Ete 2010 - page 18-19

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S’il existe plusieurs musées-châteaux en France dont
les richesses patrimoniales sont mondialement connues,
Chantilly possède cependant un ensemble d’atouts qui
constituent un réel potentiel de développement malgré
les difficultés de circulation de l’autoroute A1, la traversée
de la Chapelle-en-Serval ou l’absence de navette pratique
entre la gare de Chantilly-Gouvieux et le château. Parmi ces
atouts, outre un ensemble monumental exceptionnel dans
un environnement lui aussi remarquable, Chantilly possède
une des plus grandes collections de peintures et de dessins
en Europe, sans parler d’un très beau fonds de photogra-
phies anciennes. La bibliothèque est, comme chacun le sait,
une des plus belles et des plus riches d’Europe. Quant aux
archives, avec ses milliers de documents et de lettres royales,
elles constituent elles aussi un ensemble dont j’avoue par
contre n’avoir jamais soupçonné l’exceptionnelle richesse.
À ces splendides collections de peintures, de manuscrits
peints et d’objets d’art s’ajoutent les richesses artistiques
des Grands appartements, avec de splendides meubles et les
spectaculaires ensembles peints de la Grande Singerie ou la
galerie des batailles du Grand Condé, sans parler aussi des
richesses des Petits appartements.
Or on ne peut manquer d’être surpris par le nombre de
personnes qui en France ou à l’étranger n’ont qu’une vague
idée des richesses du musée Condé, malgré la remarquable
politique de publications et d’expositions principalement
conduite par la conservatrice générale de ce musée, Nicole
Garnier-Pelle. Lorsque l’on énumère à des personnes, pour-
tant habituées à visiter des musées, l’importance des collec-
tions de peintures, qu’il s’agisse des Raphaël, des Clouet,
des Fouquet, des Poussins, des Ingres ou des Delacroix pour
ne citer que quelques noms célèbres particulièrement bien
représentés, on note souvent une grande surprise. Certains
de nos interlocuteurs pensent en effet que le musée Condé
abrite surtout des collections liées à la famille des Condé.
On peut certes leur reprocher d’être aussi mal informés,
D
ossier
malgré la qualité du site Internet, mais la concurrence
est considérable. Aussi faudrait-il, sans doute, trouver un
moyen d’associer de façon encore plus manifeste au nom
du musée Condé la présence à Chantilly d’une des plus
belles collections de peintures et de dessins en Europe. On
peut même penser que si l’on adjoignait au nom du musée
Condé un sous-titre du genre
pinacothèque des princes
ou
pinacothèque princière
, on éveillerait l’attention de ceux
qui s’intéressent à la peinture. Quant à craindre que le mot
pinacothèque puisse rebuter les visiteurs peu familiers avec
les noms d’origine grecque, on peut constater que, sans
parler des pinacothèques de Munich ou de Dresde qui ne
manquent pas de visiteurs, la « Pinacothèque de Paris » qui
n’a rien d’un véritable musée de peinture, attire un très
large public. Il semblerait qu’en plaçant plus haut encore
qu’aujourd’hui la prestigieuse collection de peintures du
duc d’Aumale, avec ses provenances souvent royales ou
princières, on ne prendrait pas un grand risque pour la
fréquentation du domaine. Les remarquables expositions
comme celle consacrée à Henri IV bénéficient certes de
prêts très importants, mais sont en grande partie construites
à partir des riches collections du musée Condé, notamment
celles qui relèvent des arts graphiques et qui ne peuvent être
montrées que de façon temporaire à cause de leur fragilité.
Quant à l’accrochage sans doute déconcertant pour cer-
tains visiteurs habitués aux muséographies contemporaines,
il peut aussi être un élément d’intérêt. Montrer au public ce
que pouvaient être les grandes galeries de peintures privées
du XIX
e
siècle, selon une
esthétique correspondant à
la vision d’un collectionneur
et à celle de ses contempo-
rains, est sans aucun doute
d’un immense intérêt, au-
delà des modes qui sont par
définition passagères. On
peut donc considérer cet accrochage comme une chance
historique, un témoignage de grande valeur et une ouverture
sur une autre esthétique que celle du dépouillement et des
grands murs blancs.
Le musée souffre aussi de n’offrir souvent aux visiteurs
qu’une vue partielle de ses collections dans la mesure
où les Grands appartements, avec certains des joyaux de
Chantilly, ne sont accessibles que dans le cadre de visites
guidées ou qu’avec un ticket avec supplément. Ainsi la
très grande majorité des visiteurs n’a-t-elle qu’un aperçu
tronqué du magnifique don fait par le duc d’Aumale à notre
pays par l’intermédiaire de l’Institut de France. Rappelons
en effet qu’à l’époque des visites guidées, les visiteurs qui
ne se trouvaient pas dans le musée à l’heure d’une visite
repartaient souvent sans même imaginer l’existence de ces
Grands appartements, alors que la complémentarité entre
les galeries de peintures, la bibliothèque et les Grands
appartements est évidente. On sait que c’est en grande
partie les propos des visiteurs qui, après une visite réussie,
suscitent l’envie d’autres visiteurs. On peut donc être certain
que des visites ne donnant qu’une idée plus que partielle
des richesses de Chantilly sont un très grand handicap et
une perte financière pour l’avenir. Quant aux tarifications
diverses, elles introduisent un sentiment de frustration chez
ceux qui sont soucieux de leur budget et que tout supplé-
ment rebute, surtout dans la période actuelle. On sait aussi
que dans des institutions qui n’ont pas des séries de caisses
adaptées, les complexités tarifaires, tout en provoquant
l’étonnement, favorisent l’engorgement des caisses de la
part de ceux qui veulent comprendre, voire même discuter,
et des files d’attente qui rapidement jouent un rôle dissuasif
à l’égard de visiteurs potentiels mais peu patients.
Bien des éléments pourront, dans le cadre des restaura-
tions, des mises en valeur financées par la Fondation, les
pouvoirs publics et l’Institut, encore mieux contribuer à
assurer un rayonnement de plus en plus grand au Domaine
de Chantilly. Cependant il nous semble que les collections
de peintures, de dessins, de manuscrits peints et de livres
précieux, de meubles et d’objets d’art réunis par le duc
d’Aumale sont parmi les éléments de premier plan qui, dans
son cadre architectural exceptionnel, rendent ce lieu unique
dans notre pays. On ne rendra jamais assez hommage au
personnel scientifique du musée Condé dont l’étendue des
connaissances, la remarquable compétence et la force de
travail que requièrent la conservation et la mise en valeur
des prestigieux collections réunies par le duc d’Aumale,
plus de moyens et de réels renforts sur le plan humain ne
peuvent que nous impressionner. Mais pour assurer l’avenir,
il reste à espérer que l’on pourra trouver rapidement des
solutions pour que ce personnel scientifique dispose de plus
de moyens et de renfort sur le plan humain pour permettre
aux prestigieuses collections réunies par le duc d’Aumale de
rayonner plus encore en Europe et dans le monde et d’atti-
rer ainsi un public de qualité de plus en plus nombreux.
A gauche : Raphaël (dit), Sanzio Raffaello (1483-1520),
Madone de Lorette
, 1509-1510.
Photo © RMN (Domaine de Chantilly) / Harry Bréjat
Le cabinet des livres, Chantilly, musée Condé.
Photo DR
La bibliothèque du Théâtre, Chantilly, musée Condé.
Photo DR
Montrer au public
ce que pouvaient être
les grandes galeries
de peintures privées
du XIX
e
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