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menter la couleur avec les résines polychromes. L’humour
accompagne une poésie tendre et nostalgique pour un
nouvel élan vital dans des postures insolemment maîtrisées
où se lisent la prestesse et le déséquilibre feint.
Les sculptures d’Antoine Poncet s’inscrivent dans l’héri-
tage d’une sculpture informelle organique. Ses rêves de
pierre, pour reprendre l’expression d’Arp, restituent la
volupté des veines du marbre, ou le poli du bronze,
empreints d’une sensibilité vibrante en constante harmo-
nie avec l’enveloppe mystérieuse qui appelle au toucher et
suggère une spiritualité où la plénitude plastique est
source de beauté. Son univers plastique naît des formes
dynamiques, d’ordre végétal ou humain, extraites du bloc
par le travail ancestral de la taille directe dispensant une
tension spatiale pour un hymne à la vie. Tour à tour
flamme, aile, évocation du corps féminin comme le suggè-
rent avec malice les titres (Cororéol, Aileiotrope,
Olivailes... ) les volumes dispensent l’élan et la vitalité,
dans des courbes et des spirales libérées avec audace pour
une monumentalité qui appelle au dialogue avec la nature.
De ses origines chinoises Chu Teh-Chun a conservé la
ferveur du geste, la contemplation intérieure et la dimen-
sion cosmique du paysage, qu’il confronte à ses acquis de
la peinture occidentale. Son aventure picturale, en fait un
des acteurs, de l’abstraction lyrique. En abandonnant toute
référence figurative, il expérimente l’espace pictural
devenu un temps espace pour une métaphore panthéiste.
Il peint une nature réinventée, les éléments, dont sa
mémoire a conservé les résonances graphiques et chroma-
tiques. Son langage est constitué de signes, de mutations
formelles, de déflagrations lyriques, de contrastes colorés
sonores et incandescents qui évo-quent les rythmes de l’u-
nivers, les flux et reflux des mouvements de l’eau, de la
lumière, pour une immersion dans la peinture. Le tableau
est le lieu de rencontres simultanées, orchestrées par la
fougue de l’écriture, le ruissellement des couleurs, l’éner-
gie inhérente à la matière, la lumière pour un espace de
poésie où l’imaginaire a rejoint une géographie originelle.
Avec la peinture de Chu Teh-Chun nous faisons l’expé-
rience d’un visible, invisible, dont ses paysages sont l’ex-
pression sensible.
Lydia Harambourg
Correspondant de l’Institut de France
Musée Marmottan Monet
Jusqu’au 28 septembre 2008
L’
aventure éditoriale franco-chinoise vécue par cinq
académiciens se prolonge aujourd’hui au musée
Marmottan. Leurs œuvres dialoguent naturelle-
ment à proximité de celles de Monet, dans les salles qui
s’enorgueillissent de conserver le fleuron emblématique de
l’Impressionnisme. La modernité des Nymphéas est celle,
reconduite par Jean-Marie Granier, Albert Féraud, Claude
Abeille, Antoine Poncet, Chu Teh-Chun qui partagent l’in-
temporalité de la création pour une œuvre pérenne.
Chacun s’est rendu maître de son langage par lequel la
pensée et la main ont scellé leur identité de créateur.
Les outils du graveur pour Jean-Marie Granier. Ils ne
doivent pas faire oublier le rôle tenu par cet homme disc-
ret, au sein du musée dont il a assuré la direction pendant
plusieurs années jusqu’à sa disparition l’été dernier. Le
burin est cette petite tige d’acier de section carrée ou
losangée, biseautée, emmanchée à une petite poire de
buis que le graveur manie avec une énergie fervente pour
donner vie à un univers en noir et blanc. Granier fut cet
artisan et cet artiste au métier infaillible qui risqua le ver-
tige avec ses séries tauromachiques sans renier le grand
classicisme qui imprègne ses paysages cévenols, jusqu’au
dépouillement quasi abstrait de compositions métaphy-
siques. Graduant les valeurs, diversifiant la taille adaptée
à chaque expression, le burin énonce, décrit, exprime la
vie par la morsure du trait et sa caresse. La taille-douce,
ainsi désigne t-on cette technique qui réserve la lumière,
déploie les ombres sur la plaque de cuivre parfaitement
polie. Elle requiert le silence et la contemplation.
Albert Féraud qui nous a quitté en janvier dernier, a
donné ses lettres de noblesse à l’acier inoxydable. Ses
mains démiurges subliment les déchets de ferraille dans
les métamorphoses d’un univers baroque où l’improvisa-
tion, la sûreté du découpage, du pliage, la précision de la
soudure contribuent à l’élaboration de son langage. Des
envolées de plis, des torsions et des bourgeonnements, des
corolles naissent des rythmes intuitifs entre vides et pleins,
arrêtés dans un enchevêtrement de formes éruptives. Chez
Féraud, la complémentarité est créatrice : le hasard
appelle l’ordre, l’inventivité est au service d’une liberté,
vecteur de risque mais aussi tremplin à une pensée en
constant éveil. Epique, lyrique, sa sculpture est dynamisée
par des rythmes musicaux qui participent de l’harmonie
générale engendre une monumentalité dont l’énergie
porte une plénitude organique et un élan fraternel.
Sculpteur de formes, Claude Abeille ordonne une huma-
nité en inquiétude dont l’enveloppe vestimentaire se sub-
stitue au corps, devenu le réceptacle d’une thématique du
pli. Le choix du plâtre, qui peut être ultérieurement fondu,
lui convient pour exprimer le passager pour une mise en
abîme existentiel du vide. Ce matériau se prête à l’éva-
nouissement de chaque forme corporelle supplantée par
des plis gonflés ou apaisés d’un manteau flottant, d’une
veste trop grande, de laquelle émergent une tête anonyme
et des bras. Ses draperies sont des dépouilles qui expri-
ment le mystère de l’être, comme celui des traces qu’il
laisse dans l’espace. Ces variations ont récemment débou-
ché sur le thème de la danse qui a amené Abeille à expéri-
Premier Eté Contemporain
Les œuvres de cinq académiciens exposées au Musée Marmottan Monet, dans un pertinent dialogue avec
les chefs-d’œuvre de l’Impressionnisme
E
xposition
Ci-dessus : Antoine Poncet,
Ailiotrope
, 1992, bronze.
Photo DR.
Page suivante, en haut : Albert Féraud,
Inox Sans titre
, s.d. ;
au milieu : Jean-Marie Granier,
Topologie du labyrinthe
(suite), burin, s.d. ;
en bas : Claude Abeille,
Strates
, 1993, bronze ;
à droite : Chu Teh-Chun,
Aspiration
, 2007, huile sur toile.
Photos DR.
Chacun s’est
rendu maître de
son langage par
lequel la pensée
et la main ont
scellé leur
identité de
créateur.
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