Ete_2004 - page 3

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Dossier
C
ertains imaginent que les éléments d’un programme sont
les prémices de l’acte créateur, et ne ressentent pas toujours
à sa juste importance le caractère consubstantiel du texte et de
sa traduction concrète dans l’œuvre finale.
La formulation explicite et subtile de tous les éléments de
la commande est, à égalité, responsable de la qualité du résultat.
La commande est l’expression d’un désir intime dont le
programme est le menu. Celui qui passe la commande est le
premier auteur de la création. Il en est aussi le
premier acteur à travers le rôle tenu par un second
acteur qui écrit le programme, dresse la liste des
besoins matériels et l’assortit de façon suggestive,
inspirante, du contenu d’un désir premier. Il en
informe alors le troisième acteur et auteur de la
réalisation concrète du “rêve”.
C’est donc le processus d’une œuvre collective
née d’une formulation explicite d’un message
informel dont le programme est porteur ; il faut
d’abord prévoir de l’utilitaire, du fonctionnel, du quantitatif,
répondant selon les données diverses de la commande à des
besoins bien déterminés dans des conditions étroitement défi-
nies.
Mais si le programme demeure à ce seul niveau prosaïque,
l’imagination ne sera guidée que de façon creuse et molle. Il
faut alors amplifier ces données, tenter de les porter, au
moins spirituellement, à un degré d’intensité plastique que
l’artiste sait fournir à l’aide de ses moyens propres. Cela peut
revêtir des aspects multiples : savoir écrire par exemple ce qui
domine et ce qui accompagne, évoquer les caractères d’ambiance
et les besoins ressentis à cet égard en termes de gloire, de
recueillement, de présence de mystère, de clarté ou de ténèbres,
d’intériorité ou d’ouverture. Le programme doit faire naître,
selon les cas, ce qui traduit l’émotion, le spirituel, le
rationnel ; ce que seront les points forts ou l’effacement, les
marques de symbole ou de simple utilité.
Ce que la musique sait exprimer par des sons, l’architecte dans
des espaces et par des formes, les artistes par la pulsation des
matières, des couleurs, des jeux avec la lumière, tous ces moyens
dirigent le regard et entraînent la pensée dans des directions et
dans des dynamiques adaptées au souhait intuitif
de la commande. L’art possède cette propriété
merveilleuse d’être, à travers ceux qui le prati-
quent, l’interprète compréhensif, car adaptable à
toutes volontés sous-jacentes, pour ajouter à l’utili-
taire la sublimation des lieux ou des sujets traités.
Riches de tous ces moyens d’expression, l’archi-
tecte, le peintre, le sculpteur, le verrier possèdent
des recettes pour faire naître l’esprit du lieu.
Mais
seul le programme leur permettra de choisir les
circonstances de leur mise en œuvre pour y faire surgir l’esprit.
“Le but du monde est le développement de l’esprit et la
première condition de l’esprit, c’est sa fidélité” (Renan).
Comment alors, dans la fidélité au “rêve”, faire paraître cet
esprit dans les données indicatives du programme ?
Si l’on s’interdit, à juste titre, d’imposer à l’artiste les moyens
de son art, de son traitement, de son expression, on doit en
revanche lui fournir le cadre général où son inspiration
s’exprimera en toute liberté.
A gauche :
Musée archéologique de Lyon,
Bernard Zehrfuss, architecte, 1976.
La
commande
Comment rédiger un programme ?
Par
Yves Boiret
, membre de la Section d’Architecture
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De tout temps, nombreuses sont les œuvres
d’art qui ont vu le jour suite à une commande
venue d’un dirigeant, d’un mécène, d’une institution.
Fait du prince ou politique culturelle, la commande est
un des ressorts de la création artistique.
Qu’en est-il
aujourd’hui de cette pratique millénaire ?
Comment les artistes contemporains réagissent-ils
face à la commande ? Cette injonction à créer est-elle
plus ou moins stimulante pour leur travail, comment
l’intègrent-ils (ou non) dans leur trajectoire
personnelle ? Comment, par le biais de la commande,
établir une connivence, un passage de relais entre
différentes disciplines artistiques ? Autant de questions
plus que jamais à l’ordre du jour, et auxquelles ont
répondu plusieurs membres de notre Académie.
La formulation
explicite et subtile de
tous les éléments de
la commande est,
à égalité, responsable
de la qualité
du résultat.”
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