Ete_2012 - page 28-29

Brigitte Engerer
La pianiste Brigitte Engerer s'est éteinte à l'âge de 59
ans. Premier prix au Conservatoire de Paris à l'âge de
15 ans, et d'un prix au concours Long-Thibaud, deux
ans plus tard, elle avait choisi d'aller se perfectionner
au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou. Devenue la
plus russe des pianistes françaises, elle était corres-
pondante de l’Académie des Beaux-Arts et enseignait au
Conservatoire de Paris. Elle avait reçu en 2011 une victoire
de la musique pour l'ensemble de sa carrière.
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à quoi sert d’être un peintre si cela ne
crée pas un peu plus de bonheur pour les
hommes ? N’est-ce pas aux poètes et aux artistes qu’il
appartient d’offrir au monde un art de vivre ? »
C’est en vous citant, Georges, que je ressens ce
privilège d’être (titre de votre premier livre), ce
privilège d’avoir partagé une amitié de cinquante
ans sans ombre, mais y-a-t-il de l’ombre dans vos
œuvres, et il y en a si peu dans les miennes !
D’une sensibilité inquiète quoique conquérante, vous
étiez nerveux, courageux, généreux, un seigneur royal,
courtois, attentionné à l’autre et drôle également.
Nous nous disions « vous », le tutoiement
n’ajoutait pas à l’amitié.
Que de moments rares m’avez-vous offerts, que de
déjeuners arrosés de votre champagne Deutz en votre
triclinium, à côté du trône d'Attila, que d’odyssées
champêtres à haut risque dans votre Mercedes
teutonique des années 30, casqué de cuir, lunettes
d’aviateur, moustaches au vent ; vous vouliez éviter les
autoroutes car il y a ces tunnels qui vous paniquaient !
La Révolte, La Vitesse, Le Risque, Le Signe, La Lucidité
dans l’extase
, peindre en public d’immenses toiles en
quelques minutes, une théâtralité ? Cette théâtralité n’était-
elle pas déjà celle mystérieuse des peintres de Lascaux
avec leurs fresques peintes certainement à toute vitesse ?
Georges, vous étiez un samouraï du geste. Nous
comprenons vos triomphes au Japon où l’on vous
célébrait comme un Dieu. La rapidité de votre geste
pictural vous était naturelle, c’était votre signature.
Notre signature sera-t-elle le dernier signe
tracé par la main de l’homme ?
Par vos fulgurances à la pointe du pinceau, vous vous
projetiez dans le vide. Autour du signe se crée le vide, on
est pris au piège, moment exquis, on stigmatise son émotion,
on s’abstrait, alors Georges, vous deveniez un autre
vous-même, comme en apnée. Voilà le risque maximum, la
joie d’un samouraï du geste et si vous vous propulsiez par
Georges Mathieu
Le peintre Georges Mathieu nous a quittés.
Voici le discours prononcé en son hommage par
le graveur Trémois, son confrère et ami, à Notre
Dame de Paris le 18 juin dernier.
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vos traits de pinceau, c’est que le trait est chose abstraite.
Certaines de vos œuvres atteignent la transcendance, elles
deviennent sacramentelles, très proches du sacré chrétien.
De fulgurances en éclatements flamboyants, rôde parfois
Éros. L’amour de Dieu est aussi Éros. Notre Saint-Père
le Pape le confirmait. Et nous en parlions avec pudeur.
Georges, vous étiez un homme de passion. La vie
vous dévorait, la solitude vous taraudait, il s’y mêlait
l’inquiétude. Passion lyrique, passion mystique…
Vous êtes le créateur de l’abstraction
lyrique, création immortelle.
Paul Valéry le soulignait ainsi : « Le lyrisme est
enthousiasme, les odes des grands lyriques furent
écrites sans retour, à la vitesse de la voix du délire
et du vent de l’esprit soufflant en tempête ».
Une partie importante de votre œuvre, Georges,
est un hymne à la joie. Combien je me suis amusé
en votre compagnie. Vous aviez le sens de la fête.
Cette « fête de l’être », comme vous la définissiez.
Vos victoires ont toujours été des victoires sur
vous-même. Votre narcissisme vous y obligeait
pour vos combats. S’oublier pour être.
Vos combats, vos prises de position  inconfortables
masquaient une simplicité doublée d’une angoisse profonde.
Vous aurez été l’homme de toutes les rébellions, autant
esprit provocateur demandant par exemple la suppression
de Ministère de la Culture, qu’esprit agitateur, qui par
son incessante et tonitruante action, voulait remettre
à l’honneur l’éducation artistique dans les écoles.
Georges, vous qui fûtes l’un des grands créateurs
du XX
e
siècle, vous nous quittez tel ce chevalier, que
j’imagine revêtu d’une armure étincelante, descendant
majestueusement de son mausolée vers l’au-delà,
tel le Maréchal de Saxe immortalisé par Pigalle.
Nous sommes émus de vous dire au revoir ici-même, dans
cette cathédrale de Paris, haut lieu de la Chrétienté, qui
porte le témoignage des grandes heures de notre histoire,
que vous avez tant magnifiées dans votre œuvre.
Donnez-moi encore ce dernier privilège, celui du plaisir
de vous citer : «  Je suis toujours et partout seul. Il n’est
de solitude que solitude morale. L’artiste exprime sa
douleur profonde et par là, rejoint tous les autres hommes.
Parfois, par éclairs, il exalte sa joie fugitive, et offre
pour d’autres le réconfort d’une illusion de bonheur. »
Georges, à Dieu. »
Jacques
Taddei
La disparition à 67 ans de Jacques Taddei a
donné l’occasion de souligner, lors des nombreux
hommages qui lui ont été rendus, l’éventail très large
de ses activités : pianiste (Grand Prix Marguerite Long-
Thibaud 1973), organiste (titulaire des Orgues de Sainte-
Clotilde), maire adjoint à la Culture de Rueil-Malmaison,
fondateur du Concours International d’Orgue et du
Festival d’Art Sacré de la Ville de Paris, directeur du
CNR de Paris, président de l’Académie d’été de Nice,
directeur de la musique à Radio-France, directeur du
Musée Marmottan Monet, la liste est très impressionnante.
Mais l’étendue de cette carrière et des réalisations qui
y sont attachées ne doit pas faire oublier la sensibilité
à fleur de peau de cet homme hors du commun.
Alors que les débuts couronnés de succès de sa vie de
pianiste lui ouvraient la voie d’une carrière toute tracée,
il se tourne vers l’orgue et profite de l’enseignement
de Pierre Cochereau et de Marie-Claire Alain, tout
en suivant les cours de composition de Tony Aubin. Il
disposait alors des clés pour assumer l’une des grandes
passions de sa vie, l’improvisation, discipline au nom
de laquelle il a été élu en 2001 membre de la section de
Composition musicale de l’Académie des Beaux-Arts.
L’orgue était l’instrument qui lui permettait de
conjuguer à la fois les plaisirs de la recherche des
timbres, de la découverte de musiques nouvelles et
de l’improvisation avec sa foi de chrétien engagé.
La manière dont il a intégré l’improvisation à la
liturgie, qui a été merveilleusement évoquée par
le Père Rougé lors de la messe d’adieu du 2 juillet
dernier à l’Eglise Sainte-Clotilde, restera un exemple
de parfaite communion entre l’art et la religion.
La dernière chose que l’on pourrait attendre d’un
improvisateur, art de l’éphémère par excellence, c’est
qu’il soit parallèlement un bâtisseur, c’est là l’un des
paradoxes les plus étonnants de la vie de Jacques Taddei.
Avec une énergie indestructible, cet homme a inventé
des structures nouvelles, conçu des lieux en étroite
collaboration avec les architectes, ne laissant rien au
hasard et surtout sachant créer les équipes en charge de
faire vivre les événements et les lieux qu’il avait créés.
Sa carrière se sera achevée sur un véritable
triomphe, la résurrection du Musée Marmottan
Monet dont les académiciens, impressionnés par
sa très grande connaissance de l’art pictural,
lui avaient confié la direction en 2007.
A son épouse Anne-Louise, à ses deux filles Colombe
et Olympia, notre Compagnie veut témoigner de son
affection, de sa très grande tristesse et de son admiration
pour l’œuvre accomplie par Jacques Taddei. »
Nous déplorons la soudaine disparition
de Jacques Taddei, membre de la section
de Composition musicale et directeur du
Musée Marmottan Monet. Son confrère
Laurent Petitgirard lui rend hommage.
Photo : Brigitte Eymann
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