Ete 2008 - page 11

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Les
biscuits
, majoritairement des sculptures, cuisent, après
façonnage, directement à haute température en four dit de
biscuit et sont polis après cuisson à l’atelier de
polissage
.
Aujourd’hui, deux types de fours sont utilisés : à gaz pour
les hautes températures, et électriques, appelés
moufles
,
pour les basses températures, mais la Manufacture
conserve 6 de ses fours à bois du XIX
e
siècle ; l’un d’entre
eux sert toujours de manière occasionnelle, pour des réali-
sations exceptionnelles de décors de
grand feu
.
Après le four dit de blanc, suivi d’un tri rigoureux des
pièces, et parfois de leur ajustage, à l’atelier de tri, diffé-
rents métiers de décoration, au moyen de couleurs et/ou
de métaux précieux, peuvent intervenir.
Les couleurs de Sèvres, fabriquées dans son laboratoire,
se divisent principalement en deux catégories : les couleurs
dites de
grand feu
(cuisson au-dessus de 1 100° C), compo-
sées de colorants et de flux vitreux et les couleurs dites de
petit feu
(cuisson au-dessous de 1 000° C), composées de
colorants et de fondants, réalisés également sur place. Le
métal précieux le plus utilisé est l’or pur à 24 carats, prove-
nant d’un lingot réduit en poudre au laboratoire.
Dossier
L
a Manufacture produit des objets d’art en porce-
laine, utilitaires et d’ornement, dont elle assure la
diffusion ; les éditions sont puisées dans le patri-
moine des modèles traditionnels et contemporains, réper-
toriés dans ses collections. Ce patrimoine est renouvelé
sans cesse par les créations des artistes et designers invités.
Les pâtes à porcelaine sont fabriquées sur place, ainsi
que les émaux et les couleurs.
Les matières premières pour les pâtes sont principale-
ment le kaolin (provenant d’Espagne ou de Grande-
Bretagne), le feldspath (du Portugal) et le quartz (de
France). Le 4 pâtes à porcelaine sont la pâte dure (PD,
XVIII
e
siècle), la pâte tendre (PT, une variante phospha-
tique de celle du XVIII
e
siècle), la pâte nouvelle (PN, vers
1882) et la pâte blanche (PAA, mise au point vers 1965).
Les matières premières pour les couleurs sont les oxydes
métalliques ; celles pour l’émail incolore (couverte incolore)
sont la pegmatite et le quartz, roches provenant de France.
A chaque pâte s’accordent ses émaux et ses couleurs.
L’accord entre le tesson (support céramique), l’émail, la cou-
leur ainsi que le métal précieux est l’alchimie fondamentale
qui conditionne la perfection de la production de Sèvres,
équilibre extrême et parfois instable entre les matières, créé
par l’intelligence de l’homme et figé par le feu.
L’atelier du moulin prépare les pâtes et la couverte inco-
lore. Le laboratoire met au point les formules de pâtes,
fabrique les couleurs et prépare l’or.
Trois ateliers travaillent le plâtre pour fabriquer les
modèles sur lesquels sont tirés les moules nécessaires
aux métiers de façonnage de la porcelaine, à l’exception
du tournage.
Les métiers de façonnage de la porcelaine à Sèvres sont
le tournage, le calibrage (pour les assiettes), le moulage-
reparage (pour la sculpture). Ces ateliers utilisent la pâte
consistante dite plastique. Pour le coulage, on utilise la
pâte liquéfiée dite barbotine, tant pour la spécialité du
grand coulage
que pour celle du
petit coulage
, qui com-
prend les techniques de
découpage-garnissage
.
Le dessinateur d’épures réalise à la Manufacture les des-
sins d’exécution des pièces de révolution nécessaires au
tournage, au calibrage, au grand coulage et au plâtre.
Les pièces façonnées, à l’exception des
biscuits
, subis-
sent une première cuisson dite de dégourdi à 980° C.
Cette température, peu élevée pour la porcelaine,
conserve aux pièces la porosité nécessaire à la pose de la
couverte incolore. A l’atelier d’émaillage par trempage,
chaque objet est immergé rapidement dans le bain d’émail
; après séchage et vérification au pinceau, les objets cui-
sent à haute température (la plus élevée à Sèvres est de 1
380° C) dans le four dit de blanc.
Les techniques de la
Manufacture nationale de Sèvres
Les métiers de décoration des porcelaines de Sèvres
sont :
l’émaillage par insufflation
, où des techniques diver-
ses sont employées avec les couleurs de grand feu ;
la pose
des fonds colorés
, parmi lesquels le plus célèbre est le bleu
de Sèvres ;
l’offset
;
l’impression
, métier précédé par ceux
du
dessinateur-modeliste
et de
la gravure
;
le filage et
dorure
, pour l’application au pinceau des filets et autres
garnitures ;
la peinture
avec les couleurs de petit feu ;
le
brunissage
, métier de lissage à l’agate et aux hématites du
décor doré, afin de redonner la brillance à l’or pur rendu
mat par la cuisson ;
le montage
et
la ciselure
, où le métal
est travaillé, notamment pour assembler des éléments
entre eux et ciseler des surfaces.
Compte tenu du nombre des métiers, de leur complexité
et des impératifs techniques liés aux matières employées,
plusieurs cuissons sont nécessaires pour achever une pièce
en porcelaine de Sèvres ; ainsi, un objet bleu, peint et doré
cuit au moins 8 fois à haute et à basse températures.
Les marques des porcelaines de Sèvres permettent d’i-
dentifier les dates de fabrication et de décoration, la
pâte utilisée, les céramistes qui ont participé à la réalisa-
tion. Elles se subdivisent en marques d’origine et
marques d’atelier. La signature des créateurs contempo-
rains est apposée.
En haut, de gauche à droite : un four à gaz, le filage et dorure,
enfournement,
photos Manolo Mylonas
; palette de peintures de petit feu,
photo Nicolas Héron.
En bas, à gauche : le tournassage,
Photo Nicolas Héron.
Une alchimie fondamentale qui conditionne la perfection de la production
de Sèvres, équilibre extrême et parfois instable entre les matières,
créé par l’intelligence de l’homme et figé par le feu...
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