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Lettre
de
l'
ACADEMIE
des
BEAUX-ARTS
I N S T I T U T
D E
F R A N C E
“Passer commande”, c’est ainsi que
l’on désigne la mission confiée par
un commanditaire à un fournisseur
pour obtenir de lui une marchandise qu’il ne sait produire lui-
même. En matière d’art, la commande est un témoignage
accordé à un créateur, à partir d’un programme, lui confiant
la traduction concrète d’une œuvre encore informelle.
Quel artiste ne souhaite bénéficier d’une commande ?
Quels mécènes, quelles institutions, quels amateurs d’art ne
ressentent l’envie de posséder la matérialisation de l’idée
qu’ils se font de la beauté, de l’Art en général, dont ils
décident de confier à l’artiste la totale liberté de la traduc-
tion matérielle ?
Mais, à partir de cette commande, quelle est la réelle liberté
de l’artiste ? Quelle est pour le commanditaire la garantie
d’une réponse fidèle à son rêve ? La réussite d’une telle aven-
ture dépend de la reconnaissance mutuelle des rôles respec-
tifs de chacun des acteurs dans l’action, qui devraient
être, avant tout, des partenaires.
Or, les règles actuelles
de la “commande publique” permettent-elles l’aboutisse-
ment fécond d’une telle aventure ? Les données en sont-elles
stimulantes ? Entre la solitude de l’artiste, le rêve ardent du
promoteur de la création, exprimé dans un programme, le
jury qui décide, existe-t-il une connivence qui s’interdit l’indé-
cision voire l’indifférence ?
La commande sait-elle trouver les mots justes, confiés à l’artiste,
lui garantissant à la fois sa totale liberté et exprimant l’esprit
qui doit faire vivre la création rêvée ?
LETTRE DE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS •
Directeur de la publication :
Arnaud d’Hauterives •
Conception générale, rédaction et
coordination
:
Nadine
Eghels •
Conception graphique
: claude
matthieu pezon • Imprimerie
CL2 • ISSN 1265-3810
Photos
: page 1 :
Musée du Louvre / page 3 : Juliette Agnel / page 4 : Jean-Michel Aucler / page 6 : Pierre Schwartz / pages 7, 15 et
17 : droits réservés / pages 8, 9 : Sabella / pages 10, 11 : Thierry Malty / page 19 : Brigitte Eymman / page 18 : Francis Apesteguy
Académie des Beaux-Arts
23, quai de Conti 75006 Paris
sommaire
page 2
Editorial
page 3
Réception sous la coupole :
Hugues R.
Gall
pages 4 à 9
Dossier : La commande
pages 10, 11
Exposition Jean Lurçat
Donation Simone Lurçat
pages 12, 13
Visite d’exposition :
Les chefs-d’œuvre de la
Phillips collection
page 14
Visite d’exposition :
Ingres-Picasso
page 15
Communication :
D’une leçon d’histoire aux
métamorphoses de la création,
par Henry-Claude Cousseau
page 16
Visite d’exposition :
Les Très riches Heures du Duc
de Berry, exposition d’enluminures,
au Château de Chantilly
page 17
Le Prix de musique de la fondation
Simone et Cino Del Duca
Prix de Chant Choral
Liliane Bettencourt
Le Grand Prix d’Orgue
de l’Académie des Beaux-Arts
page 18
Décès de Marius Constant
page 19
Décès de Simone del Duca
page 20
Calendrier des académiciens
Editorial
Hugues R.
Gall
Réception
sous
la
Coupole
Extrait du discours
prononcé par
Paul Andreu
Dans votre projet,
dans votre action,
vous vous tenez au cœur de
la création. Vous la servez.
Vous la rendez possible.
Vous ne créez pas le
spectacle, certes. Vous n’êtes
ni l’auteur de la musique ni
celui du livret. Vous n’êtes
pas le directeur musical du
spectacle ni son metteur en
scène ni un de ses
interprètes. Vous n’avez pas
crée les décors. N’avez-vous
rien créé ? Mais si bien sûr
et le 11 septembre, à
Genève, dans le tumulte des
applaudissements auxquels
l’émotion vous rend presque
sourd, vous en êtes certain :
vous avez créé les conditions
de la création. Vous l’avez
fait comme vous aviez appris
à le faire, comme vous le
ferez pour chaque spectacle
désormais, en rassemblant
des artistes dont vous pensez
que de leurs accords et de
leurs oppositions naîtra un
spectacle nouveau, digne de
la mission confiée au théâtre
que vous dirigez. Vous ne
vous livrez pas à je ne sais
quel calcul de marketing,
dosant ce que chaque
décision rapportera en
nombre de spectateurs, en
scandale propice à la
communication ou en
adhésion de la critique. Vous
agissez au nom d’une vision
de l’œuvre.
(...) Rien n’entame votre
passion, rien ne lasse votre
patience. Les échecs ne vous
arrêtent pas. Les succès ne
vous font pas perdre la tête.
Vous me l’avez dit un jour, si
un mot peut à vos yeux
résumer votre vie, c’est le
verbe “construire”.”
E
lu le 18 décembre 2002, dans la section des Membres libres, au
fauteuil précédemment occupé par Daniel
Wildenstein, Hugues R.
Gall est né le 18 mars 1940 à Honfleur.
Ses études à l’Institut d’Etudes Politiques, parallèlement à une licence
de lettres allemandes à l’Université de la Sorbonne, le conduisent au cabinet
d’Edgar Faure,
ministre de l’Agriculture puis de l’Education nationale.
Hugues R. Gall se voit ainsi confier le dossier des enseignements artis-
tiques et travaille à la mise en place du baccalauréat musique, ainsi qu’à
la création du département d’enseignements artistiques de l’Université
de Vincennes (aujourd’hui à Paris VIII Saint-Denis). Il rejoint ensuite le
cabinet d’Edmond Michelet au ministère des Affaires culturelles.
En 1969,
Hugues R. Gall est nommé secrétaire général de la Réunion
des Théâtres Lyriques nationaux. Rolf Liebermann le choisit ensuite pour adjoint.
Hugues R. Gall
restera à ses côtés tout au long des sept années d’un mandat qui aura vu l’Opéra de Paris retrouver
non seulement son rang international,
mais aussi un public fidèle, passionné, nombreux.
En 1980, il est appelé à la direction du Grand Théâtre de Genève. Il y restera quinze ans, faisant de
cette maison un haut lieu de la vie lyrique en Europe. Genève saura reconnaître l’apport d’Hugues R.
Gall en faisant de lui l’un de ses très rares “bourgeois d’honneur”.
A la fin de son mandat genevois, il est nommé en 1995 à la tête de l’Opéra national de Paris. Les
neuf années du mandat d’Hugues R. Gall, qui s’achève en juillet, ont été marquées par la restauration de
la confiance entre l’Etat et l’Opéra de Paris, institution désormais gérée avec rigueur et dynamisme. Ces
neuf années auront vu la réussite enfin consacrée de l’Opéra Bastille, associé au Palais Garnier dans une
relation solidement unifiée : 360 représentations par an sur les deux scènes, devant près de 900 000 spec-
tateurs ; 80 productions lyriques et une politique de commandes qui a permis de faire entrer la créa-
tion à l’Opéra Bastille, tandis que 60 nouvelles œuvres étaient inscrites au répertoire du ballet.
Hugues R. Gall est administrateur de l’établissement public de l’Ecole du Louvre, de l’Opéra-Comique
et de la Fondation Noureev.
Il est Officier de la Légion d’Honneur, Commandeur dans l’Ordre national du Mérite,
Officier
des Palmes académiques et Commandeur des Arts et Lettres et a reçu le Prix Montaigne en 1996
et le Prix Grand Siècle-Laurent Perrier en 1999.
Extrait du discours prononcé par Hugues R. Gall
Faire évoluer le goût de ses contemporains. Quelle mission dans une époque où le goût se cherche,
où l’esthétisme est la chose la plus rare.
Où la règle des règles est de plaire,
mais à tout prix, à
n’importe quel prix, à n’importe qui, par tous les moyens....
Puisque les repères sont brouillés, la responsabilité du marchand, son éthique ne sont-elles pas plus
importantes encore? N’avons-nous pas besoin de guides, d’éveilleurs ? Pour ces guides, le beau et
le vrai doivent être les seules querelles qui vaillent. Plus que la beauté de l’œuvre, son authenticité
est davantage encore devenue, on peut le déplorer, un élément primordial de sa valeur.
Daniel
Wildenstein en était conscient plus que quiconque.”
Le texte des discours ainsi qu’un reportage photographique sur la cérémonie sont disponibles sur le
site internet de l’Académie des Beaux-Arts :
Le mercredi 5 mai 2004,
sous la Coupole de
l’Institut de France,
l’architecte Paul Andreu
recevait Hugues R. Gall
(à gauche), directeur de
l’Opéra national de Paris,
comme Membre libre de
l’Académie des
Beaux-Arts.
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