Ete_2004 - page 10

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S
imone del
Duca, correspondant de l’Académie des
Beaux-Arts, nous a quittés le dimanche 16 mai 2004,
dans sa 92
e
année.
Au nom de notre compagnie, le Secrétaire perpétuel Arnaud
d’Hauterives a témoigné de notre attachement à celle qui, au
long des années nous fut si fidèle,
mais aussi de notre gratitude
envers la bienfaitrice qui prodigua ses libéralités à l’Académie,
à l’Institut, et plus généralement à toutes les œuvres artistiques,
scientifiques ou humanitaires par le biais de la Fondation qu’elle
avait créée pour pérenniser l’œuvre de son époux.
Née en 1912 à Saint-Maur-des-Fossés, Simone del Duca était
veuve du grand éditeur et mécène Cino del Duca (1899-1967)
Celui-ci avait fui l’Italie pour des raisons politiques et s’était
réfugié en France en 1932, où il avait fondé, en 1937, ce qui
allait devenir un empire de presse : les Editions mondiales. A la
mort de son mari, Simone del Duca prit la direction du groupe
d’édition et d’imprimerie del Duca. Elle dirigea la publication
de titres de presse magazine tels que
La vie des métiers
,
Modes
de Paris
,
Nous-Deux
,
Intimité
,
Télé-Poche, Paris Jour
qui ont
accompagné des millions de lecteurs dans leur vie quotidienne.
Paris Jour
, en particulier, fut l’un des grands titres de la presse
quotidienne nationale.
Dès 1975, Simone del Duca s’était engagée avec générosité
et passion dans un mécénat actif en créant, en mémoire de son
époux, la Fondation Simone et Cino del Duca.
Interrogée par Jacques Chancel en 2002, elle rappelait : “Cino
m’avait fixé les buts à atteindre. J’ai continué sur cette voie
remarquablement tracée. Il savait que je n’abandonnerais rien
de ce qu’il avait imaginé. À ses
côtés, j’ai compris que le
vrai talent méritait d’être
récompensé”.
Reconnue d’utilité publique
par décret du conseil d’Etat
du 21 janvier 1975, la
Fondation déploie ses actions
en octroyant des subventions à d’autres organismes désintéressés
(laboratoires ou unités de recherche), ainsi que des alloca-
tions individuelles (bourses, prix, récompenses). Les aides sont
attribuées, en considération de leur valeur personnelle, à des
hommes et femmes de tous horizons, que la Fondation recon-
naît comme méritant son appui pour aider à la réalisation de
leurs buts. Le Conseil d’Administration de la Fondation attribue
ces aides après avoir consulté un comité scientifique composé
des plus grands noms de la science française.
La Fondation Simone et Cino del Duca a aussi une impor-
tante vocation culturelle et artistique. C’est dans ce cadre que
Simone del Duca a décidé d’associer sa Fondation à l’Académie
des Beaux-Arts pour attribuer chaque année deux Prix dont l’un
est destiné à des musiciens, interprètes ou compositeurs, et
l’autre, alternativement à des peintres et à des sculpteurs.
Simone del Duca fut élue correspondant de notre Académie
en 1994.
Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres, dans son
communiqué du 19 mai dernier rendait hommage à Simone del
Duca en ces termes : “Je tiens à rendre un hommage particulier
à son action qui aura permis de récompenser, de soutenir, parfois
de secourir, et dans tous les cas d’apporter une aide toujours
précieuse aux créateurs. Avec Simone del Duca disparaît une
personnalité éminente du monde des arts et des lettres. Par son
dynamisme et son rayonnement international, elle a su incarner
une vision qui demeure grâce à sa fondation”.
Tant de regrets ont déjà été exprimés depuis son départ, tant
d’honneurs lui ont déjà été attribués de son vivant, tant d’œuvres
ont déjà dû leur éclosion à la générosité de son mécénat, qu’il
est impossible aujourd’hui d’y rien ajouter.
Si ce n’est le souvenir de cette amitié, fondatrice de l’esprit
académique, qui unit Simone del Duca à l’Académie des Beaux-
Arts et, au-delà, à tous les membres de l’Institut de France.
Simone
del Duca
18
Né à Bucarest le 7 février 1925, ce surdoué de la composition
y avait étudié auprès de son illustre compatriote Georges Enesco,
puis à Paris avec Olivier Messiaen et Arthur Honegger.
Il s’était enrichi de ces enseignements si différents et la
diversité de son œuvre prouve à quel point il s’était ouvert à
toutes les formes et tous les courants musicaux.
Au centre de l’œuvre de Marius Constant se tient une
préoccupation évidente pour la musique dramatique. Il a
composé de nombreuses musiques chorégraphiques et a été
directeur musical des Ballets de Paris auprès de Roland Petit,
puis directeur musical de la Danse à l’Opéra de Paris, sous
l’administration de Rolf Liebermann.
Leonard Bernstein a créé en 1959 à Paris, à la tête de
l’Orchestre National, sa première grande partition
symphonique,
24 préludes pour orchestre
.
Ses ballets principaux
Eloge de la folie, Septentrion
et
Nana
,
pour Roland Petit,
Paradis perdu
, pour Rudolf Noureev ou
Candide
, pour le mime Marceau, témoignent d’une invention
rythmique et d’un sens de l’orchestration tout à fait exceptionnels.
Marius Constant était un provocateur audacieux, enchanté de
jouer un bon tour à des commanditaires vertueux en écrivant
des œuvres lyriques sur le Marquis de Sade ou sur les amours
de Rimbaud et Verlaine.
Fasciné par la peinture, domaine dans lequel ses connaissances
impressionnaient ses confrères de l’Académie des Beaux-Arts, il
a écrit un remarquable triptyque sur Turner.
Marius Constant adorait recourir à des instruments insolites
dans la musique contemporaine, tels que la guitare électrique
(
Strings
, 1969) ou même dans le cadre d’un étonnant concerto
pour orgue de barbarie.
Il s’est également intéressé au jazz, en compagnie de Martial
Solal, de Jean-François Jenny-Clarke et de Daniel Humair.
Pour le cinéma, il n’a pas hésité à entreprendre l’incroyable
partition de 5h30 du
Napoléon
d’Abel Gance, mélangeant les
musiques d’Arthur Honegger avec une musique originale soutenant
parfaitement la proximité des œuvres de son ancien professeur.
Peu de gens savent qu’il avait également composé le célèbre thème
du générique de
Twilight Zone
(La Quatrième Dimension).
Il faut également rappeler son intense activité de chef
d’orchestre et de découvreur de talents, dans le cadre
d’Ars Nova, formation à géométrie variable dont il était le
fondateur et qui a été à l’origine de la création de centaines
d’œuvres de toutes esthétiques.
Enfin son activité d’orchestrateur aura été époustouflante, que
ce soit pour le
Gaspard de la Nuit
de Maurice Ravel ou dans le
cadre de son étonnante collaboration avec Peter Brook
(
Carmen
et
Pelléas et Mélisande
).
Marius Constant était un flamboyant trublion, bouillonnant
d’idées, de passion, un esprit caustique à l’humour acéré qui
dissimulait une grande générosité et une intense curiosité.
Il dénonçait fermement le sectarisme qui fleurit encore ici et là
et toute son œuvre et son action resteront dans les esprits
comme le témoignage d’un créateur aussi libre qu’inspiré.”
Par
Laurent Petitgirard
,
membre de la Section de Composition musicale
Marius
Constant
M
arius Constant,
membre de la section de Composition
musicale de l’Académie des Beaux-Arts, nous a quittés
le samedi 15 mai 2004, dans sa 79
e
année.
M
arius Constant passa sa jeunesse en Roumanie, avant de
venir à Paris et d’entrer en 1946 au Conservatoire national supé-
rieur de Musique de Paris où il obtint, en 1949, les Premiers
Prix de composition et d’analyse, ainsi que la Licence de concert
pour la direction d’orchestre, à l’Ecole normale de Musique. Il
eut notamment pour professeurs Tony Aubin, Olivier Messiaen,
Nadia Boulanger et Arthur Honegger.
Co-fondateur et directeur de France-Musique (1954-1969),
Marius Constant a aussi été Directeur musical des Ballets de
Paris de Roland Petit (1956-1963),
Directeur musical de la Danse
à l’Opéra de Paris (1973-1978), ainsi que professeur d’orches-
tration au Conservatoire de Paris (1979-1988), de composition
et d’analyse à l’Université de Stanford (Californie). Fondateur
et directeur de l’ensemble “Ars Nova”,
Marius Constant a été
invité par les principaux orchestres d’Europe, des U.S.A., du
Japon et par les Opéras de Berlin, Paris,
Hambourg, le Bolchoï
(Moscou), le MET (New York), Covent Garden (Londres).
En tant que compositeur, parmi ses principales œuvres, on
peut citer :
24 préludes pour orchestre
, créés par Léonard
Bernstein,
Chaconne et Marche militaire
par l’Orchestre de
Philadelphie,
Turner
, créé au Festival d’Aix-en-Provence.
Marius
Constant a également écrit pour la scène :
Eloge de la Folie
,
Le
Paradis perdu
,
Nana
,
L’Ange bleu
pour les Ballets de Roland
Petit,
Haut-Voltage
pour Maurice Béjart,
Candide
pour la
Compagnie Marcel
Marceau,
La Cerisaie
,
La Tragédie de
Carmen
,
Impressions de Pelleas
avec Peter Brook.
Marius Constant a été élu à l’Académie des Beaux-Arts le 9
décembre 1992, au fauteuil précédemment occupé par
Olivier Messiaen. Il était Commandeur de la Légion d’Honneur,
Grand-Officier de l’Ordre National du Mérite, Commandeur de
l’Ordre des Arts et des Lettres.
Décès
Nous apprennons, au moment de
mettre sous presse, le décés,
dimanche 4 juillet,
de
Jean-Louis Florentz
,
membre de la Section de
composition musicale.
Nous reviendrons, dans notre
prochain numéro, sur la carrière
importante de cet artiste,
trop tôt disparu.
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