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ommunications
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L
'administration générale du Mobilier national
est une institution
sui generis
sans équivalent à
l'étranger et, à ce titre, représentative de l'exception
culturelle française. Ce service à compétence nationale
dépendant du ministère de la Culture regroupe à la fois
des collections issues de l'ancien Garde-Meuble de la
Couronne, des ateliers de restauration, et des lieux de créa-
tion, notamment les trois manufactures de tissage créées
au XVII
e
siècle : les Gobelins, Beauvais et la Savonnerie.
S'y ajoutent trois structures supplémentaires : un atelier
de Recherche et de création fondé par André Malraux en
1964 pour introduire le design dans les palais officiels, et
deux ateliers conservatoires des techniques de la dentelle,
l'un pour la dentelle aux fuseaux au Puy-en-Velay, l'autre
pour la dentelle à l'aiguille à Alençon ; le savoir-faire de ce
dernier a été récemment inscrit sur la liste du patrimoine
immatériel de l'Unesco. Ces ateliers de dentelle créés en
1976 ne se bornent pas à perpétuer des savoir-faire menacés
de disparition, ce sont aussi, depuis quelques années, des
lieux de création à part entière.
Cet ensemble, que sa diversité apparente à une mosaïque
de structures et de métiers, se distingue par son impor-
tance : les manufactures et ateliers de dentelle représentent
une équipe de 130 personnes, ce qui est considérable et,
à vrai dire, unique au monde ; grâce à ces effectifs, une
douzaine de créations nouvelles tombent de métier chaque
année et autant de nouveaux projets de tissage sont lancés.
Une trentaine de tissages sont actuellement en cours.
L'ensemble se signale également par la continuité dans le
temps de ses missions : aujourd'hui comme au XVII
e
siècle,
les manufactures sont le cadre d'un dialogue entre les liciers,
détenteurs d'un savoir-faire traditionnel remarquable, et les
artistes vivants qui leur fournissent les modèles de tissage. À
travers le mécénat de l’État commanditaire, c'est toute une
politique de soutien à la création et d'enrichissement des
collections nationales qui est mise en œuvre, débouchant
sur une production qui ne cesse de se renouveler, génération
après génération.
u
Grande salle des séances, le 12 juin 2013
Les manufactures
des Gobelins, entre
tradition et modernité
Par
Bernard Schotter
, administrateur général du Mobilier national et des
Manufactures nationales des Gobelins
Au-delà de leur richesse patrimoniale et
des traditions séculaires qui s’y perpétuent,
les manufactures de tissage représentent
aujourd’hui un foyer de création vivace, par le
dialogue qu’elles instaurent entre les artistes
contemporains et les savoir-faire hérités des
générations passées.
Le visage dans
l'œuvre gravé
de Rembrandt
Par
Claude-Jean Darmon
, artiste graveur,
correspondant de l'Académie des Beaux-Arts
anime la surface sans la moindre connotation académique.
Autour de la tête, le fil de perles coiffant traditionnellement
dans la Hollande du XVII
e
siècle les jeunes femmes juives
à la veille de leurs noces. En main gauche, le rouleau n’est
autre que la « ketubah », ou contrat de mariage. Le degré de
finition de la composition est encore dépassé dans plusieurs
des vingt autres portraits dont les modèles sortent du strict
cadre familial sans cependant jamais être étrangers à l’envi-
ronnement relationnel de l’artiste, selon son souhait. Ils sont
conduits avec l’œil et la main d’un surprenant technicien.
Rembrandt technicien ? Il ne faut guère s’en étonner.
Chez un génial visionnaire, la technique est une réponse
immédiate à l’appel de l’inspiration.
Saskia souffrante
 : atteinte de turberculose, éprouvée par
la mort de ses trois premiers enfants, épuisée après la nais-
sance de Titus le 20 septembre 1641, Saskia meurt le 14 juin
suivant, à l’âge de trente ans. L’esquisse au fragile graphisme
est des plus émouvantes. Elle clôt dans le sanglot le cycle
des effigies sur cuivre de la mère de Titus commencé le
5 juin 1634 avec
Saskia à la perle
, une des nombreuses
eaux-fortes qui incarnent, magiquement, l’harmonisation de
deux composantes essentielles du graphisme de Rembrandt :
structure et spontanéité.
Structure, spontanéité. Deux termes qu’il ne faut évidem-
ment pas radicalement opposer car les compositions sur
cuivre les plus élaborées révèlent une inaltérable liberté
d’exécution tandis que les croquis instantanés ou presque
contiennent souvent leur dose de structure. Certains ne
sont-ils pas spontanément structurés ?
u
Grande salle des séances, le 17 avril 2013
P
lusieurs évocations du visage de Saskia sont des
« eaux-fortes croquées ». Expression paradoxalement
née sous la plume de l’aquafortiste le moins impro-
visateur, le plus calculateur et géomètre de l’histoire de
l’estampe - Abraham Bosse - dans son
Traité des manières
de graver en taille douce
(1645). Comme souvent chez
Rembrandt, la pointe raye allègrement le cuivre en traver-
sant la couche protectrice de vernis avant la morsure, si bien
qu’on ne sait pas toujours si les épreuves sont sillonnées de
traits d’eau-forte ou de pointe sèche. Certains appellent cela
des « pointes sèches mordues ». Prestes ébauches, fugitives,
définitives, aussi fortement prisées que les instantanés de la
rue : gueux, mendiants, béquillards ou encore les scènes de
chasse à l’eau-forte, préfiguration du mouvement roman-
tique (« mouvement » aux deux sens du terme : « mobilité »,
« élan dynamique » de la forme d’une part ; « école »,
« tendance picturale » d’autre part).
Le célèbre portrait de
Saskia en mariée juive
(1635)
compte parmi les nombreuses eaux-fortes de Rembrandt aux
antipodes de l’improvisation. Longuement élaborée au cours
de cinq états successifs, l’œuvre remporte l’adhésion des
plus exigeants partisans de l’orthodoxie. Un jeu d’entailles
palpitantes, ponctué de caresses de lumières et d’ombres,
Trois séquences – « Rembrandt par lui-
même », « Regard sur les autres », « Du
visage intégré » – mettent en évidence l'éten-
due et les registres expressifs de l'art de
Rembrandt graveur, à travers une constante
majeure de sa thématique et à l'aune de ses
différentes manières de peindre. Extrait du
passage évoquant quelques effigies de Saskia.
En haut : Rembrandt,
Saskia en mariée juive
(état 5), eau-forte, 1635.
En haut :
Étendues latérales
, une installation lumière sur la façade de la
Galerie des Gobelins par Nathalie Junod Ponsard.
Photo © André Morin
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