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D
epuis plus de vingt ans, il réalise et expérimente
des maisons sous-marines et des vaisseaux
futuristes. Et rêve que l’humanité renoue avec ses
origines. Architecte du monde sous-marin, Jacques
Rougerie est un poète de l’océan qui, en ce début
du XXI
e
siècle, n’a renoncé à aucun de ses rêves.
E
n cette année de célébration de Jules Verne, il prouve
une fois encore qu’il se nourrit aux mêmes sources
de l’aventure humaine et que c’est bien l’océan qui
guide son souffle créatif. Car ce marin d’idées douces, voya-
geur impénitent de l’imaginaire de Jules Verne auprès de qui
il puise sa ferveur et sa foi en l’avenir, a adopté la maxime du
grand écrivain français : “Tout ce qu’un homme peut imaginer,
d’autres hommes sont capables de le réaliser”.
Jacques Rougerie conçoit et réalise ainsi depuis plus de vingt
ans les projets d’architecture marine les plus originaux de notre
temps. Passionné par la bionique marine, il s’en est inspiré
pour construire des vaisseaux et des habitats qui apprennent
à mieux vivre la mer et à mieux la comprendre. [...]
Sensibilisé à la préservation de l’espace naturel, Jacques
Rougerie est guidé par l’idée d’une nouvelle civilisation
d’hommes intégrés au milieu subaquatique, les mériens, qui
créeront leur propre mode de vie pour permettre de
préserver les équilibres biologiques océaniques. Ainsi, il
devient primordial pour l’architecte de conserver une osmose
parfaite entre le milieu, la structure et l’homme qui devra
y séjourner. Car le développement des maisons sous-marines
ne passe pas uniquement par la résolution technologique du
défi imposé par le milieu subaquatique. Il s’agit de créer un
espace de qualité de vie où le comportement humain puisse
s’épanouir. En ce qui concerne les lignes de force de l’archi-
tecture de Jacques Rougerie, elles s’appuient la plupart du
temps sur la parfaite image d’adaptation au milieu qu’offrent
la flore et la faune sous-marines.
Entre le premier projet du “Village sous la mer” aux Iles
Vierges (USA, 1973), conçu pour vivre et travailler sous la
mer, et “Galathée”, sa première maison sous-marine réalisée
en 1977, Jacques Rougerie a développé avec force et convic-
tion sa philosophie “d’habiter la mer” à travers de nombreux
projets ayant par la suite vu le jour : “Hippocampe” (habitat
subaquatique), “Aquabulles” (stations d’air immergées),
“Aquascopes” (semi-submersibles d’observation sous-marine),
“Aqualab” (habitat-laboratoire sous-marin) et “Aquaspace”
(trimaran à voile à coque centrale transparente). Jacques
Rougerie est de plus, et à chaque fois, allé au bout de sa
démarche en séjournant dans ses propres réalisations :
traversée en 1985 de l’Atlantique dans la nacelle transparente
et sous-marine de l’Aquaspace, premier Noël sous la mer, en
1981, à bord d’Hippocampe avec des enfants... [...]
L’entrée dans le troisième millénaire a permis à Jacques
Rougerie de faire la synthèse de toutes ces années de
recherche en créant la “Symphonie de la Terre”, une
sculpture jaillissant de la mer, traduisant en musique
toutes les vibrations de la Terre, puis une nouvelle généra-
tion “d’Aquaspaces” et “d’Aqualabs”. Toutes ces réalisations
l’ont amené à bâtir, enfin, son projet phare actuel, Seaorbiter,
une aventure humaine à travers les océans de la planète dans
l’esprit des grandes expéditions de notre temps.
Très attaché au monde des enfants comme aux valeurs
éducatives et pédagogiques, Jacques Rougerie est naturelle-
ment conscient que la société doit intégrer les bases de l’en-
seignement du monde marin. C’est pour cela qu’il est aussi
l’architecte de centres culturels et scientifiques de la mer,
terrestres ou sous-marins. [...]
Digne descendant du capitaine Nemo et de son créateur
auquel il voue une réelle admiration, Jacques Rougerie reste
avant tout un éternel passionné de la grande aventure humaine.
Ami d’illustres explorateurs, navigateurs ou astronautes, il
englobe dans une même vision les chemins de la découverte
de deux univers qui se ressemblent : “Deux grandes aventures,
les conquêtes spatiales et océaniques, ouvrent les perspectives
pluridimensionnelles de notre futur.
De part et d’autre du
miroir, les pionniers des espaces céleste et sous-marin parta-
gent finalement des rêves symétriques...”
Grande salle des séances, le 4 mai 2005.
C
ar nous avons tous une image, un souvenir,
mais
surtout une pratique très parcellaire du quartier des
Halles. Selon qu’on soit parisien ou francilien, rive-
rain ou touriste, voyageur ou voyeur, on fréquentera la piscine,
les cinémas, la Fnac, le Forum des Images, la rue Saint-Denis,
Agnès B ou Freelance. Beaucoup ne sortiront même pas de
la salle d’échanges du RER. C’est donc un site qui intéresse
potentiellement autant les touristes, la métropole, la ville, que
les quartiers centraux et les riverains, soit environ 800 000
personnes par jour qui traversent le forum. Personnes aux
attentes parfois contradictoires qu’il faut conjuguer.
Ce site possède un certain nombre d’atouts : une grande
accessibilité (3 lignes de RER et 4 lignes de métro), une
mixité de programmes publics et privés et un vide important
dans la ville dense (400 x 180 m), seul aspect positif de la
rénovation des années 70. Il comporte cependant un nombre
important de dysfonctionnements, que chacun peut ignorer,
minorer ou surévaluer, selon sa pratique personnelle. Pour
remédier à ceux-ci, nous proposons une stratégie de muta-
tion qui va changer progressivement mais fondamentalement
l’image du site :
1
Le rétablissement des continuités urbaines pour les
piétons, des Boulevards à la Seine, du Louvre à Beaubourg,
en supprimant, déplaçant ou diminuant les entrées ou sorties
de tunnels des voies souterraines
2
La réorganisation du site de manière à créer une synergie
entre une Bourse du Commerce plus ouverte sur la ville et
le jardin, et un Forum rénovés.
Cette synergie s’établit par un Cours traversant l’ensemble
du site et fédérant, côté Saint-Eustache, des pelouses et des
salons de verdure et côté rue Berger, des bandes de jeux, de
promenades, de parterres et de kiosques. L’ensemble cons-
titue un vaste jardin unitaire de 4 hectares, lisible et visible,
où une diversité d’usages peut s’exercer pour différentes
générations de population.
Ce Cours se poursuit jusqu’à la rue Lescot, enjambant l’an-
cien forum, et devient un passage public sous un toit, haut
de 9 mètres.
Un passage couvert comme en connaît Paris
depuis 1830,
mais à l’échelle du site et dans une écriture et
des techniques contemporaines. Réinterprétant la grande
croisée en plan de Baltard et dans l’esprit de ses pavillons
spacieux, ce passage est abrité par un toit exceptionnel de
145 x 145 mètres (un Carreau autrement dit). Ce “toit dans
un jardin” est plus bas que les pavillons Willerval existants
et s’intègre harmonieusement à la canopée des arbres. Epais
de deux mètres, il filtre la lumière du jour et scintille la nuit.
Un toit, ou plutôt une véritable 5
e
façade horizontale pour
les riverains et les visiteurs des terrasses panoramiques de la
Bourse, de Beaubourg et des points hauts de la Ville Lumière,
mais aussi une 6
e
façade en plafond pour les usagers d’un
forum redevenu Carreau des Halles. [...]
30 ans après sa précédente rénovation, l’avenir des Halles
est à nouveau en débat,
malgré un chantier interminable et
traumatisant. Il faut à tout prix éviter de réitérer cette expé-
rience. Ce projet tire les leçons du passé. Il propose des espaces
publics à l’échelle du site, des matériaux pérennes, un chan-
tier propre, grâce notamment à un phasage qui permet le main-
tien des activités, et notamment celles des riverains.
Grande salle des séances, le 18 mai 2005.
Un parcours
architectural
intimement
inspiré par la mer
Présentation de l’œuvre de
Jacques Rougerie
, architecte
Un toit dans un jardin
Par
David Mangin
, architecte, en charge du projet de rénovation du Quartier des Halles à Paris
Où est le centre de Paris ? Quel(s) centre(s) de Paris voulons-nous ? Mine de rien, c’est l’enjeu majeur de
cette consultation. Paris est soumis à une compétition entre villes européennes, à un marketing des villes
qui, si l’on n’y prend garde, peut lui faire perdre son âme et ses habitants. Paris doit et peut répondre à
ce défi en développant ses qualités propres et, surtout, en ré-intégrant d’emblée l’accès majeur des Halles
dans le système des grands espaces publics parisiens. Il faut élargir le centre de Paris si l’on veut répartir
l’offre résidentielle, tertiaire, commerciale, touristique, et non l’hypertrophier en un point nodal
privilégié. C’est à cette condition que l’on peut espérer maintenir la cohabitation des uns et des autres.
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ommunications
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