Ete_2003 - page 2

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2
Lettre
de
l'
ACADEMIE
des
BEAUX-ARTS
I N S T I T U T
D E F R A N C E
A
une époque où il devient
de plus en plus diff icile
de distinguer les justes combats
des revendications corporatistes, la défense du droit
d’auteur ne doit pas être réduite au simple désir des créa-
teurs de protéger leurs intérêts.
C’est tout le système de pensée qui a placé le créateur au
centre de la création qui est remis en cause par la volonté
de considérer que l’œuvre d’art doit être soumise aux lois
du marché comme n’importe quelle marchandise.
Le droit d’auteur ne doit pas être assimilé au brevet
industriel.
C’est pour cette raison que les créateurs de notre pays
considèrent le droit moral comme le premier fondement
du droit d’auteur et qu’ils n’accepteront jamais sa
remise en cause ou la diminution de sa portée.
L’Académie des Beaux-Arts, à travers ses membres, est
intéressée au premier chef par les problèmes soulevés.
Ceux-ci ont été l’objet d’une large discussion au long de
nos séances. Une position commune s’est dégagée. Il nous
parait important de l’affirmer publiquement, d’exprimer
une inquiétude légitime, de dénoncer dans notre dossier
les dangers qui menacent, à terme, l’exercice de la créa-
tion artistique.
LETTRE DE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS •
Directeur de la publication :
Arnaud d’Hauterives •
Conception générale, rédaction et coordination
:
Nadine Eghels •
Conception graphique
: claude matthieu pezon • Imprimerie CL2 • ISSN 1265-3810 •
Photos
: page 3 : Michel Jacquelin / pages 4, 5, 6,
11 en bas, 14 en bas et 15 : droits réservés / pages 7, 11 à droite et 12 : Brigitte Eymann / page 8 : Hélène Orloti / pages 9-10 : Rue des Archives, The Granger
Collection / page 13 : Pacôme de Galliffet / page 14 : Jorn B. Christensen •
Académie des Beaux-Arts
23, quai de Conti 75006 Paris
sommaire
*
page 2
Editorial
*
page 3
Réception sous la Coupole :
Léonard Gianadda
*
page 4
Réception sous la Coupole :
Yves Boiret
*
page 5
Portrait : Le Président de
l’Académie des Beaux-Arts
*
pages 6 à 9
Dossier : Le droit d’auteur,
exception culturelle ?
*
pages 10, 11
Hector Berlioz, l’académicien
*
page 12
Visite officielle de
Jean-Jacques Aillagon, Ministre de
la Culture et de la Communication
Parutions / Décorations / Distinction
*
page 13
La restauration du Jardin japonais
de la Villa Ephrussi de Rothschild
*
page 14
Prix de chant choral
Liliane Bettencourt 2003
Prix de musique de
la Fondation Simone et
Cino del Duca 2003
*
page 15
Grand Prix d’orgue de
l’Académie des Beaux-Arts 2003
Prix de dessin
Pierre David-Weill 2003
*
page 16
Calendrier des académiciens
Editorial
E
lu associé étranger le mercredi 27 juin 2001, au fauteuil précédemment occupé
par l'éminent historien d'art Federico Zeri, Léonard Gianadda est né le 23
août 1935 à Martigny en Suisse. Il était depuis 1993 correspondant de
l'Académie des Beaux-Arts.
En 1950, adolescent, il fait le voyage en Italie : Florence où il découvre la Renaissance,
Michel-Ange, le Palazzo Vecchio, la grandeur des Médicis ; Rome ensuite où il
s'émerveille devant la beauté de la Chapelle Sixtine ; Naples et les trésors de Pompéi.
Ce premier voyage est pour lui une découverte, une révélation à l'origine de sa pas-
sion pour les arts.
Après des études classiques au collège de Saint-Maurice, Léonard Gianadda entre
à l'École polytechnique fédérale de Lausanne d’où il sort, en 1960, avec un diplôme
d'ingénieur civil.
Sa double formation, à la fois littéraire et scientifique,
marque la vocation de cet esthète, constructeur et mécène,
connu pour ses multiples actions en faveur des arts. On
peut citer, à titre d'exemple, la restauration de quelque
3 000 estampes du Fonds Jacques Doucet à l'Institut d'art
et d'archéologie de Paris, le sauvetage du Théâtre juif de
Chagall de Moscou, et surtout la Fondation Pierre
Gianadda, lieu unique en Europe.
C'est le 24 février 1977, après en avoir établi les plans,
que Léonard Gianadda signe l'acte constitutif de la fonda-
tion qu'il dédie à son frère tragiquement disparu. Il crée là
un lieu constant d'animations artistiques et réussit à en faire un haut lieu de culture
puisque la Fondation Pierre Gianadda a accueilli depuis son ouverture plus de 6
millions de visiteurs.
La vocation de cette fondation est bien évidemment de servir les arts, tous les
arts. “La musique est aussi présente que les expositions” confie t-il, celle-ci est à l'hon-
neur dans ce temple de la culture et régulièrement des concerts sont donnés avec le
concours des plus fameux interprètes : Mstislav Rostropovitch, Yehudi Menuhin,
Maurice André, Barbara Hendricks, Teresa Berganza, Ruggero Raimondi, Cecilia
Bartoli, pour n'en citer que quelques-uns, se sont succédé à Martigny.
Léonard Gianadda est administrateur du Musée Rodin à Paris, du Musée Toulouse-
Lautrec à Albi, membre du Conseil de la Société des amis d'art et d'archéologie à Paris,
et de la Fondation Balthus en Suisse
u
... En 1976, exerçant avec grande
activité son métier de constructeur,
notre ami souhaite bâtir un immeuble
locatif sur des parcelles de terrain qu'il a
récemment acquises. Or, cette zone est
riche en restes archéologiques et, lors
des travaux de fouilles de la
construction, les archéologues
découvrent les vestiges d'un temple
gallo-romain... Léonard Gianadda
obtient néanmoins des services
communaux et cantonaux le permis de
construire, ce qui entraînerait à tout
jamais la disparition de cette découverte.
Léonard hésite.
C'est alors que se produisent, en très peu
de temps, dans sa famille directe, trois
événements douloureux : la mort brutale
de son père dont il était très proche, le
décès accidentel de sa mère, écrasée par
un train dans sa voiture, la disparition
tragique de son frère Pierre, mort des
suites d'un accident d'avion à Bari, en
Italie, au retour d'un voyage d'études
animalières en Egypte. En voulant
sauver ses camarades qui brûlaient dans
l'avion, suite à un atterrissage de
fortune, Pierre Gianadda est à son tour
grièvement atteint. Il décède
une semaine plus tard des
suites de ses brûlures.
A ce moment précis, Léonard prend une
décision capitale, qui orientera, sans
réserve, son action, sa vie.
Il décide de constituer, en souvenir de
son frère Pierre, une Fondation
qui portera son nom :
la Fondation Pierre Gianadda.
L'acte de Fondation intervient le 24
février 1977 et Léonard Gianadda
renonce sans hésiter à la suppression des
vestiges, persuadé de leur valeur
intrinsèque, intellectuelle et morale,
estimant qu'on devait les mettre en
valeur au centre de tout, à la disposition
de tous. Projet, plans et construction
s'enchaînent rapidement et, à la fin de
l'année suivante, la Fondation Pierre
Gianadda est inaugurée.
C'était le 19 novembre 1978, le jour
où Pierre aurait eu 40 ans.
C'était il y a 25 ans...
Extrait du discours
prononcé par Marc Saltet
Réception
sous
la
Coupole
Le mercredi
4 juin 2003,
Léonard Gianadda,
élu associé étranger,
était reçu par le doyen
de la compagnie,
son confrère
Marc Saltet.
Léonard
Gianadda
1 3,4,5,6,7,8,9
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