Hiver 2006 - page 11

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Dossier
temps parmi ses livres. C’était il y a cinq ans. Ils formaient
là autant de petites bibliothèques planes, anthologies ou
centons pour lesquels les termes d’éloges, de tombeaux,
d’hommages et d’apologies, alternativement employés aux
titres, disaient bien la part d’éloquence muette dont ils
étaient chargés.
Les livres de Jean Cortot viennent en parallèle à cette
“rhétorique de citations”, leur fonction est complémentaire.
Ils ne se donnent pas à voir, pourtant leur forme nous
retient. Ils ne célèbrent pas l’œuvre achevée d’un poète
célèbre, mais produisent quelques pages nouvelles d’un
auteur quelquefois méconnu – Jean Cortot par exemple. Ils
ne relèvent pas d’une esthétique du tableau, mais égrènent
tous les possibles du livre manuscrit ou imprimé. Dans l’un
J
ean Cortot, l’Alexandrin, confond naturellement
Musée et Bibliothèque. On l’imagine volontiers dans la
ville des Ptolémée, pensionnaire de l’un et habitué de
l’autre, aussi habile calligraphe que critique, autant lecteur
qu’écrivain. Est-il peintre aussi ? La question se pose depuis
qu’il fait sur ses toiles la part si belle aux textes. D’abord, ce
furent des “écritures” incompréhensibles, illisibles. On
pouvait les reconnaître comme orientales ou latines, mais
sans aller beaucoup plus loin dans la lecture de leur pur
graphisme. Les lettres sont apparues ensuite, puis les mots
parmi elles, enfin les phrases à déchiffrer. C’était il y a vingt
ans. L’œuvre de Jean Cortot venait de basculer. Les livres
progressivement allaient apparaître.
Les peintres du livre illustrent, c’est-à-dire accompagnent
d’images un texte ou ce qui en fait fonction. Jean Cortot,
tant qu’il était peintre n’illustra presque pas, mais quand
vint le temps des mots, les livres lui ouvrirent leurs pages.
Ses toiles qui d’abord avaient accueilli des bribes, puis
quelques citations d’auteurs amis ou aimés, s’emplirent aussi
de poèmes entiers. C’était il y a dix ans. Les hommages (à
Louise Labé, à William Blake, à Yeats), disposés en série
de tableaux, se dressèrent alors pour saluer des poètes plus
contemporains, ses compagnons de longue date (Frènaud,
Tardieu, Guillevic, Scheler), d’autres amis plus récents, des
admirations anciennes et des classiques lus et relus, retenus
par cœur. Ces “tableaux dédiés”, imposants collages, la
Réserve de la Bibliothèque nationale les accueillit quelque
A Paris 15
e
, un marché
centré sur le Livre
depuis ses origines
Par
Olivier Coudert
, délégué général de la Maison
de la Bibliophilie et du Marché Georges Brassens
L
e Marché du Livre ancien et d’occasion créé en
1987 regroupe chaque fin de semaine une
soixantaine de libraires proposant à la vente des
ouvrages anciens ou d’occasion.
Dès 6 heures le samedi matin, les libraires venant de
Paris, des régions ou de Belgique s’installent sous les
halles Baltard dans le Parc Georges Brassens.
Marchands parisiens, collectionneurs ou simples lecteurs
se pressent aux étals des bouquinistes. L’organisation ne
contraint à aucune régularité des “déballages” ; aussi
certains sont appelés “permanents” puisqu’ils font
commerce du livre exclusivement sur ce site, d’autres
s’installent occasionnellement, exerçant parfois loin de
Paris durant la semaine.
Le bilan culturel de ce Marché est important puisque
l’action menée est centrée sur le livre depuis ses
origines, avec tout ce que cela implique quant à la
défense d’un patrimoine qui concerne toutes les activités
de l’esprit, ainsi que certaines relevant des métiers
d’art : imprimerie, reliure, gravure, etc.
Le calendrier 2007 prévoit une série de manifestations :
des journées Beaux-Arts, un week-end Histoire les 10 et
11 mars avec une exposition sur la guerre d’Espagne, et
une exposition sur Hervé Guibert, photographe et
écrivain, les 12 et 13 mai, avec la participation de la
galerie Agathe Gaillard.
L’association dispose d’un local qui héberge la Maison
de la Bibliophilie, au 51 rue Santos-Dumont, qui offre
un espace de documentation bibliographique avec les
plus importants ouvrages de référence et des ouvrages
spécialisés sur l’histoire et le commerce du livre. Y sont
proposés des ateliers d’écriture et un cycle de cinq
conférences intitulé “Initiation aux livres anciens”.
u
Pour connaître le calendrier des manifestations il convient de
consulter le site :
Pour nous contacter :
Le Scribe debout
Par
Antoine Coron
,
Directeur de la réserve des
livres rares à la Bibliothèque
Nationale de France
Les peintres du
livre illustrent, c’est-à-dire
accompagnent d’images
un texte ou ce qui en
fait fonction.”
et l’autre cas pourtant, le même ressort est à l’ouvrage. On
l’appellera épidictique.
Les Grecs n’avaient qu’un mot pour désigner à la fois l’ex-
position d’une œuvre et la lecture publique d’un texte, ils
disaient :
epideixis
. L’épidictique est l’art de montrer. Son
vaste champ fut d’abord accaparé par l’éloquence puis
détourné par le talent des sophistes. Aux époques plus
modernes l’image visuelle y devint prédominante, soit
pour représenter le réel, soit pour interpréter le discours.
Thomas d’Aquin n’a-t-il pas écrit que “l’homme ne peut rien
comprendre sans image” -
sine phantasmate
... ? Jean Cortot,
grand “imaginant” des textes qu’il déploie sous nos yeux, ne
double pas ceux-ci d’illustrations, il suffit qu’il nous les
montre retracés par son pinceau. C’est un peintre des mots.
Pas un calligraphe mais un scribe debout devant sa toile ou
penché sur la feuille, coloriste des fleurs de rhétorique,
grand amateur d’octosyllabes, subtil analyste des poètes,
collectionneur de phrases qu’il brode en recueils, zoologue
de l’improbable, moraliste et dandy. Un homme du livre.
u
Ci-dessus :
Remugle
, Jean Cortot, Jean Michel Ribes,
Ed. Adélie, 2005.
Photo D.R..
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