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abstrait, à la fois puissant, élancé et triomphant, une
forme dynamique en bronze ou en granit, exprimant
la puissance de l’homme s’élançant vers la victoire
certaine. On pourrait aussi imaginer de la représenter
par un rayon… c’est cette ouverture vers le futur qui
m’intéresse.
Pour les décideurs, oser prendre le risque de repré-
senter Zidane par une forme dynamique plutôt que
par une sculpture figurative, là réside la responsabi-
lité de la commande publique. Quand l’enthousiasme
d’un mécène, d’un roi, d’un cardinal, faisait travailler
un artiste en lui lais-
sant toute liberté
pour s’exprimer, le
processus
était
simple.
Mais actuel-
lement ces concours
qui imposent des programmes entravant l’artiste et
sa créativité constituent un danger extrême pour
l’arrivée dans l’urbanisme contemporain de
grandes œuvres qui marquent notre époque. J’espère
vraiment qu’il y aura une reprise de conscience, comme avant
l’arrivée de Malraux, où au travers des 1%, la commande publique
permettait à des artistes sculpteurs, peintres, lissiers, d’être choisis
par un architecte, qui devenait un ami, et donnait à
l’artiste la possibilité de s’exprimer.
Hélas, souvent
les architectes ont de la peine à laisser toute liberté
à un peintre ou à un sculpteur avec lequel ils veulent
travailler, parce que très souvent ils considèrent
savoir aussi bien que ceux-ci ce que sont la forme
et la couleur, si bien que le résultat est très éloigné
de ce que pourrait apporter une vraie collaboration entre l’artiste
et l’architecte.
La commande publique a le mérite de mettre l’art dans la rue,
à la portée de chacun, et c’est pourquoi elle doit rester une
des priorités de nos démocraties.
En temps que sculpteur, je préfère évidemment travailler en
toute liberté. Si la commande publique intervient parfois comme
un déclencheur, j’aime aussi envisager après la réalisation de
l’œuvre le cadre dans lequel elle pourra s’inscrire.
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J
usqu’à la fin du XVIII
e
siècle, les compositeurs occupaient une
situation sociale qui intégrait à leur fonction le principe de la
commande permanente. Ainsi, les Maîtres de Chapelle, les
compositeurs attachés au service des Souverains, des grands
seigneurs, des dignitaires de l’Eglise, devaient fournir constam-
ment une nourriture nouvelle à l’appétit de leurs protecteurs.
Pendant tout le XIX
e
siècle, et au-delà, enfin libérés de
contraintes souvent serviles (l’on pense, bien sûr, au Prince
Estherhazy et à Haydn) ils durent s’efforcer, tant bien que mal,
de trouver les moyens d’existence qu’une Société indifférente
sinon hostile, surtout dans une France assez ignorante en matière
musicale, ne semblait guère disposée à leur offrir (l’on sait à quel
point Berlioz en souffrit).
Les seuls compositeurs reconnus et pouvant accéder à la célé-
brité, étaient ceux dont les ouvrages se voyaient souvent affichés
à l’Opéra : ainsi
Meyerbeer, Rossini,
Gounod,
Saint-Saëns ou Massenet, parmi d’autres.
La commande symphonique n’existait prati-
quement pas. Une grande partie des partitions
qui forment l’essentiel de notre patrimoine
symphonique fut composée par des musiciens qui
avaient une fortune personnelle (comme ceux qui
appartenaient à la Schola Cantorum - mis à
part César Franck qui courait le cachet) ; ou bien
les quelques-uns qui obtinrent des commandes
de mécènes privés, de grandes compagnies de
ballet comme les “Ballets Russes”, ou encore d’autres qui furent
soutenus par des chefs d’orchestre renommés.
Une situation nouvelle se manifesta à l’époque de la Libération,
après 1945. C’est la Radiodiffusion Nationale qui assuma l’essen-
tiel du renouveau.
De puissants moyens le lui permirent : l’utili-
sation permanente de plusieurs orchestres symphoniques, d’un
orchestre de chambre, de nombreux ensembles instrumentaux,
d’un grand chœur mixte, d’une maîtrise.
Et puis la nomination de dirigeants artistiques intègres, désin-
téressés, de grande qualité humaine et professionnelle : Paul Gilson,
Henry Barraud, Henri Dutilleux notamment, qui accomplirent une
œuvre considérable, développant une activité multiforme dans
laquelle la création musicale jouait un rôle primordial.
En dehors des nombreuses commandes symphoniques,
chorales ou de musique de chambre, une nouvelle forme de
création fut explorée : ce que l’on a appelé : le “théâtre radio-
phonique”. La collaboration d’écrivains renommés ou nouveaux,
de comédiens de premier plan et de compositeurs, souvent frais
émoulus du Conservatoire Supérieur de Paris, contribua à
donner à notre Radio une réputation internationale sanctionnée
par de nombreux “Prix Italia” (le plus notoire des prix interna-
tionaux de Radio, fondé par la R.A.I., auquel parti-
cipait une trentaine des plus importantes Radios
du monde).
L’intérêt puissant de cette fébrile activité résidait
dans le fait que les œuvres étaient immédiatement
diffusées à l’antenne, souvent rediffusées et
envoyées aux Stations étrangères dans le cadre des
“Echanges Internationaux”. L’on comprendra
que c’était là le plus clair des moyens d’existence
de la génération de l’après-guerre (en dehors de la
musique de film).
Un second élan fut donné à la commande musi-
cale à partir de 1966, lorsque Marcel Landowski
commença à transformer de fond en comble la
pratique musicale de la France (hors radio).
Les autorités ministérielles qui avaient jusqu’alors
la charge de la vie musicale brillaient par une
absence totale d’idées et de volonté. Les quelques
miettes de commandes distribuées à quelques
malheureux compositeurs ne pouvaient tenir lieu
de politique.
De plus, entre les deux dernières
guerres, les quelques œuvres commandées par l’Etat
n’étaient pratiquement jamais
exécutées : elles étaient mortes
avant d’être nées.
Le nouveau Directeur de la
Musique tenait pour nécessaire de
lier obligatoirement commande et
exécution. Il encouragea orchestres,
festivals, ensembles instrumentaux à
désigner ceux qu’ils souhaitaient voir
programmer ; et l’habitude fut prise
de favoriser la commande d’œuvres
nouvelles par la collaboration des Institutions musi-
cales et de la Direction de la Musique dont une
commission indépendante et sans parti-pris esthé-
tique jugeait du bien-fondé des demandes.
Malheureusement, dans la cas de la Radio et de
la Direction de la Musique, il semble que la situa-
tion se soit progressivement dégradée, laissant la
part belle à l’intégrisme esthétique, à l’intolé-
rance du “musicalement correct”, privant ainsi la création musi-
cale d’une bonne part de sa vitalité.
Pourtant, un large espace de liberté a été reconquis depuis la
fondation, en 1991, par Marcel Landowski, de l’Association
“Musique Nouvelle en Liberté”.
Cette remarquable institution a pris une part importante dans
notre vie musicale. Ayant les moyens de son ambition, exem-
plaire dans l’objectivité de ses choix, elle a pu susciter un nombre
impressionnant de créations, dans les meilleures conditions
d’exécution, perpétuant l’idée de lier commande et exécution ;
et cela toujours en liaison avec nombre d’orchestres, d’ensembles
instrumentaux, de Festivals et de solistes brillants.
Les compositeurs de la toute nouvelle génération, notam-
ment ceux qui ont su se dégager des oukases calamiteux
imposés par certains de leurs aînés, se sont trouvés particulière-
ment encouragés.
Il faut espérer qu’ils tiendront leurs promesses et contribue-
ront, à la mesure de nos espoirs, au renouvellement de la créa-
tion musicale.
E
n préambule à ces quelques réflexions sur la commande
publique et sur la sculpture monumentale dans l’espace
urbain, je voudrais évoquer la mémoire de mon confrère Etienne
Martin. Au moment des grandes commandes du
Président Mitterrand, il a été approché pour réaliser
un monument en hommage à Pierre Mendès-
France. Lorsqu’il lui fut demandé comment il comp-
tait représenter ce personnage illustre, il a répondu
qu’une borne suffirait à évoquer le repère qu’il avait
laissé dans notre histoire collective… Au-delà de la
représentation du personnage, il s’agissait d’évoquer son impor-
tance symbolique. Je trouve pour ma part cette idée passionnante.
Les moyens que nous donnent aujourd’hui la liberté de l’abstrac-
tion, des tendances contemporaines, des matières, des techniques
et des procédés que la science a mis à notre portée, tout cela
permet de représenter un grand homme par une œuvre non figu-
rative. C’est dans ce sens que je travaille. Par exemple, si j’avais
à faire un monument dédié à Zidane, au lieu de le représenter
ballon au pied et musculature épanouie, je réaliserais un volume
La commande
(suite)
La commande musicale
Par
Serge Nigg
, membre de la Section de Composition musicale
Entre les deux
dernières guerres,
les quelques œuvres
commandées par l’Etat
n’étaient pratiquement
jamais exécutées : elles
étaient mortes avant
d’être nées.”
Mettre l’Art
dans la rue
Par
Antoine Poncet
, membre
de la Section de Sculpture
Si j’avais à faire
un monument
dédié à Zidane,
je réaliserais un
volume abstrait.”
Fleur de taille,
collection privée
.
Antoine Poncet.
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