Hiver 2006 - page 8

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L
’illustration photographique a mis longtemps a être
admise en bibliophilie, et c’est surtout au XX
e
siècle
que l’on trouve des éditions devenues mythiques soit
par l’auteur du texte, soit par le photographe, dont le
champion reste Man Ray, dont on peut citer entre autres :
Jean Cocteau,
L’Ange Heurtebise
, une photographie tirée
en héliogravure, éditions Stock Paris I925, édition limitée
à 300 ex. ; Paul Eluard,
Facile
, I2 planches en héliogravure
de photographies de Nush Eluard, éditions GLM Paris
1935, existent 5 ex. HC sur japon impérial ; André Breton,
L’Amour Fou
, 20 planches photographiques de Man Ray,
Brassaï et Henri Cartier-Bresson, éditions Gallimard,
Paris I937, existent 9 exemplaires de tête sur Japon ; Didier
Desroches (pseudonyme de Paul Eluard),
Le Temps
déborde
, II planches photographiques en héliogravure par
Dora Maar et Man Ray, éditions Cahiers d’Art, Paris I947,
limitée à 500 exemplaires.
Laure Albin-Guillot a réalisé de nombreuses éditions
bibliophiliques parmi lesquelles on peut citer : Henri de
Montherlant,
La Déesse Cypris
, I2 photographies gravées
sur cuivre, éditions Henri Colas, Paris, I946, limitée à
250 ex. ; Louise-Edmée Chevallier, suite d’illustrations pour
Le grand Meaulnes
, mise en scène et photographies de
Laure Albin-Guillot, I7 planches en héliogravure, éditions
H.Colas, Paris, sans date vers 1947 ; Jean Cocteau,
L’éternel
retour
(film), 21 planches photographiques, éditions N.E.F.
Paris I947, limité à 600 ex.
Citons encore d’Albert Camus
La Postérité du Soleil
,
illustré de photographies d’Henriette Grindat, éditions
de l’Aire, Lausanne I965, limitée à 100 ex. avec une
préface de René Char ; une rareté : 45 photographies
(originales) d’Yves Rigoir, présentées par le poète Max
Philippe Delavouët,
Objets sculptés par les bergers de
Provence
, publié par les auteurs à Grans en I965, limité à
60 exemplaires.
Les éditions Fata Morgana ont publié plusieurs collec-
tions en différents formats où l’on retrouve à plusieurs
reprises, Henri Cartier-Bresson illustrant son propre texte
de portraits d’André Breton, un autre de Macé illustré de
portraits d’André Pierre de Mandiargues (avec Martine
Franck) ; Denise Colomb illustre Antonin Artaud, Edouard
Boubat illustre Dominique Preschez, Alechinsky illustre
de ses propres photographies d’Asger Jorn son texte sur son
ami... on peut ajouter mes propres publications chez Fata
Morgana, de portraits de Picasso sur un texte de J.M.
Magnan, ou ma
Grande Récréation
sur mon propre texte, ou
encore l’hommage que nous rendîmes ensemble à PAB sur
un texte posthume (
Dans un Désert
). On peut citer, égale-
ment, les éditions “Le Renard Pâle” à Fontaine de Vaucluse
qui publie de petites plaquettes, à tirages très limités, illus-
trées de photographies sur des poèmes de Pétrarque, Alain
Duault, Vialat, Kathy Cooper, Patricia Dupuy, et avec
laquelle je collabore également.
La vogue des livres photographiques a fait entrer des
éditions courantes en bibliophilie, tel le livre de Robert
Franck
Les Américains
, publié par Delpire en I958 et qui
atteint des prix très élevés en ventes publiques.
Divers procédés de reproductions ont été adoptés au fil
des temps dont l’héliogravure, la photogliptie, la phototypie,
l’offset, mais surtout les tirages argentiques originaux, qui
restent les plus recherchés.
u
Dossier
En haut :
L’Ange Heurtebise
, I925, Man Ray - Jean Cocteau,
photographie tirée en héliogravure, éditions Stock, Paris.
Petit aperçu de Bibliographie Photographique
Par
Lucien Clergue
,
membre de la section de Photographie
Penser avec ses mains
Par
Guy de Rougemont
, membre de la section de Peinture
C
’est toujours avec la complicité des auteurs, que j’ai orné, gravé, mis en couleurs, plié,
découpé, pour accompagner leurs écrits.
La lithographie, la sérigraphie, l’eau-forte, le pochoir, l’aquarelle ont servi selon les cas,
en fonction des possibilités des éditeurs.
Au fil du temps, et là, le temps est comme suspendu... des ouvrages dits de bibliophilie ont vu
le jour, jour voilé de confidentialité sous lequel des mains délicates en tournent les pages pour
satisfaire le regard attentif de l’initié.
A l’abri de la lumière, de l’humidité et de curiosités qui ne seraient qu’indiscrètes, ces raretés
trouvent la respectueuse tranquillité qu’inspire le soin de l’éditeur à servir la beauté d’un texte
et la pertinence de la présence du peintre.
Peintre de l’ampleur de la forme et de l’épanouissement de la couleur, j’ai lithographié en une
seule couleur, le dernier poème de la vie d’un poète, dans un format qui tient dans le creux de
la main. (1)
Sculpteur, j’ai dressé de grands cylindres polychromes dans des espaces publics, pour ensuite
accompagner, selon un schéma répétitif multicolore, un long poème. (2)
Ayant eu à faire découper de l’acier pour composer des sculptures monumentales, j’ai découpé
et plié des sérigraphies pour orner les méditations que m’avait confiées un poète. (3)
Rencontrer des poètes, trouver des correspondances aux déplacements de mes travaux de
peintre-sculpteur, utiliser les ressources des métiers du livre, solliciter les éditeurs... voilà le
lent cheminement d’un art, qui associe étroitement la pensée et la main.
J’aime cet aspect presque secret de mes activités, qui une fois exécuté est remis à l’éditeur,
me revient un beau jour – on ne sait jamais quand, comme une surprise ! – sous la forme de
quelques exemplaires d’un objet fini, qui excite la convoitise de ces singuliers amoureux de
livres rares, dont je suis modestement.
u
(1)
Eloge de la nuit –
Napoléon Murat, Maeght éditeur, 1998.
(2)
La fille en gouache
– Alain Simon, Guy Chambelland éditeur, 1975.
(3)
Bref essai d’existence
– Dominique Le Buhan, Fata-Morgana, 2006.
Ci-dessus :
Bref essai d’existence
, 2006, sérigraphie découpée de Guy de Rougemont sur
un texte de Dominique Le Buhan, Ed. Fata Morgana.
Photo CmPezon.
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