Ete 2010 - page 26-27

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E
xposition
M
USÉE
M
ARMOTTAN
M
ONET
Monet et l’abstraction
L
’héritage de Monet continue de susciter de nouveaux
rapprochements : son influence auprès des peintres
abstraits de la seconde moitié du XX
e
siècle, est,
depuis quelques années, l’objet de nombreuses recherches.
Interrogeant cette filiation moderniste, l’exposition pré-
sentée par le Musée Marmottan Monet se propose de
mettre en regard, à travers un éclairant face à face, quelques
quarante-quatre tableaux impressionnistes et abstraits, pro-
venant pour la plupart des collections conjointes du Musée
Marmottan Monet et de la fondation Thyssen-Bornemisza.
En rompant avec les modèles du passé, l’impressionnisme
a ouvert la voie de la dissidence. Une brèche que les artistes
expressionnistes américains n’auront de cesse d’agrandir.
L’idée s’impose d’une autonomie de l’art dont les formes et
les buts n’ont d’autres référents que le langage qu’il crée. Le
sujet de la peinture, ce n’est plus la représentation mais la
peinture elle-même dans sa matérialité, la toile, la touche,
la couleur.
Jacques Taddei, directeur du Musée Marmottan Monet
et Paloma Alarcó, directrice du département des peintures
du musée Thyssen, sont les commissaires de cette expo-
sition qui révèle l’influence cruciale de Monet à travers
l’interprétation qu’en ont fait certains peintres abstraits,
notamment américains.
Le parcours de l’exposition confronte notamment Monet,
Rothko, Hofmann, autour du thème de la couleur ; Monet,
Still et les contrastes de lumière ; Monet, Pollock, Krasner,
Tobey, de la touche au geste. Les œuvres de Joan Mitchell,
Jean-Paul Riopelle, Sam Francis sont exposées en référence
au jardin de Monet à Giverny, véritable lieu de pèlerinage
pour ces artistes.
Sont présentées également des œuvres de Jean Bazaine,
Maria Elena Vieira da Silva, Gerhard Richter.
Musée Marmottan Monet, jusqu’au 26 septembre 2010
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Coorganisée en partenariat avec le musée
Thyssen-Bornemi sza de Madr id, la Caja
Madrid et le musée Marmottan Monet, l’ex-
position « Monet et l’abstraction » est pré-
sentée au musée Marmottan Monet jusqu’au
26 septembre.
Situons-nous dans les dernières années du XIX
e
siècle. Dans son obsession de capter l’instantanéité, Claude
Monet, le plus représentatif et prolifique, mais aussi le plus
indépendant et novateur des impressionnistes français, finit
par estomper la représentation picturale pour l’imprégner
d’une atmosphère quasi abstraite. Son intérêt pour des
questions telles que la perception de la nature et son besoin
d’exprimer son vécu par des moyens purement picturaux le
conduiront aux frontières de l’abstraction. [...]
Ce n’est qu’au milieu du XX
e
siècle que l’on assiste à la
« redécouverte » de Monet, lorsque les jeunes chefs de
file triomphants de l’expressionnisme abstrait américain
lancent un nouveau regard sur son œuvre. La matérialité
de sa peinture, sa technique « all-over », ses touches vives
et ses formes estompées sont une véritable révélation pour
la jeune génération de l’abstraction américaine, mais aussi
pour les adeptes des « informalismes » européens.
L’étude de ce « revival » de Monet par le mouvement
abstrait a donné lieu à de nombreuses initiatives ces
dernières années, auxquelles s’ajoute aujourd’hui
cette exposition, qui confronte les tableaux du peintre
impressionniste avec l’œuvre d’artistes tels que Pollock,
Rothko, Krasner, Francis, Mitchell, Riopelle, Still, Gottlieb,
Masson ou Richter. Elle propose ainsi une nouvelle lecture
de ces artistes, tout en démontrant le rôle de Monet en tant
que prophète indiscutable des courants « matériques » de la
peinture abstraite. »
Paloma Alarcó
, Commissaire de l’exposition,
Directrice du département des peintures du musée
Thyssen-Bornemisza
En haut : Claude Monet,
Bras de Seine, près de Giverny,
soleil levant
, 1897, musée Marmottan Monet.
© musée Marmottan Monet,
Paris/Bridgeman Giraudon/presse
A droite : Nicolas de Staël, Paysage méditerranéen, 1953,
Madrid, musée Thyssen-Bornemisza.
© Adagp, Paris 2010
Ci-contre : Vassily Kandinsky,
Image avec trois taches, n°196
, 1914,
Madrid, musée Thyssen-Bornemisza.
© Adagp, Paris 2010
Le Musée Marmottan Monet, qui possède la plus
importante collection au monde d’œuvres de Claude
Monet, consacre cette année deux importantes
expositions à cet artiste si fécond, avec à l’automne
une manifestation sur le thème de « Monet, son
Musée », et actuellement cette exposition « Monet
et l’abstraction », qui se focalise sur les rapports
entre l’œuvre de Monet et l’abstraction de la seconde
moitié du XX
e
siècle.
Quiconque a vu les
Nymphéas
de l’Orangerie a pu en
effet ressentir que, parmi les peintres impression-
nistes, Monet était celui qui était allé le plus loin
dans la confrontation avec la matière picturale. Il
est fascinant d’observer la façon dont sa volonté de
capter le monde au plus près – tel que ses yeux le
percevaient – l’a peu à peu conduit à accorder une
place de plus en plus grande à l’essence même de la
création picturale, à considérer la matière dont sont
faites les œuvres comme un moyen de « représenter
» la nature non plus seulement telle qu’elle est, mais
comme ayant sa vie propre. Ainsi, dans les dernières
œuvres, la représentation figurative s’estompe-t-elle
de plus en plus pour faire place à une traduction par
la peinture de sensations visuelles et mémorielles.
Par cette part de subjectivité s’affirmant dans l’acte
de peindre, Monet ouvre ainsi résolument une voie
vers la modernité. C’est dans les années 1950 que
son œuvre ultime est redécouverte, principalement
par les peintres de l’expressionnisme abstrait amé-
ricain et de la seconde École de Paris. Depuis, de
nombreux travaux et expositions ont traité de la
« modernité » de Monet. Cette exposition poursuit ce
travail de réflexion et s’attache à mettre en lumière
les résonances de son œuvre avec celles des peintres
abstraits de la seconde moitié du XX
e
siècle. » [...]
Jacques Taddei
, membre de l’Institut,
Directeur du Musée Marmottan Monet
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