Hiver 2007 - page 10

Suite à la création de la section de Photographie et
du Prix de Photographie à l’Académie des
Beaux-Arts, présentation du fonds photographique
de la Bibliothèque Nationale de France qui, dès
l’origine, a ouvert ses collections à cette discipline.
L
a photographie réunit de nouveau deux des institu-
tions culturelles les plus prestigieuses de France.
Son entrée à l’Académie des Beaux-Arts est l’occa-
sion d’évoquer la collection de la Bibliothèque Nationale de
France, l’une des premières du monde tant par l’ancien-
neté que par l’importance. Il fallut avoir bien de l’audace,
ce jour de septembre 1851 où Blanquart-Évrard, imitant
spontanément les graveurs, vint déposer les toutes
premières photographies de sa production. Les conserva-
teurs n’hésitèrent pas un instant à accepter cet objet
étrange inventé depuis peu, produit jugé alors assez peu
artistique d’un simple enregistrement. Une dynamique
jamais interrompue venait d’être engagée. L’objet méca-
nique avait pour toujours rejoint le royaume si bien gardé
de la gravure. Mésalliance ? Non, mais ouverture d’esprit et
souci de témoigner pour la postérité, ajoutés au respect de
la loi. La tradition vole parfois au secours de la nouveauté.
Grâce à cette application volontaire du dépôt légal, plus
de 200.000 photographies étaient entrées au département
des Estampes à la fin du XIX
e
siècle, sans compter les dons
et acquisitions de cette période. Grâce aux donations, à la
générosité des artistes, grâce aussi à de judicieuses acquisi-
tions de collections fameuses, elles atteignent à ce jour
plusieurs millions. Les 4.950 photographes modernes et
contemporains, français ou étrangers, recensés par nom
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P
aul Marmottan avait conçu sa fondation comme un
diptyque avec le musée de Passy et la bibliothèque
de Boulogne-Billancourt. La petite sœur n’était pas
la moins aimée. Marmottan a personnellement conçu les
bâtiments, leur disposition, leur aménagement et décor.
Ce qui était son retiro, son cabinet de travail est devenu un
lieu de mémoire, celui d’un amateur, collectionneur, cher-
cheur napoléonien dans la seconde moitié du XIX
e
siècle ;
la bibliothèque a été inscrite à ce titre à l’inventaire des
monuments historiques.
Cette bibliothèque est bien celle d’un historien qui, en
ayant les moyens, a voulu avoir sous la main les livres et
documents dont il avait besoin, sur les thèmes qui le
passionnaient. Son intuition était que Napoléon était un
précurseur de l’idée de l’Europe et le propagateur de cet
acquis principal de la Révolution que fut le Code civil. Ses
acquisitions ont privilégié l’histoire des mœurs et des arts
dans les royaumes des frères et sœurs. C’est ainsi que les
sections italienne, hollandaise, allemande, espagnole font
la gloire et l’utilité de cette bibliothèque, toujours
fréquentée et adoptée par les chercheurs de toutes natio-
nalités, motivés par une curiosité et un intérêt qui ne se
dément pas : le mythe napoléonien est toujours plus que
jamais vivant ; les bibliothèques napoléoniennes ne
manqueront pas de lecteurs.
Encore fallait-il répondre aux demandes contempo-
raines et suivre l’actualité de la recherche napoléonienne.
La bibliothèque courait le risque, fatal, de rester figée
dans son état de 1932. L’accord passé entre l’Académie
des Beaux-Arts et la ville de Boulogne-Billancourt qui
prend en charge son fonctionnement a permis de doter le
bibliothèque des équipements qui lui manquaient (des
réserves en particulier) et de renouer avec une politique
d’acquisitions, toujours et heureusement essoufflée, tant
la diversité et le nombre de publications napoléoniennes
n’arrive pas à décroître.
Marmottan avait voulu créer une bibliothèque d’at-
mosphère. Les livres, les gravures sont accompagnés de
mobiliers, de tableaux, de sculptures, d’objets qui
commentent en trois dimensions la période. Marmottan
avait eu l’intuition de ce que l’on appelle aujourd’hui un
“centre culturel”. Le nouvel auditorium permet ainsi de
donner concerts et conférences. Les professeurs du
Conservatoire de région y donnent régulièrement des
concerts expérimentaux sous l’appellation de Double B.
L’Institut Napoléon vient y tenir ses conférences qui
s’ajoutent à celles organisées par la bibliothèque.
Cette bibliothèque-musée permet et appelle des exposi-
tions. L’idée de manœuvre est chaque fois de mettre en
valeur des fonds ignorés, de traiter des thèmes quelque
peu rares. C’est ainsi que Raffet, Turpin de Crissé ont fait
l’objet d’expositions monographiques qui étaient des
premières. La bibliothèque s’apprête en 2008 à montrer
pour la première fois Charles Meynier, l’un des peintres
d’histoire les plus actifs de la période. Une thèse, publiée
chez Arthena, a été à l’origine de cette initiative. En 2009
elle célèbrera, en liaison avec le musée de la Roche-sur-
Yon, le Grognard de la légende napoléonienne, Charlet.
Ainsi la Bibliothèque Marmottan avec ses livres et ses
gravures, ses meubles et ses décors espère-t-elle justifier l’in-
tuition de Paul Marmottan qui était d’offrir à ses lecteurs, en
prime, une plongée dans l’atmosphère et la vie des années
napoléoniennes. A l’image de l’art dit total, Marmottan a
poursuivi le rêve d’un art global de lire et étudier. Sa biblio-
thèque veut et espère en donner l’exemple.
d’auteur, représentent quant à eux plus de 200.000
épreuves. Il faudrait évoquer aussi les fonds de presse où
les tirages se comptent par millions, ou plutôt ne peuvent
plus être dénombrés. Lucien Clergue l’a fait observer lors
de son beau discours de réception, la photographie, de son
apparition jusqu’à nos jours, fut soutenue sans disconti-
nuer par la Bibliothèque Nationale. Il s’agissait non seule-
ment d’engranger des documents que l’on considéra plus
tard pour leur valeur plastique, mais de les conserver, de
les classer, de les faire connaître, disciplines en lesquelles
une bibliothèque se doit d’exceller ou de mourir.
Pionnière, la Bibliothèque Nationale le fut dans le domaine
des expositions. Dès 1941, le regard porté sur le médium
ayant largement changé, les collections furent reclassées
par noms d’auteurs et non plus par sujets, les Salons s’y
déroulèrent de 1946 à 1956, puis de grandes expositions
thématiques ou monographiques (Nadar, Brassaï, Atget,
Niepce). En 1971, une galerie de photographie alliant
audace de programmation, initiative et rapidité de rotation
montra les photographes contemporains. Le public eut
ainsi le plaisir de découvrir des artistes devenus depuis des
valeurs sûres, qu’ils soient fran-
çais ou étrangers. Ainsi les expo-
sitions participèrent-elles de
cette volonté pionnière, qui fut
le corollaire des relations privilé-
giées et quotidiennes entrete-
nues avec les artistes.
La collection du département
des Estampes constitue un gise-
ment archéologique sans égal
pour les historiens de la photo-
graphie et les spécialistes de l’es-
thétique. Elle est sans doute la
seule à présenter la particularité
d’avoir accompagné, et souvent
initié, la transformation de la réception du médium ; ses
classements passés permettent d’en comprendre le
parcours. D’objet technique décrit à l’Académie des
Sciences, elle est devenue un art à part entière, accueilli à
l’Académie des Beaux-Arts.
La Bibliothèque Nationale de France ne peut que se
réjouir d’une consécration qui corrobore l’intuition des
conservateurs du passé, qui ont accueilli et accompagné la
photographie, et du rôle tenu par nos deux institutions
dans son émergence et sa réussite.
La Marmottane
Par
Bruno Foucart
, Directeur scientifique de la Bibliothèque Marmottan
-
Photo DR
Une attitude
pionnière
Par
Anne Biroleau-Lemagny
, Conservateur en chef
chargée de la photographie contemporaine,
département des estampes et de la photographie,
à la Bibliothèque Nationale de France
Dossier
La collection
du département des
Estampes constitue
un gisement
archéologique sans
égal pour les
historiens de la
photographie et
les spécialistes de
l’esthétique.
Le nouvel
auditorium permet
ainsi de donner
concerts et
conférences.
La Bibliothèque
Marmottan au début
du siècle.
Photo DR
A
ctualités
De tous les jours
, série de Jean-Claude Bélégou, extrait,
© Jean-Claude Bélégou.
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