Ete_2013 - page 24-25

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« Ainsi, interroger l’impact de Merce Cunningham
sur la danse en France, c’est aussi, nécessairement
interroger ce que
nous faisons à Cunningham 
»
Michel Caserta 
1
in
Repères, cahiers de danse
n°23
« Nos rencontres sont comme celles de vieux amis
qui se sont connus toute leur vie. Il semble que nous
reconnaissions, dans nos vies respectives de danseurs, une
trajectoire similaire. Nous partageons une compréhension
innée du travail de l’autre, à cause des risques que
nous avons pris en tant qu’artistes danseurs. Ils nous
ont valu les mêmes réactions de choc, de dédains et
le même jugement avant que la culture ne devienne
plus tolérante à l’égard de ces prises de risque. »
Anna Halprin 
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, « Avant-propos » in
Une danse
à l’œuvre
, CND / SN – La Roche sur Yon
L’homme qui danse
, il a dépassé la quarantaine, sa
danse est dans sa maturité ; escorté de trois comparses, il
présente
La Malinche 
et
La Pavane du Maure
, deux perles
rares aux accents conjugués de Dionysos et d’Apollon qui
passent inaperçues au milieu d’un répertoire banal, sauf aux
yeux des éblouis qui ont déjà cillé.
C’est José Limon, nous sommes en 1950. À ceux qui
viennent de perdre un autre bel homme, Jean Weidt 
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venu de l’autre côté du Rhin, cet fhomme-là redonne
courage dans la fidélité à la danse aimée. Plus tard, on
retrouve ce Mexicain d’Amérique entouré de toute une
compagnie de danseurs de haut rang, chaperonnée par une
grande prêtresse de la « modern dance » américaine, Doris
Humphrey, connue par les photographies de ses danses les
plus célèbres et dont on sait qu’elle vient d’une école – la
Denishawn – des noms accolés de ses fondateurs – Ruth
Saint-Denis et Ted Shawn – celui-ci grand exégète de
l’œuvre de l’« oncle d’Amérique », François Delsarte,
grand théoricien français dont la pensée et le travail ont
été importés de l’autre côté de l’Atlantique à la fin du XIX
e
siècle pour devenir un des ferments d’une danse en train
de naître ; celle, entre autres, d’Isadora Duncan, Loïe
Fuller..., et dont les inspirés de ce côté-ci de l’océan ont
nom Émile Jaques-Dalcroze et Rudolf Laban. En cette
Ces éblouissements
qui nous désaveuglent
Par
Dominique Dupuy
, danseur et chorégraphe, fondateur, avec Françoise Dupuy,
des Ballets modernes de Paris et du Mas de la danse
année 1957 cependant, la compagnie Humphrey-Limon fait
un « bide » remarquable dans un Paris converti à une danse
plus académique.
La femme qui danse
, elle, est déjà dans la cinquan-
taine, c’est une yankee de bonne souche, visage taillé à
la serpe, corps de feu dans la rétractation comme dans
l’explosion. Autour d’elle, une compagnie de danseurs rares
au service de créations arides à l’esthétique déconcertante.
Marta Graham aussi sort de la Denishawn et a élaboré au fil
des ans une danse d’une grande technicité dont elle montre
l’excellence notamment dans son solo
Errand into the Maze
avec un décor sculptural d’Izamu Noguchi. Devant l’incom-
préhension des balletomanes parisiens, elle jure de rayer
Paris de la carte de ses tournées internationales, serment
qu’elle va tenir des années durant jusqu’à l’ovation du grand
âge sur la scène du Palais des Papes au cours d’un Festival
d’Avignon. Il faudra traverser la Manche pour voir et revoir
ses œuvres magistrales tandis que son enseignement fort
heureusement propagera souterrainement son art.
Dans les connivences entre les deux rives de l’Atlantique,
on peut citer ici l’espace « premier partenaire » pour la
germanique Wigman, « partenaire infaillible » pour l’Amé-
ricaine Graham.
Un grand jeune homme
dans le même temps est
annoncé, non pas dans un théâtre prestigieux mais dans
un studio, mythique cependant, celui du grand danseur
allemand Ludolf Schild qui vient de mourir. On y court
pour découvrir ébahis l’enseignement de ce yankee aux bras
et aux jambes démesurés, Merce Cunningham. Il a quitté
Graham dont il a été le prestigieux interprète et dont il dit
« quand elle danse, c’est à se demander pourquoi le reste du
monde s’essaie à marcher... »
pour entreprendre un travail
personnel qu’il nourrit de ses allégeances aux grands plasti-
ciens américains du moment. Il disparaît de la circulation et
revient en 64 entouré de quelques danseurs fidèles et d’un
couple prestigieux : John Cage, Robert Rauschenberg ; nous
sommes les grands coupables de ce retour et les tomates –
c’est le mois de juin – lancées sur le scène du Théâtre de
l’Est parisien où nous l’avons programmé nous touchent en
plein cœur, de même que nous atterre la froideur de l’accueil
fait à ses œuvres époustouflantes au Festival des Baux.
☛ 
D
ossier
Ci-dessus : les mains de Merce Cunningham, 2009.
Photo © Mark Seliger / Cunningham Dance Foundation.
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