Hiver 2006 - page 2

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2
Lettre
de
l'
ACADEMIE
des
BEAUX-ARTS
I N S T I T U T
D E F R A N C E
La bibliophilie... Le bibliophile...
sont les thèmes complexes sur
lesquels la
Lettre de l’Académie des
Beaux-Arts
a souhaité s’attarder : les termes ont leur charme
avec la part affective qu’ils expriment et l’engagement intel-
lectuel qu’ils requièrent de ceux qui en ressentent la passion.
Ici, rien n’est indifférent. Au terme de quelle démarche l’in-
téressé se reconnaît-il bibliophile ? Ils ont leurs secrets, ils ont
leur mystère. Dans son approche, la
Lettre
a été naturelle-
ment portée à soumettre sa réflexion à la haute autorité d’his-
toriens et de praticiens.
En fait, la bibliophilie apparaît commandée par des règles
propres à la création artistique. De la conception et de la
composition typographique à l’illustration de l’écrit par un
peintre ou un graveur, les interventions supposent la
recherche d’un accord original et personnel dans l’interpréta-
tion de l’ouvrage, “objet” du livre rare. En ce sens, la biblio-
philie s’affirme comme un des Beaux-Arts.
Chers collègues et chers amis, nous avons le bonheur de consacrer
nos activités à des tâches qui nous dépassent, nous sommes les
héritiers d’un bien précieux et immatériel qui n’a pas de valeur marchande
mais dont nous profitons tous les jours. Nous sommes les gardiens d’une
tradition vivante. Nous sommes le conservatoire d’une culture et d’un
esprit. Chaque jour, dans nos tâches quotidiennes et parfois répétitives,
souvenons-nous que nous contribuons à maintenir et à enrichir cette
culture et cet esprit et que c’est par notre travail que se perpétue avec
succès le culte de la connaissance, de la recherche et de la création.
Une institution si prestigieuse soit-elle ne vit que par les hommes et
les femmes qui l’animent et il est naturel que ces hommes et ces femmes,
au service de l’institution, l’incarnent et se l’approprient comme un
bien commun.
Cette maison est donc aussi la vôtre et je souhaite que de même que votre
travail l’enrichit, vous puissiez vous aussi vous enrichir personnellement de
ce contact quotidien avec ce lieu exceptionnel et cette mission exaltante.”
Extrait l’allocution de
Gabriel de Broglie
, Chancelier de l’Institut,
lors des vœux prononcés le 12 janvier dernier.
LETTRE DE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS •
Directeur de la publication :
Arnaud d’Hauterives •
Comité de rédaction
: délégué Paul-Louis Mignon ;
membres : Yves Boiret, Edith Canat de Chizy, Gérard Lanvin, François-Bernard Michel, Guy de Rougemont •
Conception générale,
rédaction et coordination
: Nadine Eghels •
Conception graphique, réalisation
:
Impression :
Imprimerie Delcambre
ISSN 1265-3810 •
Académie des Beaux-Arts
23, quai de Conti 75006 Paris •
sommaire
*
page 2
Editorial
*
page 3
Réception sous la coupole
Louis-René Berge
*
pages 4, 5
Actualités : Séance publique
annuelle de l’Académie
des Beaux-Arts
*
pages 6, 7
Actualités :
Séance des cinq Académies
Appel à candidature
d’artistes en résidence à
l’Abbaye de La Prée
Décoration
Exposition des
Prix Pierre Cardin
*
pages 8 à 21
Dossier :
“La bibliophilie aujourd’hui”
*
pages 22, 23
Communication :
“L’heure de Fragonard”
par Pierre Rosenberg
*
pages 24 à 27
Prix et Concours :
Prix d’ouvrages
Prix de la Fondation
Simone et Cino del Duca -
Institut de France
Prix de chant choral
Liliane Bettencourt
Prix Pierre Cardin
Prix de bibliophilie
Jean Lurçat
Prix Cercle Montherlant
Grand Prix d’Architecture
*
page 28
Calendrier des académiciens
Editorial
Le mercredi 6 décembre 2006, sous la Coupole de
l’Institut de France, le graveur Louis-René Berge
est reçu à l’Académie des Beaux-Arts par son
confrère Jean-Marie Granier.
E
lu dans la section de gravure le 9 novembre 2005 au
fauteuil précédemment occupé par Raymond
Corbin, Louis-René Berge commence la gravure en
1960 avec les encouragements de Jacques Villon. Après une
interruption de dix ans, il reprend un travail de gravure
réalisé quasi exclusivement au burin. Depuis 1975, il parti-
cipe aux principaux salons français : Réalités Nouvelles,
Salon de Mai, Gravure Contemporaine, Le Trait, Salon
d’Automne, l’Amateur d’Estampes, etc. Après avoir exposé
à la galerie Biren à Paris, il présente ses œuvres en perma-
nence dans les galeries Lettres et Images, Toutes Latitudes,
Michèle Broutta. L’œuvre gravé de Louis-René Berge
comprend 330 gravures. Ses œuvres sont en dépôt à la
Bibliothèque Nationale de France, au Musée d’art moderne
de la Ville de Paris, au Musée Albertina à Vienne et au
Musée du dessin et de l’estampe originale de Gravelines.
Dans le domaine de la bibliophilie il a réalisé plusieurs
ouvrages : trois livres avec le poète Bernard Vargaftig :
Fragment de Souffle
(1993),
Que l’énigme se détache
(2002),
L’Enigme n’est jamais niée
(2005) et un ouvrage avec l’écri-
vain, Claude Louis Combet,
Géographie Intérieure
(2003).
Il a reçu en 2002 le Prix du burin de la fondation Taylor.
u
Extrait du discours de réception prononcé par
Jean-Marie Granier :
L’ascèse propre à cette discipline impose la
contrainte de la règle, vous en êtes conscient, vous
savez qu’il faut en assumer le risque tant dans son
acceptation que dans sa transgression. Le plaisir du geste
exactement fait et son action sur la matière, la satisfaction
toute physique de l’acte de graver déterminent pour
l’essentiel vos premiers travaux où vous montrez d’emblée
une étonnante maîtrise technique. Dans le petit carré
d’espace qui vous donne les limites du monde que vous
vous appropriez, vous installez dans une stricte géométrie
le jeu des noirs, des gris et des blancs. La rigueur de
l’écriture excluant toute recherche d’effets, toute
ornementation inutile ou souci de séduction tend, en ses
commencements du moins, vers une abstraction quasiment
janséniste. Mais peu à peu, à ces constructions impeccables
se substituent des œuvres marquées de votre présence où
l’image prend davantage sa place. Un univers onirique fait
d’absence et de présence où le monde jamais univoque ne se
manifeste que de façon indirecte, de manière fragmentée,
ou encore masqué par toutes sortes d’écrans, voiles ou
draperies. Cet univers parfois inquiétant, toujours
singulier, déserté le plus souvent par l’homme où le
montrant enfermé, étouffé, exclus, fait exemplairement écho
à notre temps. La présence furtive des êtres qui le
traversent évoque ce que Camus appelait “le silence
déraisonnable du monde”. Vous avez paradoxalement
choisi la clarté du trait pour dire la complexité du songe et
de la vision. La netteté de vos images en renforce
l’étrangeté. L’inconscient trouve ici sa formule aussi
métaphorique soit-elle. Métaphore d’une inquiétude
profonde, les cages, les grilles, les barreaux, les barbelés, ne
manquent pas. Ce sont les éléments de votre journal
quotidien intime, un liber veritatis qui vous masque et vous
dévoile, donnant le change d’un langage qui ne cacherait
rien de par son écriture exacte. Mais, de fait, écrire les
choses en clair, c’est en augmenter l’obscur intérieur.
“Ombres intérieures” est le titre de l’une de vos estampes,
ce pourrait être celui de l’ensemble de votre Œuvre.
Atteindre à la simplicité de l’écriture dont vous avez le
désir ne va pas de soi, à chaque instant on bute sur le réel,
sa complexité et ses pièges. Vos œuvres qui certes ne sont
pas réalistes ne peuvent cependant éviter d’en citer des
fragments. En les traitant par l’accumulation, la précision
aussi bien que par l’allusion, vous leur ôtez leur poids de
matière pour en faire les figures de votre imaginaire, et par
là celles de votre propre langage.”
En haut : Louis-René Berge lors de son installation.
Photo Juliette Agnel.
Louis-René
Berge
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