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Voyage à Martigny
Par
Gérard Lanvin
, membre de la Section de Sculpture
L
e 28 mai, des membres de l’Académie des Beaux-Arts firent
le voyage de Martigny, dans le Valais Suisse, à l’occasion de
l’exposition
Les chefs-d’œuvre de la collection Phillips
(Washington)
, qui se tenait à la Fondation Pierre Gianadda. Elle
venait d’ouvrir et dure jusqu’au 27 septembre 2004.
Une soixantaine de peintures sont là rassemblées d’une collec-
tion surtout riche en œuvres du XIX
e
et du XX
e
siècle. C’est un
ensemble qui éclaire vivement les Temps modernes, voire post-
modernes, comme aussi leurs origines.
Dès l’entrée, un Gréco et un Goya traitent du même sujet, Saint
Pierre, et semblent livrer quelques clefs. Chardin ouvre à ce qui
est improprement nommé nature morte, un champ que déve-
loppe Cézanne, qu’explorent Braque, Juan Gris. Le paysage
triomphe, le groupe s’anime autrement :
Daumier, avec un des
grands formats présentés,
L’Emeute
, inspiré de la révolution de
1848 ; et Renoir plus encore, avec le
Déjeuner des canotiers
, qui
fait figure de manifeste. Ce ne sont là que quelques points forts.
Duncan Phillips voulait faire de sa maison de Washington,
agrandie et devenue musée, un lieu de relation et, disait-il, de
conversation. L’hémicycle de Martigny s’y prête à merveille,
encore que la paix qui y règne porte aussi au silence, un silence
que l’on voudrait dense comme une toile de Courbet,
traversé de fulgurations qui aussi bien qu’elles exercent l’esprit,
comblent l’œil.
le dialogue de
l’art et de la nature
Par
Paul-Louis Mignon
, correspondant
L
es académiciens des Beaux-Arts étaient, en Suisse, les hôtes
de leur confrère, associé étranger, Léonard Gianadda.
Martigny est une ville de quinze mille habitants entre les
hautes montagnes valaisiennes.
Dès la descente du train, l’art y
est présent.
Dans le passage souterrain que le voyageur doit
emprunter, Léonard Gianadda a eu l’idée de rappeler l’impor-
tance de la civilisation gallo-romaine dans la ville. Les parois
auxquelles il a prêté un décor de marbre, proposent une suite
de vitrines où sont exposées des poteries, des sculptures retrou-
vées dans la région. Aux ronds-points des avenues qui condui-
sent à la Fondation, Léonard Gianadda a dressé de grandes sculp-
tures d’artistes suisses.
La masse architecturale de la fondation semble répondre aux
montagnes environnantes et s’ouvre sur un magnifique parc de
sculptures, un espace vallonné que Léonard Gianadda a modelé,
où sont préservés les vestiges gallo-romains, où, ça et là, alter-
nent une végétation qu’il a conçue et d’admirables œuvres de
Maillol, Brancusi, Rodin, Bourdelle, Calder, César,
Dubuffet,
Arman, Poncet,
Moore, Ernst, Nicky de Saint-Phalle, Richier...
Et une mosaïque de Chagall.
Le bâtiment coiffe une ample salle qui accueille en son centre
des soirées musicales avec de grands artistes. Tout autour, sur
les murs, les tableaux forment une ronde saisissante, favorisant
le regard.
Questions à
Léonard Gianadda
Pourquoi avoir créé cette Fondation à Martigny ?
En 1976, deux événements simultanés changent le cours de
mon existence. Lors de fouilles entreprises à Martigny,
ma
ville natale, en vue de la construction d’un immeuble locatif –
je suis architecte et ingénieur – les archéologues découvrent les
vestiges d’un antique temple gallo-romain. J’obtiens
néanmoins le permis de construire, c’est-à-dire le permis de
raser ces vestiges, ce qui me dérangeait profondément.
Le 24 juillet de cette même année,
mon frère cadet Pierre est
victime d’un accident d’avion, à Bari dans le sud de l’Italie, au
retour d’une expédition zoologique en Egypte. L’avion prend
feu, Pierre s’en échappe mais deux de ses camarades restent
prisonniers de l’appareil en flammes.
Mon frère tente de leur
porter secours mais, grièvement atteint à son tour, décède une
semaine plus tard des suites de ses brûlures.
Je décide alors de bâtir une Fondation qui portera le nom de
mon frère, ce qui me permettait également de préserver les
vestiges du temple antique.
Quelle politique poursuivez-vous dans la constitution de
votre collection permanente et dans la programmation des
expositions temporaires ?
Je souhaitais que cette Fondation soit un lieu animé, vivant, où il
se passe quelque chose. D’où la nécessité de créer en permanence
des événements, d’où la programmation d’expositions
temporaires, de saisons musicales. C’est ainsi que nous avons
accueilli plus de six millions de visiteurs en vingt-cinq ans.
La Collection de la Fondation comprend principalement des
œuvres présentées dans ses jardins : un véritable parcours de
la sculpture du XX
e
siècle.
Quel bilan pouvez-vous tirer de votre action après ces
années de travail à Martigny ?
Le 8 juin dernier, Cecilia Bartoli donnait un nouveau concert
à la Fondation. Amie fidèle, elle revient chez nous chaque
année. Cecilia Bartoli qui chante en face du
Déjeuner des
canotiers
de Renoir : qu’aurais-je pu souhaiter de mieux ?
Comment souhaitez-vous développer votre travail et
orienter votre action dans les prochaines années ?
Je me suis trouvé au bon moment, au bon endroit. J’ai pu
disposer de moyens, de temps et surtout d’une santé qui m’ont
permis de réaliser un rêve fou, depuis plus d’un quart de
siècle. A mon âge, on ne tire plus de plans sur la comète :
à chaque jour suffit sa peine.
Visites d’expositions
La Phillips Collection à Martigny
Les “Chefs-d’œuvre de la Phillips
Collection de Washington” font
l’objet d’une exposition
exceptionnelle à la Fondation
Pierre Gianadda à Martigny
(Suisse), unique passage en Europe.
Des œuvres de Cézanne, Courbet,
Daumier, Degas, Van Gogh,
Monet,
et de vingt-sept autres artistes
parmi les plus grands, sont
exposées. Evénement rarissime, on
peut y admirer le célèbre tableau de
Renoir
Le déjeuner des canotiers
,
et plus de cinquante chefs-d’œuvre
de l’art européen.
Le visiteur va de surprise en surprise.
Dans une salle attenante
spécialement aménagée, la collection Franck offre un ensemble
d’œuvres de Cézanne, Van Gogh, Ensor, Lautrec, Picasso, Van
Dongen. Plus loin, un musée de l’automobile, superbe, rassemble
quarante et un véhicules de 1897 à 1939…
Surprenante création en mouvement que la Fondation Pierre
Gianadda dans le dialogue de l’art et de la nature.
Fondation
Pierre Gianadda
Martigny, Suisse
Jusqu’au 27 septembre
Tous les jours
de 9h00 à 19h00
Le déjeuner des canotiers
, Renoir, 1881.
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