Ete_2004 - page 6

Exposition présentée au Palais de
l’Institut de France, Salle Comtesse de
Caen, 27 quai de Conti, 75006 Paris,
jusqu’au 22 août, du mardi au dimanche
de 11h à 18h, entrée libre.
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J
ean Lurçat, élu membre de l’Académie des Beaux-Arts le 19
février 1964, fut l’un des artistes majeurs de notre Compagnie
au cours de la seconde partie du XX
e
siècle.
Dès 1939,
celui qui avait été un peintre reconnu, influencé par le cubisme
puis par le surréalisme, s’attacha à redonner ses lettres de
noblesse à l’art du lissier. En élisant au sein de sa section de
Peinture un peintre-cartonnier, notre Académie officialisait la
renaissance d’un art depuis longtemps négligé avant d’être régé-
néré par Jean Lurçat.
L’œuvre de Jean Lurçat est immense : elle témoigne de la
multiplicité de l’inspiration de cet artiste multiple, qui créa
avec autant de bonheur des dessins, des peintures à l’huile,
des gouaches, des lithographies, des céramiques et des ouvrages
de bibliophilie. L’exposition organisée au Palais de l’Institut
permettra au public d’en découvrir un certain nombre. Toutes
les œuvres présentées font partie de l’importante donation faite
par Simone Lurçat à l’Académie des Beaux-Arts en décembre
2001. Cette donation est venue enrichir le patrimoine artis-
tique de notre Compagnie, qui en assurera le rayonnement et
fera mieux connaître l’œuvre de l’artiste, trop peu représentée
à Paris.
Le visiteur pourra découvrir une quinzaine de tapisseries,
datant de toutes les périodes de création de Jean Lurçat, qui
constituent un précieux échantillon de son œuvre tissée immense
- la plus importante que nous ait laissée un artiste au XX
e
siècle
- mais également des peintures, donnant un éclairage sur les
débuts de la carrière de l’artiste, des céramiques, ainsi que des
ouvrages de bibliophilie rarement montrés.
Arnaud d’Hauterives
, secrétaire perpétuel
La tapisserie c’est principalement chose d’architecture… C’est un objet, et dans son essence
un tissu, dont le devoir est d’habiller un peu de bâtiment à qui, sans cet ornement, eût sans
doute manqué un je ne sais quoi de charme, de passionnel.
Comment se présente à nous une tenture murale ? Eh bien, c’est un tissu rugueux, terrien, énergique,
souple, certes, mais par chance d’une souplesse moins courtisane que la soie ou le linon. Lourd. Et c’est
là où nous atteignons le centre du problème. Lourd de matière et lourd de signification. Car si toute
cette laine, toute cette toison nouée sur chaîne par des entrelacs et des nœuds savants et une attention
ouvrière sont de poids certain, si ce tissu est vraiment “retentissant”, c’est qu’en plus, il est lourd, et
lourd d’intentions.
C’est cela qui arrime sa somptuosité à l’homme et à l’édifice. C’est un tissu, et qui comporte donc un
duo. L’artiste et son exécutant. Et puis des outils, des peignes, des rouets, des métiers de chêne, des
tours de main, des secrets transmis de bouche à oreille ; des traditions familiales ; des conciliabules
journaliers entre l’artiste et son exécutant ; des apprentissages ; un souci constant du prix juste et équi-
table des choses ; un souci de la qualité des matières. Tout un chacun peut se précipiter sur une
toile, contre une toile et “l’envahir” de ses caprices. La tapisserie se venge, elle, de toute outrecuidance
puisque, si nous n’avons pas consenti à respecter sa spécificité, nous n’avons plus, l’ouvrage terminé,
en face de nous, que faux aspect, fausse monnaie, copie moquée par l’original ; masque ou grimace.”
Jean Lurçat
A gauche :
La Femme au voile rouge
, huile sur toile, 1928.
Ci-dessous :
La Belle armoire
, tapisserie, 1962.
Durant l’été, une exposition des œuvres
de Jean Lurçat, est présentée au Palais
de l’Institut de France.
Exposition
Jean Lurçat
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