Ete_2013 - page 20-21

20
|
| 21
C
e spectacle est né du désir de Blanca Li de mettre
en scène le chant et la danse, avec l’idée d’une cho-
régraphie faisant chanter les danseurs et danser les
chanteurs. La rencontre avec Catherine Simonpiétri et
l’Ensemble vocal Sequenza 9.3 a concrétisé ce projet réu-
nissant huit chanteurs, huit danseurs et une percussionniste
pour une durée d’une heure.
Mes premiers contacts avec Blanca portèrent d’abord sur
la partition : Blanca ne lit pas la musique, les danseurs non
plus : comment rendre intelligible mon propos ?
La deuxième question concernait le livret, et le texte.
Blanca voulait faire un spectacle sur « L’Amour »... Oui, mais
encore... Le texte ? À moi de le trouver.
C’est alors que j’ai eu l’idée de lui proposer des séances
d’improvisation avec les interprètes. Elle me donna
quelques thèmes à partir desquels j’imaginai des modes
de jeux vocaux sur lesquels les danseurs improvisèrent.
Inénarrables et passionnantes séances filmées, qui consti-
tuèrent la trame du spectacle, et sur lesquelles se fixa mon
écriture vocale.
Suivit le livret : Blanca me donna un enchaînement
d’une dizaine de séquences évoquant divers stades de l’état
amoureux, avec des indications scéniques issues de notre
précédent travail. Quant au texte, je pris des extraits de
chansons en anglais, espagnol, français, italien. Puis Blanca
m’annonça le titre :
Corazon loco
,
Cœur fou
...
Après quelques répétitions musicales eut lieu la confronta-
tion avec la danse : laborieuse au départ. Pour les danseurs,
difficulté de mémoriser la musique, et difficulté rythmique.
«Corazon loco»,
une expérience unique
Par Édith Canat de Chizy
, membre de la section de Composition musicale
D
ossier
La Fabrique
d’images
Par
Patrick Bensard
, directeur de la Cinémathèque de la Danse
U
n jour, on avait demandé à Jean Cocteau ce qu’il sauverait si sa maison brûlait. Il
répondit sans hésiter : « le feu » ! Toutes proportions gardées, le feu de Cocteau, c’est
un peu la Cinémathèque de la Danse, son équipe, sa vitalité, l’activité foisonnante
qu’elle distille et propage depuis 30 années... Car sa richesse n’est pas uniquement
celle de ses collections. L’équipe de la Cinémathèque de la Danse est réunie autour
de la passion de l’esprit du cinématographe (encore Cocteau !) et de la danse. Cela
signifie débats, échanges d’idées, controverses, joutes intellectuelles et oratoires qui
ne peuvent qu’être favorables à la vie des idées et à l’enthousiasme qu’une équipe porte
à son travail. La Cinémathèque de la Danse est peut-être atypique mais c’est proba-
blement la caractéristique d’une institution occupée à sans cesse imaginer et inventer.
La question de l’évaluation des films de danse faisant partie de nos collections s’est
faite au fur et à mesure de l’avancée de notre travail. Ce sont les reflets de nos goûts
en matière de cinéma et de danse. Nos années de cinéphilie, de fréquentation de
la Cinémathèque Française d’Henri Langlois, nous ont amené à discerner les films
médiocres des authentiques chefs d’œuvres. Mais quelle importance de savoir (sans
avoir recours à la doxa chorégraphique) distinguer un bon film d’un mauvais ? Les
bons films de danse donnent une image de l’art chorégraphique où la danse et son
image tendent à l’excellence de leur écriture. Cette distinction pratiquée entre bons
films et films médiocres peut paraître subjective. Elle l’est. Mais cette exigence
est nécessaire pour ne pas encourager la production et la prolifération des films
médiocres. Elle aiguise aussi le goût et le jugement en apportant à une collection son
élégance, sa valeur et son style.
En référence à la politique des auteurs mené par la critique des
Cahiers du Cinéma
dans les années 1950/1960, la Cinémathèque de la Danse aura dès le début mené
avec intransigeance une réflexion sur la danse, ses danseurs, ses chorégraphes,
les films de danse, leurs cinéastes... Avant l’existence de la Cinémathèque de la
Danse, qui aurait songé par exemple à dire que François Weyergans avait filmé d’une
manière remarquable Maurice Béjart, que Charles Atlas était le plus grand cinéaste
de danse contemporain, que Jerome Robbins réalisait ses chorégraphies inspiré par
l’écriture cinématographique, que Thierry De Mey était un brillant auteur, que le style
de Lucinda Childs était inspiré par Robert Bresson, que Dominique Delouche filmait
avec excellence les étoiles du ballet de l’Opéra de Paris et conduisait parallèlement
dans ses films une réflexion exigeante sur l’art chorégraphique et sa transmission, ou
que le cinéaste anonyme qui avait filmé les quatre solos visionnaires de Mary Wigman
avant-guerre était probablement Murnau.
Afin de ne pas voir effacer 30 ans d’idées et d’événements, voici quelques repères :
la Cinémathèque de la Danse est créée en 1982 par Costa Gavras et Igor Eisner.
Elle inaugure en 1984 les « Nuits Thématiques » à la Cinémathèque de Chaillot.
Pendant 4 ans et demi, elle a projeté les plus belles comédies musicales du monde
à l’Opéra Garnier devant des salles combles ; au fil du temps, elle a constitué une
véritable collection de films sur le jazz, sa musique et ses danses, et elle a accueilli
Roland Petit et Zizi Jeanmaire, Jean Babilée, Lucinda Childs, Charles Atlas, Thierry
de Mey, Philippe Collin, Dominique Delouche, Tony Gatlif, Phillipe Decouflé, Merce
Cunningham, Lia Rodrigues, Maurice Béjart, Maguy Marin, Jean Rouch, Leslie Caron,
Trisha Brown, Meredith Monk, Sylvie Guillem, le funambule Philippe Petit, Jérôme
Bel, Babette Mangolte, Murray Lewis, Benoît Jacquot. (...)
Une antenne de la Cinémathèque de la Danse est créée à Pékin en novembre 2012.
En France, la Cinémathèque de la Danse réalise environ 300 projections par an et en
2012, Gilles Jacob et le Festival de Cannes 2012 lui ont rendu hommage.
u
Illustration : extrait du documentaire
Lucinda Childs
, consacré à la célèbre chorégraphe
américaine et réalisé par Patrick Bensard, 2007.
Pour les chanteurs, certaines postures, par exemple celle
du poirier la tête en bas, leur rendaient la tâche quasi
impossible... D’autre part il fallait résoudre le problème des
chanteurs sur scène quand ils ne dansaient pas, et celui de la
place du chef. Quant à la percussionniste, elle dut jouer sur
un marimba poussé sur scène, portée par deux danseurs...
Mais la chorégraphie s’élabora peu à peu, nourrie par
l’inépuisable imagination de Blanca.
Les répétitions à la Maison de la Musique de Nanterre
durèrent plus de quinze jours et ouvrirent une autre étape
très importante : la mise en place du décor (Pierre Attrait),
les jeux de lumière (Jacques
Châtelet), et surtout l’apport de
la vidéo (Charles Carcopino),
trois remarquables artistes qui
ont définitivement donné corps
au spectacle.
Après l’Odyssud de Blagnac, les dix jours de représen-
tations en janvier 2007 au Théâtre National de Chaillot
apportèrent chaque soir d’autres transformations, devant
une salle pleine. Suivirent une cinquantaine de reprises en
France, Espagne, Pays-Bas, puis un film documentaire,
Pas
à pas
, making-off du spectacle, sorti en salle en 2010.
Je garde pour ma part un souvenir ému de cette étroite
collaboration avec la personnalité si généreuse de Blanca
Li, m’exposant ses doutes, ses revirements, ses trouvailles,
me faisant découvrir de l’intérieur la complexe élaboration
d’une chorégraphie.
Une expérience unique, qui m’a appris tant de choses...
u
Corazon loco
, spectacle de Blanca Li,
musique et texte d’Édith Canat de Chizy,
avec l’Ensemble Sequenza 9.3 dirigé
par Catherine Simonpiétri.
Illustrations : extraits du
documentaire
Pas à pas
,
« making of » du spectacle.
Réalisation Blanca Li,
édité par Film Addict, 2008.
Puis Blanca
m’annonça le titre :
Corazon loco,
Cœur fou...
1...,2-3,4-5,6-7,8-9,10-11,12-13,14-15,16-17,18-19 22-23,24-25,26-27,28-29,30-31,32
Powered by FlippingBook