Ete_2013 - page 14-15

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Le risque
de la création
Rencontre avec
Anita Mathieu
, directrice des Rencontres chorégraphiques
internationales de Seine-Saint-Denis | Propos recueillis par Nadine Eghels
Nadine Eghels : Comment, quand  sont nées
les Rencontres chorégraphiques ?
À quel besoin répondaient-elles ?
Anita Mathieu : En 1969 a été créé le concours de Bagnolet,
qui avait lieu dans le gymnase de la ville, et qui est devenu
très important et emblématique pour le milieu de la danse
dans les années 80. En effet, c’est ce concours qui a permis
la reconnaissance des chorégraphes qui sont aujourd’hui à
la tête de la plupart des centres chorégraphiques nationaux :
Mathilde Monnier, Josef Nadj, Angelin Preljocaj, Philippe
Decouflé, Jean-Claude Gallotta, Catherine Diverrès, tous
sont passés par le concours de Bagnolet, qui s’appelait alors
« le Ballet pour demain ». Cette époque a vu l’explosion de
la danse contemporaine française. Plus tard, la directrice
Lorina Niclas a décidé d’ouvrir la manifestation à l’interna-
tional, et en 1988 elle a créé les Rencontres chorégraphiques
internationales de Seine-Saint-Denis qui se déroulaient
pendant 5 jours à la MC 93 à Bobigny. Elle l’a dirigée jusque
fin 99, c’était toujours un concours avec comme critère la
présentation de pièces de 20 à 30 minutes et au moins trois
interprètes. À partir de 1996, elle m’a demandé de faire
partie du jury de certaines éditions, et fin 1999 je lui ai
succédé. En 2000 et 2002, j’ai gardé le même principe de
compétition biennale, et ensuite j’ai voulu donner une orien-
tation différente à la manifestation, sortir des contraintes et
insuffler un nouveau regard sur la création contemporaine.
N.E. : En quel sens ?
A.M. : J’ai décidé de ne plus mettre les artistes en compé-
tition, et de faire évoluer la biennale en festival annuel.
Imposer des œuvres formatées était devenu obsolète,
c’était renoncer à des écritures singulières, certains artistes
commencent par faire des solos ou des duos et leur travail
méritait aussi d’être présenté. J’ai décidé de  payer les
artistes (car dans un concours, seuls les élus gagnent une
récompense !), de coproduire certains spectacles et de
fédérer différents théâtres du département de la Seine-
Saint-Denis. Ainsi pour cette édition, il y a onze théâtres
partenaires. Il y a de très beaux plateaux en Seine-Saint-
Denis, une grande diversité de structures et de lieux à
découvrir, certains alternatifs, d’autres institutionnels. Cela
permettait de donner une topographie différente à la vie
chorégraphique dans le département.
N.E. : Comment le projet s’est-il développé
depuis sa création au fil des années ?
A.M. : De cinq jours tous les deux ans,  nous en sommes
aujourd’hui à un mois de festival, avec 32 représentations
et 23 compagnies venues de 15 pays, qui offrent une sorte
d’état des lieux de la danse contemporaine.
N.E. : Comment s’effectue la sélection des spectacles
présentés, quels sont les axes qui la sous-tendent ?
A.M. : Les Rencontres sont très fréquentées par les
professionnels. Je prends des risques en présentant pour
la première fois des artistes sur des plateaux, afin que des
programmateurs puissent les découvrir et les programmer
à leur tour. Je souhaite que les Rencontres puissent être un
tremplin pour des artistes inconnus en France. Il n’y a pas
de thématique, car en fonction des lieux où ils travaillent les
artistes explorent des thèmes différents. Ce qui m’importe,
c’est de traverser l’époque dans laquelle on s’inscrit, de
parler de l’état du monde, de proposer une représentation
du réel a travers des écritures, des formes et des pensées
singulières.
N.E. : Les mêmes artistes reviennent-ils périodiquement,
de sorte que l’on peut suivre leur travail, ou chaque
édition présente-elle une sélection entièrement inédite ?
A.M.: Je n’aime pas du tout l’effet zapping. Bien sûr chaque
édition du Festival permet de découvrir de nouveaux
artistes, mais je revendique aussi des compagnonnages sur
plusieurs années, avec des gens dont je suis l’évolution du
travail. Par exemple Laurent Chétouane qui vient pour
D
ossier
Ci-dessus :
Solitudes solo
du chorégraphe canadien Daniel Léveillé, 2012.
Photo © Denis Farley
À droite :
Trois décennies d'amour cerné
, chorégraphie de Thomas Lebrun
sur des musiques d'Anne Clark, Smith and Burrows, Seb Martel, Dez Mona,
Patti Smith, Anthony and the Johnsons, 2013.
Photo © Bernard Duret
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