Hiver 2006 - page 4

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A
ctualités
Charles Baudelaire retenait des propos d’Eugène
Delacroix, que “la Nature n’est qu’un dictionnaire”, dont
les milliers d’entrées ne composeront jamais un texte, - pas
plus que copier la Nature ne fera un artiste. “Ceux qui
n’ont pas d’imagination ajoutait-il, copient le dictionnaire”,
cultivant “le vice de la banalité”, “vice de ceux qui
considèrent généralement comme un triomphe de ne pas
montrer leur personnalité”.
“L’art, imitation de la Nature” questionne Paul Valéry ?
Cette niaiserie est vraie “si imiter était mieux que copier
(...) le n’importe quoi qui paraît”.
Marcel Proust, après avoir rappelé que l’art permet de voir
“l’univers avec les yeux d’un autre” et que l’artiste restitue
grâce à lui “l’essence des choses” qui constitue “la vraie
vie”, inverse l’ordre des facteurs affirmant que “la Nature
emprunte à l’Art tous ses privilèges”. Évoquant dans un
décor d’arbres en fleurs la puissance de l’imaginaire, son
narrateur entrevoit dans ces arbres des “gardiens des
souvenirs de l’âge d’or et des garants de la promesse que la
réalité n’est pas ce qu’on croit, et que la splendeur de la
poésie (...) peut y resplendir”. “Un de mes rêves de cité
gothique, écrit-il ailleurs, était la synthèse de ce que mon
imagination avait souvent cherché à se représenter pendant
la veille ”. Un rêve “où la nature avait appris l’art, où la mer
était devenue gothique”.
Paul Claudel enfin, écrivait avec le sens de la formule :
“L’œil écoute”, ou encore “J’ai respiré le paysage et
maintenant, pour dessiner, je retiens mon souffle.”
u
En haut : au premier plan, Pierre Messmer, membre de l'Académie
Française, Arnaud d’Hauterives, Secrétaire perpétuel de l’Académie
des Beaux-Arts et Roland Drago, membre de l'Académie des sciences
morales et politiques.
Photo Brigitte Eymann.
L
’Académie des Beaux-Arts était représentée par son
Président François-Bernard Michel, dont le discours
était intitulé :
La nature et l’art semblent se fuir
...
En voici un extrait :
La Nature offre aux sens de l’artiste l’univers varié du
monde extérieur. Elle lui propose par conséquent
l’émerveillement issu du Beau, vu, entendu ou senti,
suscitant en retour son envie, voire son besoin irrépressible
d’exprimer sous des formes artistiques diverses les sensations
éprouvées. Le motif, rappelait René Huyghe, constitue le
moteur de toute œuvre réalisée “d’après nature”.
Ce que la Nature propose à l’artiste est donc une force
vitale, de nature vraiment biologique, puisqu’elle émane de
la vitalité qui fait son essence et sollicite de la biologie
sensorielle une réaction naturelle de l’artiste, issue de ses
sensations et émotions.
Au compositeur, la Nature offre ainsi une source infinie de
thèmes et de formes musicales. Ainsi, l’oreille
exceptionnelle d’Olivier Messiaen a-t-elle enregistré
soixante-dix-sept espèces d’oiseaux qui sont de merveilleux
et étonnants improvisateurs, comme le merle par exemple.
Certaines œuvres de Messiaen n’en sont pas pour autant des
compilations de chants d’oiseaux. Lors de nos rencontres à
son domicile, j’ai eu la chance d’entendre ses commentaires
sur les partitions de son
Saint-François d’Assise,
confirmant
ce que souligne son élève Serge Nigg, à savoir que les chants
d’oiseaux correspondent à des ultra sons et que le talent de
Messiaen fut d’en imaginer et extraire des figures
mélodiques et rythmiques, intégrées à des combinaisons
harmoniques et contrapuntiques [...]
Avant les neurophysiologistes, l’intuition et la perspicacité
singulières d’écrivains et poètes avaient proposé des
jugements pertinents sur le thème “Artiste et Nature”.
La séance solennelle de rentrée des cinq Académies a eu lieu le 24 octobre 2006 sous la coupole de
l’Institut de France. Elle était présidée par André Damien, Président de l’Institut de France et Président
de l’Académie des sciences morales et politiques, et avait pour thème “L’Homme et la nature”.
Séance des cinq Académies
Chaque année, depuis 1993, notre confrère soutient les jeunes artistes
distingués par l’ensemble des sections de l’Académie des Beaux-Arts à
travers les Prix Pierre Cardin. Un engagement au service d’une passion. La
première rétrospective réunissant l’ensemble des artistes plasticiens a eu
lieu, du 12 au 23 décembre, à la galerie Evolution Pierre Cardin.
Photo CmPezon
J’aurais aimé être sculpteur, la vie en a décidé autrement. Passionné
par l’art contemporain j’ai rencontré, collectionné, découvert de
nouveaux talents en France et à l’Etranger.
Depuis la création de l’Espace Pierre Cardin en 1970, je n’ai cessé de présenter
et soutenir de jeunes artistes comme Berrocal, Kosice, Villalba, Raynaud,
Takis ; j’ai aussi permis à de jeunes compositeurs d’y jouer leurs œuvres.
Aujourd’hui, c’est dans un nouveau lieu que j’accueille cette exposition, à côté du
centre Georges Pompidou, au cœur du quartier des grandes galeries : cette
ancienne Poste est en effet un lieu idéal pour accueillir des expositions.
Après mon entrée à l’Institut de France, j’ai souhaité contribuer au soutien des
jeunes artistes à travers cinq prix annuels dans chacune des disciplines des
Beaux-Arts : peinture, sculpture, gravure, architecture, composition musicale.
Ces Prix s’adressent aux jeunes artistes car c’est la période charnière où une
carrière se dessine dans la force et la fragilité. Les lauréats bénéficient de la
reconnaissance de leurs aînés qui leur permettra de se faire connaître auprès du
public, des galeries et des collectionneurs.
Depuis 1993, ce sont près de 65 artistes qui ont été récompensés. Je suis
heureux de constater leur brillante évolution et d’admirer certaines de leurs
œuvres dans des centres régionaux d’art contemporain ou dans certaines
galeries parisiennes.
C’est aussi une façon de faire connaître au grand public l’action de mécénat que
mène l’Académie des Beaux-Arts à travers les prestigieux Prix qu’elle décerne
chaque année.
Pierre Cardin
Un reportage photographique sur la rétrospective est à découvrir sur
Galerie Evolution Pierre Cardin, 5, rue Saint-Merri 75004 Paris
Exposition des
Prix Pierre Cardin -
Académie des Beaux-Arts
Appel à
candidature
d’artistes en
résidence à
l’Abbaye de
La Prée
Toutes disciplines des Beaux-Arts,
pour la rentrée d’octobre 2007.
Depuis 15 ans l'Abbaye de La Prée,
ancien site cistercien en Berry,
accueille pour des résidences de un
ou deux ans des artistes de toutes
disciplines.
Un appartement et un espace de
travail sont mis à disposition de
chaque artiste, permettant de créer,
composer, écrire, dans un cadre
serein et porteur.
Conditions de résidence et dossiers
de candidature :
(dépôt des dossiers avant le
1
er
mai 2007).
Association Pour Que l’Esprit Vive
Tél. : 01 42 76 01 71
Bureau 2007
Pierre Schœndœrffer
, membre de
la section des Créations artistiques
dans le cinéma et l’audiovisuel,
occupe la présidence de l’Académie
des Beaux-Arts.
Yves Millecamps
,
membre de la section de Peinture,
a été élu vice-président.
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