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dans leur patrie les chefs-d’œuvre de l’art français qu’il
acquiert à l’étranger, lui qui fut exilé vingt-six ans. C’est
en Italie, patrie de sa mère et de sa femme, qu’il achète ce
qu’on a appelé le plus beau manuscrit du monde,
Les Très
Riches Heures du duc de Berry
, dû aux frères Limbourg
(début du XV
e
siècle), car la bibliothèque, plus encore que
le musée, est l’objet de ses soins passionnés. L’Angleterre,
sa terre d’accueil, lui fournit peintures (
Le Massacre des
Innocents
de Poussin), dessins (Clouet, Carmontelle),
mobilier (cartonniers de Lalive de Jully et de Choiseul).
L’Allemagne lui livre les quarante miniatures de Jean
Fouquet tirées du livre d’Etienne Chevalier.
Pour présenter cet ensemble insigne, il fait restaurer à
Chantilly l’ancien palais des princes de Condé et recons-
truire par l’architecte Honoré Daumet l’aile rasée après la
Révolution pour installer ses peintures. Par son testament,
le prince a souhaité que l’Institut de France ne prête pas
ses collections hors de Chantilly et conserve sa présentation
typique du XIX
e
siècle : tableaux accrochés cadre contre
cadre sans logique artistique ni chronologique sur des murs
sombres, éclairage naturel zénithal.
La mission de l’Institut de France et de la Fondation de
Chantilly est aujourd’hui de faire comprendre au plus large
public ce qu’est Chantilly : la demeure d’un prince qui
fut sans doute le plus grand collectionneur français de la
seconde moitié du XIX
e
siècle.
D
ossier
En haut : Nicolas Poussin (1594-1665),
Le Massacre des Innocents
,
vers 1625.
Photo : © RMN (Domaine de Chantilly) / Harry Bréjat
Au centre : La Tribune, Chantilly, musée Condé.
Photo DR
A droite : David Teniers II (dit) le Jeune (1610-1690),
Portrait de Louis
de Bourbon, quatrième prince de Condé, surnommé le Grand Condé.
Photo : © RMN (Domaine de Chantilly) / Harry Bréjat
En guise de conclusion...
Imaginer aujourd’hui ce que sera demain l’évolution du Domaine de
Chantilly, c’est obtenir que de telles actions entraînent la réussite des
opérations de « conservation et de mise en valeur » de l’un des plus
beaux fleurons du patrimoine de la France, confié par le duc d’Aumale
à l’Institut de France, il y a 124 ans.
Cinq éminents représentants de l’Institut ont bien voulu exprimer,
dans cette
Lettre de l’Académie des Beaux-Arts
, l’esprit qui rappelle
et affirme, en ce début du XXI
e
siècle, la nature même d’un passé
dont le rappel doit s’imposer. Depuis le Château d’Enghien, le Collège
des Conservateurs se penche sur ce site exceptionnel et réfléchit
à son avenir : comment, épaulé par S.A. Karim Aga Khan et sa
Fondation, faire rayonner ce fleuron de l’Institut grâce à une gestion
permanente ? Par ailleurs, n’oublions pas que la vie du « domaine »,
sa renommée de « lieu vivant » sera toujours conditionnée par la
présence de ses visiteurs.
Yves Boiret
Domaine de Chantilly, Oise (60) •
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