit Stendhal.
“Le dessin est un acte naturel et spontané
mais difficile et se perfectionner dans cet
art est une tâche longue et exigeante.”
Y. Boiret
- Le dessin est un acte naturel et spontané mais
difficile et se perfectionner dans cet art est une tâche longue
et exigeante. C’est pourquoi, sans ignorer l’incontestable
intérêt des apports de la science informatique, sans
contester les possibilités jusqu’alors inconnues fournies par
la représentation du virtuel, je pense que cette remarquable
virtuosité technique joue davantage sur la forme que sur le
fond. Elle masque souvent l’aspect conventionnel et stéréo-
typé des propositions de l’ordinateur. Seul le dessin a le
pouvoir de révéler des découvertes et de stimuler l’imagina-
tion de son “dessinateur”.
L’ordinateur est donc un moyen remarquable… mais le
dessin reste nécessaire à l’invention.
N’abandonnons jamais l’apprentissage qu’il nécessite, car
la main qui le trace est un si beau cadeau de la nature !
A. d’Hauterives
– Pour conclure ce débat sur le dessin, je
souhaiterais souligner que sans doute plus qu’aucun autre,
le dessin a souffert d’être guidé par des principes antino-
miques : tantôt un dirigisme excessif, tantôt la liberté totale.
Je pense que ces principes ne sont justes ni l’un ni l’autre du
point de vue pédagogique. Il faudrait au contraire concilier
spontanéité et apprentissage méthodique. Le travail d’ate-
lier devrait respecter à la fois le sentiment et l’écriture de
l’élève afin de s’affirmer ou de se révéler, mais il devrait
aussi s’orienter vers le bon dessin, le dessin d’étude ou de
recherche. Un travail approfondi de l’œil et de la main reste
essentiel, c’est lui qui façonne le caractère d’un artiste et
nourrira son œuvre future.
Propos recueillis par Patricia Mazoyer
Gérard Lanvin,
Sans titre
, dessin à la plume.
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