Ete_2013 - page 16-17

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La Briqueterie
Le centre de développement
chorégraphique du Val-de-Marne
la troisième fois aux Rencontres, avec
Sacré Sacre du
printemps,
ou Thomas Lebrun, ou le chorégraphe sud-afri-
cain Boozie Cekawna : j’ai décidé de présenter l’intégralité
de son triptyque, et il revient donc cette année pour créer
le troisième volet. Pour moi la fidélité est très importante,
comme pour un éditeur qui suit un auteur. Une œuvre se
construit dans le temps, avec des points forts et des étapes
parfois plus fragiles. Accompagner l’itinéraire d’un artiste,
c’est vraiment essentiel pour moi, même si je ne peux pas le
faire pour tous ceux que je convie aux Rencontres.
N.E. : Comment construit-on un festival qui se
déploie dans onze lieux différents ?
A.M. : Le nomadisme du festival a du charme mais c’est
en même temps très compliqué au niveau logistique. La
diversité des plateaux et des villes offre des possibilités
d'accueil variés et l'ouverture des publics.
N.E. : Quel est le public des Rencontres ?
Les habitants du « 93 » viennent-ils voir des
spectacles chorégraphiques ?  
A.M. : En dehors du festival, j’ai une équipe de relations
publiques qui travaille avec une vingtaine d’établissements
scolaires de Seine-Saint-Denis (primaires, collèges et lycées)
afin de mener sur le terrain une politique de sensibilisation
à la danse contemporaine. À travers nos actions tout au long
de l’année, nous touchons environ un millier de jeunes du
département, et nous les amenons à suivre la plupart des
spectacles que nous présentons lors des Rencontres. Ainsi,
le spectacle du chorégraphe mozambicain Panaibra Gabriel
Canda a été très apprécié par les jeunes, car il s’adressait à
leur imaginaire et en même temps entrait en résonance avec
leur histoire, leur mémoire. À travers le corps, c’était un
moyen pour eux d’explorer la réalité de leur culture.
N.E. : Comment des artistes interviennent-ils
dans les classes ?
A.M. : Cette année j’ai engagé 20 artistes qui sont intervenus
dans 32 établissements scolaires, pour offrir à ces jeunes une
approche sensible de l’acte chorégraphique, en travaillant
directement avec eux sur le corps, sur le rapport à l’autre.
C’est un travail de longue haleine, mais il est absolument
nécessaire pour leur apprendre à partager et à exprimer ce
qu’ils ont ressenti. Ces expériences participent à l’écoute
des différences et au vivre ensemble. Cela permet aussi
de former le public de demain. Par ailleurs, le Festival
est fréquenté par les amateurs de danse venus de Paris
et de banlieue, et beaucoup par les professionnels qui
viennent y découvrir de nouveaux talents. Aujourd’hui les
programmateurs sont de plus en plus frileux, il n’y en a pas
tellement qui osent prendre des risques. Pour moi, c’est
une dimension essentielle. Prendre le risque de la création,
développer l’expérimentation, en traversant différentes
géographies pour partager des témoignages sur le monde.
N.E. : Avez-vous vu tous les spectacles qui sont
présentés aux Rencontres ou vous engagez-vous
parfois sur les projets ?
A.M. : Pour cette édition, sur 23 artistes, je coproduis 7
pièces. Ce sont donc des spectacles qui sont créés aux
Rencontres et que je découvre. Parfois la pièce est créée
chez un autre coproducteur à l’étranger, j’ai alors la possibi-
lité de la voir avant les Rencontres, mais je me suis engagée
sur l’intention et le projet artistique du chorégraphe. Cette
année j’ai aussi voulu faire un focus sur l’Afrique du Sud,
j’y ai rencontré des artistes intéressants et j‘avais envie
de présenter cette scène artistique chorégraphique assez
méconnue ici et dont le travail entre en résonance avec les
questions qui traversent notre monde, et aussi soutenir  la
création des femmes trop peu présentes sur les plateaux.
N.E. : Quelles perspectives pour l’avenir,
quelle évolution pour les Rencontres ?
A.M. : Tout dépend bien sûr des moyens dont nous pourrons
disposer. Le Conseil Général de la Seine-Saint-Denis finance
les Rencontres chorégraphiques à 70% et c’est essentiel.
« La Culture et l’art au collège » est un dispositif très impor-
tant mis en place par le département. Le Ministère de la
Culture, qui finance à 10%, n’accompagne à mon sens pas
assez la dimension sociétale du Festival, qui comprend à la
fois les actions de sensibilisation et la plateforme artistique.
Un travail énorme est fait sur le terrain, qui permet ensuite
de trouver des échos pour la diffusion des spectacles...tout
cela n’est pas reconnu à sa juste valeur, et c’est dommage.
La Ministre de la Culture a souhaité conduire  un chantier
sur l’éducation artistique, qui hélas tarde à se traduire dans
les faits. C’est en effet un enjeu primordial, car c’est par l’art
que les jeunes générations pourront préserver les valeurs
essentielles du dialogue et du partage.
u
D
ossier
Ouvrir le champ
des esthétiques
Questions à
Daniel Favier
,
directeur de la Briqueterie
Propos recueillis par Nadine Eghels
Nadine Eghels : Comment est né le projet de la
Briqueterie ?
Daniel Favier : Ce projet est né de l'histoire de la Biennale
Nationale de danse du Val-de-Marne. Michel Caserta, son
fondateur, rêvait d’un lieu entièrement dédié à la danse
car la danse manque cruellement d’espaces de répétition,
de studios de travail et d’espaces de représentation. La
nécessité d’un outil de production viendrait conforter la
diffusion de la danse dans le réseau des théâtres partenaires
de la Biennale.
Le Conseil général du Val-de-Marne soutient cette initia-
tive en acquérant la Briqueterie de Gournay en 2003. Le
concours d’architecture est lancé et Philippe Prost le gagne
à l’unanimité en 2006. Les travaux démarrent en 2010
et se terminent en février 2013. Le coût total du projet
est de 12,5 M d’euros, financé par le Conseil général du
Val-de-Marne à hauteur de 8,5 M d’euros mais aussi par
l’État (1 M d’euros) et par la Région Ile-de-France (3 M
d’euros) dans le cadre du contrat de projet 2007-2013.
☛ 
À l’origine du projet, il y a d’un côté un terrain vague
où demeure le dernier corps de bâtiment d’une usine
disparue, l’ancienne briqueterie de Gournay, et de
l’autre le programme d’un centre de développement
chorégraphique du Val-de-Marne.
Issu de la Biennale de danse du Val-de-Marne, fondée
en 1979 et dirigée jusqu’en 2009 par Michel Caserta,
le centre de développement chorégraphique s’est
constitué en réseau, avec une vingtaine de théâtres
et de villes partenaires. La Biennale a accueilli au
fil des années des centaines d’artistes, entre décou-
verte et consécration. Désormais, la Briqueterie peut
conforter ce réseau et offrir aux artistes des condi-
tions techniques optimales, ferment des recherches
et des créations qui vont y naître. Les compagnies
créent à la Briqueterie, y préparent leurs spectacles
dans un espace adapté, pour les présenter ensuite
dans les théâtres partenaires. Le studio-scène permet
également d’accueillir des représentations au sein
même de la Briqueterie.
La Briqueterie est un lieu de synergie : création
(commandes et coproductions, en relation avec diffé-
rents réseaux chorégraphiques) mais également
sensibilisation à l’art chorégraphique, stages, master-
classes, conférences, édition de la revue Repères,
cahier de danse. Divers projets de recherche s’y
développent, de sorte que l’art s’expérimente dans
ses contenus et ses formes à travers des processus
de mise en relation.
En haut : exercice de sensibilisation à la danse contemporaine dans
le cadre des projets d'action culturelle en direction des publics « être
ensemble » à la Maison de quartier de La Plaine Saint-Denis.
Photo DR
En haut : le studio-scène de la Briqueterie
investi par les danseurs.
Photo © Luc Boegly
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