Ete 2008 - page 9

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otre confrère le peintre Chu Teh-Chun réalise
actuellement un important travail de céramique à
la Manufacture nationale de Sèvres. Il s’agit d’une
collection de 55 vases en céramique qui sont décorés en
bleu et or, chacun représentant une création originale.
Tous les vases de cette magnifique collection intitulée “De
neige, d’or et d’azur” auront donc la même forme (la forme
SR 22 sélectionnée par le peintre parmi bien d’autres et
sur laquelle ont déjà travaillé Pierre Alechinsky et Olivier
Debré notamment), mais offriront un décor différent à
chaque fois.
Ce travail comporte deux étapes : le premier décor,
appelé “grand feu” est posé en une heure. C’est le bleu de
cobalt, fabriqué au laboratoire de la Manufacture qui sera
révélé à la première cuisson (à 1380° C). Ensuite est
ajouté le décor en or pur à 24 carats, révélé à la seconde
cuisson (840° C).
Les vases sont majoritairement bleus. En effet le bleu de
Sèvres est mondialement connu, et il est traditionnelle-
ment associé avec l’or. Quant à la légendaire blancheur de
la porcelaine de Sèvres, elle n’est plus à démontrer. De
neige, d’or et d’azur.
Chu Teh-Chun n’est pas le premier membre de la sec-
tion de peinture de l’Académie des Beaux-Arts à intégrer
pour un temps cette prestigieuse institution. Depuis
février 2007, il s’y rend assidûment deux jours par mois,
tout en poursuivant parallèlement son travail de peinture,
actuellement des huiles en grand format. Il avait certes
déjà eu l’occasion de pratiquer
l’art de la céramique, il y avait
même eu une exposition à Paris
en 1980, mais c’est la première
fois qu’il s’y consacre avec une
telle ampleur. S’il s’appuie sur
la technique du lavis dans ce
travail spécifique, il utilise sur-
tout sa pratique de calligraphe.
Chu Teh-Chun est l’un de ceux qui abordent directe-
ment la matière ; il est prêt à s’affronter à la porcelaine
sans travail préliminaire sur carton ni motif, aussi chaque
œuvre est une périlleuse création originale. Peut-être s’ex-
prime-t-il sur un terrain qui est le sien depuis toujours,
puisque la porcelaine a été maîtrisée par les Chinois
autour du VIII
e
siècle… Le bleu de cobalt, et sa révélation
à la cuisson, est quant à lui connu des Chinois depuis le
XIV
e
siècle, et se manie un peu comme l’encre de Chine,
puisqu’on peut le délaver comme dans le lavis chinois.
Ainsi c’est à Sèvres que Chu Teh-Chun retrouve aujourd’-
hui le domaine de ses ancêtres, dans la concentration
intense que nécessite ce travail quasi calligraphique com-
posé de traits qui balaient (“cun”) et de points (“dian”). Un
travail tournant, sans début ni fin, qui propose une occupa-
tion totale de l’espace dans sa continuité infinie.
Chu Teh-Chun à la Manufacture
nationale de Sèvres
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C’est à Sèvres
que Chu Teh-Chun
retrouve aujourd’hui
le domaine de ses
ancêtres.
Chu Teh-Chun travaillant sur la collection
“De neige, d’or et d’azur”, 55 vases en porcelaine
décorée en bleu et or, chacun représentant
une création originale. En co-édition avec la
Marlborough Gallery, New York.
Photo CmPezon.
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