Ete_2013 - page 18-19

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N.E. : En quoi l’architecture particulière du lieu est-elle
déterminante (ou non) pour y développer ce projet ?
D.F. : La particularité était d’unir un bâtiment ancien (la
Briqueterie) qui disposait d’un vaste espace pour y faire
sécher les briques et un bâtiment nouveau qui permettrait
d’accueillir un plateau scène. C’est la structure même de la
Briqueterie qui fut déterminante car avec une largeur de
14 m et une hauteur de 8 m, l’architecte pouvait y installer
3 studios de répétition d’un beau volume chacun.
Les lignes de force du bâtiment : un lieu très lumineux car
traversé par la lumière, des espaces généreux, couloirs et
studios de danse, s'ouvrant sur l'extérieur, au cœur d'un îlot
fortement urbanisé.
N.E. : Quelles sont les grandes lignes de votre
projet artistique ?
D.F. : La Briqueterie est un outil de travail. Elle doit
permettre d'accueillir les artistes et de leur offrir les meil-
leures possibilités de mettre en place leurs projets. Le projet
artistique est de faire se croiser les univers, de multiplier les
connexions avec les artistes, les étudiants des universités et
des écoles d'art. Que ce soit un lieu de fabrique fortement
immergé dans son tissu urbain en relation avec les théâtres,
musée d'art contemporain et scènes diverses.
La Briqueterie fait partie du réseau national des Centres
de développement chorégraphique qui soutient la création,
la diffusion et développe les champs de la sensibilisation à
l'art chorégraphique. La danse a élargi ces dernières années
son périmètre de pensée et nous recevons en priorité les
compagnies de danse mais pas seulement : par exemple,
nous accueillons également le Diplôme Universitaire de
Paris 8 « Techniques du corps et monde du soin ».
N.E. : Quel rapport au public comptez-vous
développer dans ce lieu ?
D.F. : Nous souhaitons créer un lien ludique entre les
artistes qui fréquentent le lieu et des publics très divers qui
seront invités à des rencontres, des présentations d'étapes
de travail, des avant-premières. Mettant l’accent sur notre
territoire et la diversité de sa population, nous tisserons
des liens afin que le travail qui s’effectue derrière nos murs
parvienne jusqu’au plus grand nombre. Plusieurs projets
participatifs ont déjà été initiés, par exemple autour du
thème du travail avec le chorégraphe Philippe Jamet.
Depuis l'ouverture de la Briqueterie, nous avons multiplié
les visites guidées pour satisfaire la grande curiosité du
public. Les Journées du Patrimoine seront largement
ouvertes, et notre plate-forme professionnelle, les Plateaux,
se déroulera en partie à la Briqueterie.
C'est un lieu qui permettra également de mettre en relation
les artistes avec les équipes des théâtres du département.
Nous allons proposer des rendez-vous réguliers pour que
ces artistes partagent leurs recherches ou leurs projets
chorégraphiques.
N.E. : Quels sont vos projets actuellement,
quels publics vivent-ils ?
D.F. : Trois compagnies sont associées à la Briqueterie pour
une durée de trois ans : la Cie Toujours après minuit, la Cie
Gilles Vérièpe et la Cie Anne Collod. Par leur présence et
les actions qu'elles mettent en place, ces compagnies vont
installer un rapport de proximité avec la Briqueterie et les
publics.
En outre, nous avons lancé un « appel à mémoire » autour
de la présence de cette Briqueterie sur ce territoire (100
ans de vie ouvrière). De nombreux témoignages nous
parviennent, photos, entretiens, la mémoire se réactive par
la présence de la danse. Nous mettons en place le projet
« Métamorphoses » avec le soutien de la Commission
Européenne et deux partenaires européens : les Brigittines
à Bruxelles et le Zamek Culture Centre à Poznan (Pologne)
autour de la question des lieux et des traces de l'histoire,
en lien avec la métamorphose des lieux : mémoire ouvrière
pour la Briqueterie, mémoire religieuse pour la chapelle des
Brigittines et mémoire politique pour le Zamek, dernière
demeure impériale et plus récemment, le château du Zamek
devait abriter le gouvernement d'Hitler. Ces trois lieux ont
la particularité d'avoir conservé trace de leur passé et ont
été rénovés pour en faire des lieux de danse ou d'art et de
mouvement. Le projet « Métamorphoses » va convier trois
équipes chorégraphiques, un cinéaste et trois projets in
situ en lien avec le territoire. Trois projets auront lieu en
2014 : en avril à Bruxelles, en mai à Poznan et en juin à
Vitry-sur-Seine.
Ces projets feront largement appels aux publics les plus
divers, intéressés par le sujet : habitants de proximité,
étudiants, chercheurs.
N.E. : Quels sont vos objectifs à moyen terme,
au niveau artistique et au niveau public ?
D.F. : L'objectif est d'accompagner l'ouverture du champ
des esthétiques, de relier l'art à la société, de favoriser la
perméabilité entre les formes artistiques et de favoriser sa
D
ossier
préhension par le plus grand nombre. Les artistes doivent
prendre toute leur part dans le champ social et politique. La
Briqueterie pourrait être ce lieu de partage des expériences,
en favorisant les rencontres et les mises en relation.
Nous souhaiterions inciter les publics à la curiosité envers
des choses inconnues, hors de certains sentiers battus.
Nous souhaiterions que la Briqueterie soit également un
lieu d'information, un relais, autour de la danse, à travers
la revue
Repères, cahier de danse
, les « mallettes pédago-
giques » autour de l'histoire de la danse, les conférences,
les débats et d'autres formes de rencontre (visites dansées,
balades urbaines, brunchs chorégraphiques, spectacles dans
le jardin ou sur le parvis, spectacles ou événements).
N.E. : Comment percevez-vous le paysage de la
danse contemporaine aujourd’hui, quelles en sont les
grandes tendances, et comment la Briqueterie
peut-elle s'y inscrire ?
D.F. : Une nouvelle vitalité internationale de la danse et
des arts mettant en jeu le corps dans toutes ses compo-
santes, intime mais aussi collectif, politique. Il y a désormais
plusieurs générations de chorégraphes très présents sur la
scène internationale, le champ des esthétiques s'ouvre, les
grandes figures tutélaires, très respectées, ont cédé la place
à une explosion des formes et des processus, mais dans un
désir de réinterroger le passé, de le faire revivre, de cher-
cher dans les œuvres ce qui peut éclairer les mouvements
de société. La danse concerne tout un chacun. Les artistes
chorégraphiques sont conscients de la nécessité d'une
présence poétique plus forte dans un monde bousculé. C'est
une période passionnante qui s'ouvre à nous.
Il y a une nouvelle page à écrire où les artistes vont prendre
une place essentielle dans le mouvement de pensée, au
niveau international, des expériences se nouent...
La Briqueterie va participer à ce flux, à créer du lien, en
ouvrant ses portes, à poursuivre les repérages de projets
et à essayer de relier ce qui nous est proche à ce qui nous
est étranger.
u
Page de gauche : le bâtiment, côté cheminée, mis en lumière par
Yann Toma. Photo © Luc Boegly
En haut :
Les Corbeaux
, chorégraphie de Josef Nadj sur une composition
musicale d'Akosh Szelevényi.
Photo © Rémi Angeli
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