Ete_2005 - page 13

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A
ctualités
L
a mairie de Lille envisage en effet
d’engager des travaux visant à
doubler la hauteur des tribunes du
stade Grimonprez-Jooris, portant la
capacité d’accueil de celui-ci à 33 000
places. Ce stade avait été construit en
1975 dans la citadelle même.
Dans un article publié dans le journal
Le
Monde
daté du vendredi 20 mai, Arnaud
d’Hauterives, Secrétaire perpétuel, se fait
le messager de tous ses confrères pour
demander à Madame le Maire de Lille
de renoncer à ce projet. L’Académie des
Beaux-Arts souhaite en outre que la
mairie de Lille procède au démantèle-
ment du stade actuel pour rendre tous
ses volumes originaux à la Citadelle
Vauban, et qu’un nouveau site soit choisi
pour y construire un stade digne du XXI
e
siècle, vaste, aéré, bien desservi, repré-
sentatif de l’équipe de football du Lille
Olympic Sporting Club.
Réalisée par Sébastien Le Prestre de Vauban,(1633-1707), génial créateur
de l’architecture militaire française du XVII
e
siècle, la citadelle de Lille nous
est parvenue intacte dans son intégralité.
Commencée dès 1667, elle est
reconnue comme le chef-d’œuvre de Vauban, qui la qualifiait lui-même de “reine
des citadelles”.
En 1975, la mairie de Lille a fait construire dans la citadelle même, à la place des
défenses avancées, entre le fort du Grand Carré et le mur nord, un stade de 20 000
places, baptisé Grimonprez-Jooris. Aujourd’hui, à deux ans de la célébration du
tricentenaire de la mort de Vauban, la ville de Lille projette de doubler la hauteur
des tribunes du stade, portant la capacité d’accueil de celui-ci à 33 000 places.
On peut comprendre la pression sportive et politique qui a donné naissance à un tel
projet d’équipement public. L’Académie des Beaux-Arts demande cependant instam-
ment à madame le maire de Lille d’adopter une attitude “citoyenne” en abandonnant
ce projet dont le volume est manifestement incompatible avec celui de la citadelle.
Le stade actuel devrait lui-même être totalement éliminé, ce qui permettrait de para-
chever l’environnement végétal de qualité dont madame le maire de Lille entend
entourer la citadelle. Celle-ci pourrait ainsi à nouveau se présenter comme une tortue
aplatie et fondue dans la plaine, tapie dans la zone basse de la ville.
En revanche, si ce projet n’était pas abandonné, nos contemporains et nos
descendants seraient en droit de qualifier cette réalisation d’acte de vandalisme à
l’encontre d’un patrimoine unique.
Enfin, une véritable remise en valeur de la citadelle Vauban de Lille faciliterait
sans nul doute son classement par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité.”
Arnaud d’Hauterives
, Secrétaire perpétuel
Lettre ouverte parue dans
Le Monde
du 20 mai 2005
Création d’un
groupe de travail
représentant
l’Académie des
Beaux-Arts
A
l’initiative de Michel Folliasson,
membre de la section
d’Architecture, un groupe de travail a
été constitué par des représentants de
plusieurs sections de l’Académie des
Beaux-Arts. Pour l’Architecture :
Yves Boiret,
Michel Folliasson, Roger
Taillibert ; pour la peinture : Guy de
Rougemont ; pour la Sculpture :
Antoine Poncet ; pour la Composition
musicale : Laurent Petitgirard ; pour
les membres libres : François-Bernard
Michel ; les correspondants sont
représentés par l’architecte Robert
Chauvin et par l’écrivain et journaliste
Robert Werner.
Le but de ce groupe de travail est de
faire connaître la position de
l’Académie des Beaux-Arts vis-à-vis
des questions sur lesquelles elle juge
opportun d’émettre avis, critiques ou
conseils par voie de presse ou de
lettres adressées aux responsables
politiques concernés.
Les premières réunions, en décembre
2004 ont permis d’établir une liste des
sujets à traiter, par ordre d’urgence :
La citadelle de Vauban à Lille,
le village olympique des Batignolles,
l’énergie éolienne, la nouvelle
rénovation des Halles de Paris, le site
industriel du XXI
e
siècle de la
Manufacture d’Armes de Saint-
Etienne, la confrontation de certaines
autoroutes avec des sites majeurs, etc.
Non limitative, cette liste demande
une actualisation permanente.
Une première action de ce groupe
vient d’être engagée avec l’article
signé par Arnaud d’Hauterives
récemment paru dans le journal
Le Monde
.
D’autres interventions
sont en préparation, et dès la rentrée
le groupe de travail reprendra son
activité de réflexion et de réaction par
rapport aux questions d’architecture,
d’urbanisme et d’aménagement du
territoire qui nous concernent tous.
P
ierre Cardin, à l’avant-garde de la
seconde moitié du XX
e
siècle, crée
en 1977 une ligne de meubles qui sera
l’écrin et le prolongement naturel de
sa mode. Comme pour les vêtements,
différentes sources d’inspiration
vont le guider.
Ces meubles sont conçus comme
des sculptures, les formes sont rondes
tactiles et lisses comme chez Brancusi.
Pierre Cardin aime à s’affranchir des
formes établies ; couturier, il s’inspire
de celles du corps humain. La cons-
truction de certains meubles réside
dans l’articulation de formes géomé-
triques simples : pyramides, disques,
triangles renversés…A chaque forme
correspondent une matière, une
couleur : ainsi le métal rencontre le
bois naturel qui se confronte au bois
laqué coloré. L’influence des voyages
en Egypte et en Asie est perceptible
dans ces formes pyramidales et dans
ces surfaces laquées colorées.
Aujourd’hui, Pierre Cardin propose
un regard sur l’évolution de son
travail à travers une exposition de ses
meubles de 1970 à nos jours, au
Concept 2, 12 rue Palouzie,
93400 Saint Ouen
.
Un stade contre Vauban
l’Académie des Beaux-Arts prend position
A propos des meubles de
Pierre Cardin,
Maurice Rheims
,
de l’Académie française, écrivait
dans la
Tribune des Arts
en 1979 :
Pierre Cardin, c’est la
création faite homme : de la
mode dans laquelle il excelle, il allait
glisser naturellement vers le théâtre,
faisant d’une véritable et illustre
scène le champ de manœuvres
d’expériences théâtrales et musicales
parmi les plus originales montées ces
vingt dernières années.
Mais cela ne
pouvait suffire à son esprit de
modernité. C’est pour satisfaire ce
penchant qu’il a entrepris de
dessiner des meubles. Ses croquis,
ses maquettes, il les a confiés à des
ébénistes vosgiens.
De leurs mains
sont issues des armoires, des
consoles, des commodes, des
bureaux, des tables qui, tout en
remplissant la fonction originelle qui
leur est dévolue, se veulent
également éléments esthétiques.
[…]
Le fait que ces meubles soient
“taillés à toutes faces” - le dos est
aussi précieux que les vantaux et les
côtés – permet de les placer soit au
milieu d’une pièce souffrant le vide
ou mieux encore de les disperser
dans un espace trop vaste pour le
rendre plus humain : un peu le rôle
du massif sur une pelouse. A cela
s’ajoute le rappel au minéral ou au
végétal ; le visiteur sera frappé par
les formes et les couleurs, évoquant
de ravissants effets que la nature
s’ingénie à inventer ; et de même
qu’on se plaît à caresser le dos d’un
alto, on ne peut s’empêcher de
passer un doigt sur ces meubles
décorés de laque fraise, framboise,
prune, amande verte, évocateurs de
gourmandise et de sensualisme.”
Exposition
Evolution,
meubles
sculptures,
1970-2005
par Pierre
Cardin
L
’Académie des Beaux-Arts vient de prendre position contre le
projet de réaménagement de la Citadelle Vauban de Lille.
A droite :
Cercle Junior
, cercles chromés,
bois verni et laqué.
En haut, à gauche :
Champignon
,
meuble
en bois laqué.
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