Ete_2005 - page 4

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eine-Marie Paris est la petite-nièce de Camille
Claudel, la petite fille de Paul Claudel.
Dans la
famille, la personnalité de Camille n’était pas
évoquée, son prénom jamais cité, comme disparus dans un
passé qu’on se devait d’oublier.
Mais les sculptures qui
ornaient les demeures de son grand-père -
La Vague,
L’Abandon, Le Torse de la femme accroupie
- offraient un
décor, des présences familières.
Un jour, Reine-Marie
Paris éprouva le besoin de surmonter un silence auquel le
monde des arts participait. Le Larousse 2000 n’accorde
encore qu’une mention à Camille dans la longue notice consa-
crée à son frère.
“A vingt ans,
raconte Reine-Marie Paris
, grâce à un
marchand spécialisé dans l’Art nouveau, j’ai pu acheter ma
première sculpture, un tirage en bronze de
La Valse
réalisé
par le galeriste Eugène Blot qui, dans les années 1900, a beau-
coup contribué à la diffusion de l’œuvre de Camille.
A quoi répondait cette quête ?
Au départ, sans doute, à un souci de piété filiale, à la volonté
de réparer un injustice du temps et des hommes, à l’intérêt
artistique ensuite qui s’affirmait au long de mes recherches
et où se précisait l’originalité de la figure de Camille, telle qu’à
terme, j’ai pu la restituer dans un mémoire, dans l’ouvrage
que Gallimard a publié, dans le catalogue raisonné composé
avec Arnaud de la Chapelle,
mon mari.”
Dans cette démarche, elle ne pouvait compter sur aucune
aide de la famille.
“Dès que les circonstances s’y prêtaient, je continuais à
acquérir des sculptures, des dessins, comme celui de
La Valse
,
du
Docteur Jeans
et de sa fille
Florence
qui ont leur place
dans l’exposition.
Dès son enfance, Camille excellait dans le
dessin, en même temps qu’elle se faisait réprimander par sa
mère lorsqu’elle revenait, les vêtements maculés de la boue
qu’elle utilisait pour ses premiers modelages, mobilisant auto-
ritairement les bonnes volontés : “l’un bat la terre à modeler,
l’autre gâche le plâtre, le troisième pose comme modèle”.
Au lieu d’écrire sa vie, elle commençait à la sculpter.
Parmi ces aides, se trouvait Victoire Brunet, la servante des
Claudel ; elle a servi de modèle pour
La Vieille Hélène
, une
des premières sculptures en terre cuite, que j’ai pu retrouver,
un portrait buriné avec une exagération naturaliste qu’elle
tenait de son premier professeur, Alfred Boucher, elle avait
alors seize ans.”
Trente années ont permis à Reine-Marie Paris de consti-
tuer une collection de quelque soixante-dix œuvres sur la
centaine reconnue.
“Il faut avoir conscience que dans les dernières
années de son activité, Camille s’est attachée à
détruire, chaque année, ce qu’elle avait réalisé.
Dans le délire de persécution qui l’envahissait,
elle craignait que Rodin ne vînt s’en emparer.
Au fur et à mesure de mes investigations, j’ai
pu avoir la satisfaction de voir Camille Claudel peu
à peu retrouvée, les expositions se multiplier.”
Au Musée Marmottan Monet, le
visiteur sera à même d’embrasser
le parcours de Camille Claudel, de
La Vieille Hélène
qui témoigne
de la précocité de son talent,
jusqu’à deux des ultimes créations,
La Joueuse de flûte
, exemple d’un
art de la draperie, déjà remar-
quable, en 1884, dans le buste de son frère à seize ans, en
Jeune Romain
, et
La Vérité sortant du puits
que Reine-Marie
Paris a découverte en 1990.
Entre ces débuts et la fin, le visiteur suivra le compagnon-
nage de Camille et de Rodin – période où la jeune femme
subit l’influence de son maître,
mais n’en révèle pas moins
dans la grande sculpture
Sakountala
des traits qui lui sont
propres. Souvent comparée au
Baiser
de Rodin, elle s’en
dégage par l’esprit et par un érotisme empreint de tendresse
très éloignés des empoignades amoureuses de son maître.
Puis vient le temps des recherches de Camille pour se défaire
du “rodinisme” et affirmer un génie personnel.
“Mon vœu, mon objectif,
conclut Reine-Marie Paris
, serait que
cette collection s’inscrive dans un Musée Camille Claudel
.”
En quête de Camille Claudel
Entretien avec
Reine-Marie
Paris, par
Paul-Louis Mignon
, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts.
Dossier
Reine-Marie Paris
,
petite-nièce de Camille Claudel
et petite-fille de Paul Claudel.
Mon vœu,
mon objectif, serait
que cette collection
s’inscrive dans
un Musée
Camille Claudel.”
La Joueuse de flûte,
bronze, 1903.
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