Ete_2012 - page 6-7

| 7
6
|
On le sait, la télévision est un immense espace. Certains
souhaitent, en toute légitimité, le transformer en centre
commercial abritant une multitude de magasins plus ou
moins spécialisés. D’autres préfèrent l’organiser en maison
de la presse offrant 24 heures sur 24 une succession de
rendez-vous d’information, véritable kiosque à journaux.
D’autres encore optent pour l’équipement du lieu en salles
omnisport ou en complexes de cinéma. D’aucuns choisissent
l’option polyvalente où se succèdent tous les genres à la fois,
selon les jours, les saisons, les modes ou la volonté, inspirée
ou pas, de certains dirigeants. Malgré l’obligation légale pour
les chaînes de télévision d’être moteurs de cette création,
rares sont celles qui ont essayé de s’engager dans une vraie
démarche artistique et culturelle.
Or qu’est ce que la création sinon la force vivante et
régénératrice de la culture ?
Nous connaissons tous la contribution de cette dernière à
la nation, son rapport au collectif et son rôle sur le chemi-
nement personnel d’un individu offrant à chacun le terrain
de sa propre aventure humaine. Par touches successives, elle
façonne une société autant qu’elle construit l’Homme, le
sculpte, le rend singulier. Grâce à elle, il devient une pièce
unique sur l’échiquier du monde.
Si, comme je le pense, la culture est une porte sur
soi-même, elle est aussi à la fois un enracinement et une
élévation.
Enracinement dans la société à laquelle l’individu appar-
tient et élévation au dessus de lui-même, comme un dépas-
sement, comme une transcendance.
Culture et télévision ! Voilà deux mots qui semblent coha-
biter difficilement de nos jours et dont certains voudraient
d’ailleurs qu’ils soient définitivement antagonistes, irrémé-
diablement inconciliables comme s’ils étaient le fruit de
deux familles, les Montaigu et les Capulet, qui se querellent
depuis la nuit des temps.
Quand on interrogeait Mozart sur le sens de sa vie,
il répondait : « Je cherche… Je cherche deux notes qui
s’aiment ». Eh bien, je considère que « création » et « télé-
vision » ou plus généralement « culture » et « télévision »
peuvent être ces deux notes-là…
Deux notes que seule la télévision de service public
semble pouvoir réunir.
Un idéal soumis à la cohabitation de trois conditions : une
vision, des moyens, des idées… Vision stratégique d’une
équipe dirigeante, volonté et moyens d’un actionnaire ; enfin
imagination et liberté d’expression des créateurs.
Certes la période est complexe, aucun pays n’échappant
aux cures sévères d’austérité budgétaire. C’est un fait,
inutile de le nier. Encore faut-il que cette réalité n’en cache
pas une autre, à savoir : l’absence d’ambition et le manque
d’audace.
Parler de création à la télévision, c’est définir avant tout la
place de la culture au sein de ce média de masse et prendre
conscience de l’impérieuse nécessité de mettre les œuvres
de l’esprit à la portée du plus grand nombre. Ne faut-il pas
ouvrir le débat ?
« Je suis la voie qui cherche des voyageurs » écrivait Saint
Augustin. La culture procède de la même démarche. Elle
est cette voie en quête de voyageurs et c’est à la télévision
de service public de les lui apporter.
Alors, mais seulement alors, création et télévision chemi-
neront ensemble d’un même pas.
u
A
u début de l’année, le Conseil supérieur de l’Audio-
visuel (CSA) rendait possible la naissance de six
chaînes supplémentaires. Elles viendront s’ajouter
prochainement à toutes celles déjà disponibles via le satellite
ou la télévision numérique terrestre (TNT).
Depuis près d’une décennie, l’offre de programmes s’est
ainsi fortement élargie. On s’en réjouit. S’en est-elle pour
autant enrichie ? La réponse ne satisfera, je le crains, aucune
des personnes qui cherchent sur le petit écran à satisfaire un
appétit culturel. Alors que ne cesse de s’étendre le paysage
audiovisuel, les œuvres dites de « création » ne fleurissent
pas davantage.
En effet, pour des besoins de rentabilité, les modèles
économiques de ces nouvelles chaînes contraignent les
opérateurs à privilégier la rediffusion, l’achat de programmes
étrangers largement amortis, la production « low cost », bref
à mettre en berne le pavillon de la création française.
L’affichage d’une promesse éditoriale innovante sert
parfois d’alibi au commerce des fréquences. La réalité
s’avère,
in fine
, dénuée de toute originalité.
D
ossier
Création et télévision :
deux «notes» qui se cherchent !
Par
Patrick de Carolis
, membre de la section des Membres libres
L’art et la
technique
Entretien avec
Jean-Jacques Annaud
,
membre de la section des Créations artistiques
dans le cinéma et l’audiovisuel
Nadine Eghels : Abordez-vous votre travail de
réalisateur de manière significativement différente
qu’il s’agisse d’une fiction ou d’un autre projet
audiovisuel, d’un film publicitaire par exemple ?
Jean-Jacques Annaud : Il ne s’agit pas du tout du même
investissement. Pour un long-métrage, on crie ses propres
convictions, on s'ouvre le ventre. Pour un film publicitaire, on
loue son savoir-faire à une marque.
N.E. : La créativité est-elle à l’œuvre différemment lorsqu’il
s’agit d’une fiction ou d’un film publicitaire, et en quoi ?
J-J.A. : La part de création qu'un cinéaste peut apporter à
un film publicitaire est variable, comparable au travail d'un
romancier qui se prête au jeu de l'écrivain public. D'abord
écouter ce que le client souhaite exprimer. Puis traduire
ses idées fidèlement, si possible plus élégamment et
efficacement qu'il ne l'aurait fait lui-même. Dans le cas où
les idées soumises sont confuses et embryonnaires, il arrive
que la lettre devienne plus celle de l'écrivain que de son
commanditaire et, pourquoi pas, aboutisse à un petit chef
d'œuvre épistolaire de commande.
N.E. : Quels sont les avantages pour la création que présente
la commande d’un film publicitaire ? Quels ressorts créatifs
spécifiques cette commande vient-elle mobiliser ?
J-J.A. : Outre une sorte de mécénat qui permet à
beaucoup de survivre en attendant de pouvoir réaliser le
prochain long-métrage, le film publicitaire est souvent
pour les cinéastes un terrain d'expérimentations, une
occasion de tester des technologies nouvelles, le
prétexte à de fructueuses rencontres professionnelles.
C'est surtout le moyen idéal pour apprendre à « faire
court », à « cadrer efficace » à « couper sans gras ».
Mais l’expression sur quelques dizaines de secondes présente
un nombre considérable de risques et de défis. Impossible
d'émouvoir en un temps aussi court. On peut épater, amuser,
étonner, charmer. La publicité est le domaine  - certains diront
« l’art » - de l'instantanéité : le slogan qui percute, la réplique
qui fait mouche, la ritournelle de trois notes qui obsèdent,
Plateau du magazine de France 3,
Des Racines & des Ailes
.
Ce numéro spécial du 11 mars 2010 était consacré au patrimoine
exceptionnel de la Côte d'Azur, rendue célèbre par les
Anglais au XIX
e
siècle.
1,2-3,4-5 8-9,10-11,12-13,14-15,16-17,18-19,20-21,22-23,24-25,26-27,...32
Powered by FlippingBook